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Joseph Balsamo. Tome IV - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome IV

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome IV». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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C��tait son nom d�enfant: il esp�rait que c��tait celui qui aurait conserv� le plus d�influence sur l�homme.

Balsamo cependant descendait toujours; une fois descendu, il ne songea pas m�me � faire remonter la trappe et se perdit dans les profondeurs du corridor.

� Ah! s��cria Althotas, voil� donc ce que c�est que l�homme, animal aveugle et ingrat. Reviens, Acharat, reviens! Ah! tu pr�f�res le ridicule objet qu�on appelle une femme � la perfection de l�humanit� que je repr�sente! Tu pr�f�res le fragment de la vie � l�immortalit�!

�Mais non! s��criait-il apr�s un instant; non, le sc�l�rat a tromp� son ma�tre, il a jou� comme un vil brigand avec ma confiance; il craignait de me voir vivre, moi qui le d�passe de si loin en science; il a voulu h�riter de l��uvre laborieuse que j�avais presque men�e � fin; il a tendu un pi�ge � moi, � moi son ma�tre, son bienfaiteur. Oh! Acharat!��

Et peu � peu la col�re du vieillard s�allumait, ses joues reprenaient un coloris f�brile; dans ses yeux, � peine ouverts, se ranimait l��clat sombre de ces lumi�res phosphorescentes que les enfants sacril�ges placent dans les orbites d�une t�te de mort.

Alors il s��criait:

� Reviens, Acharat, reviens! Prends garde � toi: tu sais que je connais des conjurations qui �voquent le feu, qui suscitent les esprits surnaturels; j�ai �voqu� Satan, celui que les mages nommaient Ph�gor, dans les montagnes de Gad, et Satan, forc� d�abandonner les ab�mes sombres, Satan m�est apparu; j�ai caus� avec les sept anges ministres de la col�re de Dieu, sur cette m�me montagne o� Mo�se a re�u les Tables de la Loi; j�ai, par le seul acte de ma volont�, allum� le grand tr�pied � sept flammes que Trajan a ravi aux Juifs: prends garde, Acharat, prends garde!

Mais rien ne lui r�pondait.

Et alors, sa t�te s�embarrassant de plus en plus:

� Tu ne vois donc pas, malheureux, disait-il d�une voix �trangl�e, que la mort va me prendre comme une cr�ature vulgaire: �coute, tu peux revenir, Acharat; je ne te ferai pas de mal; reviens! Je renonce au feu, tu n�as rien � craindre du mauvais esprit, tu n�as rien � craindre des sept anges vengeurs; je renonce � la vengeance, et cependant je pourrais te frapper d�une telle �pouvante, que tu deviendrais idiot et froid comme le marbre, car je sais arr�ter la circulation du sang, Acharat; reviens donc, je ne te ferai aucun mal; mais, au contraire, vois-tu, je puis te faire tant de bien� Acharat, au lieu de m�abandonner, veille sur ma vie, et tous mes tr�sors, tous mes secrets sont � toi; fais-moi vivre, Acharat, fais-moi vivre pour te les apprendre; vois!� vois!�

Et il montrait des yeux et d�un doigt tremblant les millions d�objets, de papiers et de rouleaux �pars dans cette vaste chambre.

Puis il attendait, renaissant, pour �couter ses forces d�faillantes de plus en plus.

� Ah! tu ne reviens pas, continuait-il; ah! tu crois que je mourrai ainsi? Tu crois que tout t�appartiendra par ce meurtre, car c�est toi qui me tues? Insens�, quand bien m�me tu saurais lire les manuscrits que mes yeux seuls ont pu d�chiffrer; quand m�me pour une vie, deux fois, trois fois centenaire, l�esprit te donnerait ma science, l�usage enfin de tous ces mat�riaux recueillis par moi, eh bien, non, cent fois non, tu n�h�riterais pas encore de moi: arr�te-toi, Acharat; Acharat, reviens, reviens un moment, ne f�t-ce que pour assister � la ruine de toute cette maison, ne f�t-ce que pour contempler ce beau spectacle que je te pr�pare. Acharat! Acharat! Acharat!

Rien ne lui r�pondait; car, pendant ce temps, Balsamo r�pondait � l�accusation des ma�tres en leur montrant le corps de Lorenza assassin�e; et les cris du vieillard abandonn� devenaient de plus en plus per�ants, et le d�sespoir doublait ses forces, et ses rauques hurlements, s�engouffrant dans les corridors, allaient porter au loin l��pouvante, comme font les rugissements du tigre qui a rompu sa cha�ne ou fauss� les barreaux de sa cage.

