Joseph Balsamo. Tome IV
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #4
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome IV». Краткое содержание книги:
C��tait son nom d�enfant: il esp�rait que c��tait celui qui aurait conserv� le plus d�influence sur l�homme.
Balsamo cependant descendait toujours; une fois descendu, il ne songea pas m�me � faire remonter la trappe et se perdit dans les profondeurs du corridor.
� Ah! s��cria Althotas, voil� donc ce que c�est que l�homme, animal aveugle et ingrat. Reviens, Acharat, reviens! Ah! tu pr�f�res le ridicule objet qu�on appelle une femme � la perfection de l�humanit� que je repr�sente! Tu pr�f�res le fragment de la vie � l�immortalit�!
�Mais non! s��criait-il apr�s un instant; non, le sc�l�rat a tromp� son ma�tre, il a jou� comme un vil brigand avec ma confiance; il craignait de me voir vivre, moi qui le d�passe de si loin en science; il a voulu h�riter de l��uvre laborieuse que j�avais presque men�e � fin; il a tendu un pi�ge � moi, � moi son ma�tre, son bienfaiteur. Oh! Acharat!��
Et peu � peu la col�re du vieillard s�allumait, ses joues reprenaient un coloris f�brile; dans ses yeux, � peine ouverts, se ranimait l��clat sombre de ces lumi�res phosphorescentes que les enfants sacril�ges placent dans les orbites d�une t�te de mort.
Alors il s��criait:
� Reviens, Acharat, reviens! Prends garde � toi: tu sais que je connais des conjurations qui �voquent le feu, qui suscitent les esprits surnaturels; j�ai �voqu� Satan, celui que les mages nommaient Ph�gor, dans les montagnes de Gad, et Satan, forc� d�abandonner les ab�mes sombres, Satan m�est apparu; j�ai caus� avec les sept anges ministres de la col�re de Dieu, sur cette m�me montagne o� Mo�se a re�u les Tables de la Loi; j�ai, par le seul acte de ma volont�, allum� le grand tr�pied � sept flammes que Trajan a ravi aux Juifs: prends garde, Acharat, prends garde!
Mais rien ne lui r�pondait.
Et alors, sa t�te s�embarrassant de plus en plus:
� Tu ne vois donc pas, malheureux, disait-il d�une voix �trangl�e, que la mort va me prendre comme une cr�ature vulgaire: �coute, tu peux revenir, Acharat; je ne te ferai pas de mal; reviens! Je renonce au feu, tu n�as rien � craindre du mauvais esprit, tu n�as rien � craindre des sept anges vengeurs; je renonce � la vengeance, et cependant je pourrais te frapper d�une telle �pouvante, que tu deviendrais idiot et froid comme le marbre, car je sais arr�ter la circulation du sang, Acharat; reviens donc, je ne te ferai aucun mal; mais, au contraire, vois-tu, je puis te faire tant de bien� Acharat, au lieu de m�abandonner, veille sur ma vie, et tous mes tr�sors, tous mes secrets sont � toi; fais-moi vivre, Acharat, fais-moi vivre pour te les apprendre; vois!� vois!�
Et il montrait des yeux et d�un doigt tremblant les millions d�objets, de papiers et de rouleaux �pars dans cette vaste chambre.
Puis il attendait, renaissant, pour �couter ses forces d�faillantes de plus en plus.
� Ah! tu ne reviens pas, continuait-il; ah! tu crois que je mourrai ainsi? Tu crois que tout t�appartiendra par ce meurtre, car c�est toi qui me tues? Insens�, quand bien m�me tu saurais lire les manuscrits que mes yeux seuls ont pu d�chiffrer; quand m�me pour une vie, deux fois, trois fois centenaire, l�esprit te donnerait ma science, l�usage enfin de tous ces mat�riaux recueillis par moi, eh bien, non, cent fois non, tu n�h�riterais pas encore de moi: arr�te-toi, Acharat; Acharat, reviens, reviens un moment, ne f�t-ce que pour assister � la ruine de toute cette maison, ne f�t-ce que pour contempler ce beau spectacle que je te pr�pare. Acharat! Acharat! Acharat!
Rien ne lui r�pondait; car, pendant ce temps, Balsamo r�pondait � l�accusation des ma�tres en leur montrant le corps de Lorenza assassin�e; et les cris du vieillard abandonn� devenaient de plus en plus per�ants, et le d�sespoir doublait ses forces, et ses rauques hurlements, s�engouffrant dans les corridors, allaient porter au loin l��pouvante, comme font les rugissements du tigre qui a rompu sa cha�ne ou fauss� les barreaux de sa cage.
� Ah! tu ne reviens pas! hurlait Althotas; ah! tu me m�prises! ah! tu comptes sur ma faiblesse! Eh bien, tu vas voir. Au feu! au feu! au feu!
Il articula ces cris avec une telle rage, que Balsamo, d�barrass� de ses visiteurs �pouvant�s, en fut r�veill� au fond de sa douleur; il reprit dans ses bras le corps de Lorenza, remonta l�escalier, d�posa le cadavre sur le sofa o�, deux heures auparavant, il avait repos� dans le sommeil, et, se repla�ant sur le plancher mobile, il apparut tout � coup aux yeux d�Althotas.
� Ah! enfin, cria le vieillard ivre de joie, tu as peur! tu as vu que je pouvais me venger: tu es venu, et tu as bien fait de venir; car, un moment plus tard, je mettais le feu � cette chambre.
Balsamo le regarda en haussant les �paules, mais sans daigner r�pondre un seul mot.
� J�ai soif, cria Althotas; j�ai soif! donne-moi � boire, Acharat.
Balsamo ne r�pondit point, ne bougea point; il regardait le moribond comme s�il n�e�t voulu rien perdre de son agonie.
� M�entends-tu? hurlait Althotas, m�entends-tu?
M�me silence, m�me immobilit� de la part du morne spectateur.
� M�entends-tu, Acharat? vocif�ra le vieillard en d�chirant son gosier pour faire passage � cette derni�re irruption de sa col�re. Mon eau, donne-moi mon eau!
La figure d�Althotas se d�composait rapidement.
Plus de feu dans son regard, des lueurs sinistres et infernales seulement; plus de sang sous sa peau, plus de geste, presque plus de souffle. Ses longs bras si nerveux, dans lesquels il avait emport� Lorenza comme un enfant, ses longs bras se soulevaient, mais inertes et flottants comme les membranes du polype; la col�re avait us� le peu de forces ressuscit�es un instant en lui par le d�sespoir.
� Ah! dit-il, ah! tu trouves que je ne meurs pas assez vite; ah! tu veux me faire mourir de soif! ah! tu couves des yeux mes manuscrits, mes tr�sors! ah! tu crois d�j� les tenir! eh bien, attends! attends!
Et Althotas, faisant un supr�me effort, prit sous les coussins de son fauteuil un flacon qu�il d�boucha. Au contact de l�air, une flamme liquide jaillit du r�cipient de verre et Althotas, pareil � une cr�ature magique, secoua cette flamme autour de lui.
� l�instant m�me, ces manuscrits empil�s autour du fauteuil du vieillard, ces livres �pars dans la chambre, ces rouleaux de papier arrach�s avec tant de peine aux pyramides de Ch�ops et aux premi�res fouilles d�Herculanum, prirent feu avec la rapidit� de la poudre; une nappe de flamme s��tendit sur le plancher de marbre, et pr�senta aux yeux de Balsamo quelque chose de pareil � un de ces cercles flamboyants de l�enfer dont parle Dante.
Althotas s�attendait sans doute � ce que Balsamo allait se pr�cipiter au milieu de la flamme pour sauver ce premier h�ritage, que le vieillard an�antissait avec lui; mais il se trompait: Balsamo demeura calme, il s�isola sur le plancher mobile, de mani�re que la flamme ne p�t l�atteindre.
Cette flamme enveloppait Althotas; mais, au lieu de l��pouvanter, on e�t dit que le vieillard se retrouvait dans son �l�ment, et que la flamme, comme elle fait sur la salamandre sculpt�e au fronton de nos vieux ch�teaux, le caressait au lieu de le br�ler.
Balsamo le regardait toujours; la flamme gagnait les boiseries, enveloppait compl�tement le vieillard; elle rampait au pied du fauteuil de ch�ne massif sur lequel il �tait assis, et, chose �trange, quoiqu�elle d�vor�t d�j� le bas de son corps, il semblait ne pas la sentir.
Au contraire, au contact de ce feu qui semblait �purateur, les muscles du moribond se d�tendirent graduellement, et une s�r�nit� inconnue envahit comme un masque tous les traits de son visage. Isol� du corps � cette derni�re heure, le vieux proph�te, sur son char de feu, semblait pr�t � monter au ciel. Tout-puissant � cette derni�re heure, l�esprit oubliait la mati�re, et, s�r de n�avoir rien � attendre, il se porta �nergiquement vers les sph�res sup�rieures o� le feu semblait l�enlever.
D�s ce moment, les yeux d�Althotas, qui semblaient retrouver leur vie au premier reflet de la flamme, prirent un point de vue vague, perdu, qui n��tait ni le ciel ni la terre, mais qui semblait vouloir percer l�horizon. Calme et r�sign�, analysant toute sensation, �coutant toute douleur, comme une derni�re voix de la terre, le vieux mage laissa �chapper sourdement ses adieux � la puissance, � la vie, � l�espoir.