� Ah! tu ne reviens pas! hurlait Althotas; ah! tu me m�prises! ah! tu comptes sur ma faiblesse! Eh bien, tu vas voir. Au feu! au feu! au feu!

Il articula ces cris avec une telle rage, que Balsamo, d�barrass� de ses visiteurs �pouvant�s, en fut r�veill� au fond de sa douleur; il reprit dans ses bras le corps de Lorenza, remonta l�escalier, d�posa le cadavre sur le sofa o�, deux heures auparavant, il avait repos� dans le sommeil, et, se repla�ant sur le plancher mobile, il apparut tout � coup aux yeux d�Althotas.

� Ah! enfin, cria le vieillard ivre de joie, tu as peur! tu as vu que je pouvais me venger: tu es venu, et tu as bien fait de venir; car, un moment plus tard, je mettais le feu � cette chambre.

Balsamo le regarda en haussant les �paules, mais sans daigner r�pondre un seul mot.

� J�ai soif, cria Althotas; j�ai soif! donne-moi � boire, Acharat.

Balsamo ne r�pondit point, ne bougea point; il regardait le moribond comme s�il n�e�t voulu rien perdre de son agonie.

� M�entends-tu? hurlait Althotas, m�entends-tu?

M�me silence, m�me immobilit� de la part du morne spectateur.

� M�entends-tu, Acharat? vocif�ra le vieillard en d�chirant son gosier pour faire passage � cette derni�re irruption de sa col�re. Mon eau, donne-moi mon eau!

La figure d�Althotas se d�composait rapidement.

Plus de feu dans son regard, des lueurs sinistres et infernales seulement; plus de sang sous sa peau, plus de geste, presque plus de souffle. Ses longs bras si nerveux, dans lesquels il avait emport� Lorenza comme un enfant, ses longs bras se soulevaient, mais inertes et flottants comme les membranes du polype; la col�re avait us� le peu de forces ressuscit�es un instant en lui par le d�sespoir.

� Ah! dit-il, ah! tu trouves que je ne meurs pas assez vite; ah! tu veux me faire mourir de soif! ah! tu couves des yeux mes manuscrits, mes tr�sors! ah! tu crois d�j� les tenir! eh bien, attends! attends!

Et Althotas, faisant un supr�me effort, prit sous les coussins de son fauteuil un flacon qu�il d�boucha. Au contact de l�air, une flamme liquide jaillit du r�cipient de verre et Althotas, pareil � une cr�ature magique, secoua cette flamme autour de lui.

� l�instant m�me, ces manuscrits empil�s autour du fauteuil du vieillard, ces livres �pars dans la chambre, ces rouleaux de papier arrach�s avec tant de peine aux pyramides de Ch�ops et aux premi�res fouilles d�Herculanum, prirent feu avec la rapidit� de la poudre; une nappe de flamme s��tendit sur le plancher de marbre, et pr�senta aux yeux de Balsamo quelque chose de pareil � un de ces cercles flamboyants de l�enfer dont parle Dante.

Althotas s�attendait sans doute � ce que Balsamo allait se pr�cipiter au milieu de la flamme pour sauver ce premier h�ritage, que le vieillard an�antissait avec lui; mais il se trompait: Balsamo demeura calme, il s�isola sur le plancher mobile, de mani�re que la flamme ne p�t l�atteindre.

Cette flamme enveloppait Althotas; mais, au lieu de l��pouvanter, on e�t dit que le vieillard se retrouvait dans son �l�ment, et que la flamme, comme elle fait sur la salamandre sculpt�e au fronton de nos vieux ch�teaux, le caressait au lieu de le br�ler.

Balsamo le regardait toujours; la flamme gagnait les boiseries, enveloppait compl�tement le vieillard; elle rampait au pied du fauteuil de ch�ne massif sur lequel il �tait assis, et, chose �trange, quoiqu�elle d�vor�t d�j� le bas de son corps, il semblait ne pas la sentir.

Au contraire, au contact de ce feu qui semblait �purateur, les muscles du moribond se d�tendirent graduellement, et une s�r�nit� inconnue envahit comme un masque tous les traits de son visage. Isol� du corps � cette derni�re heure, le vieux proph�te, sur son char de feu, semblait pr�t � monter au ciel. Tout-puissant � cette derni�re heure, l�esprit oubliait la mati�re, et, s�r de n�avoir rien � attendre, il se porta �nergiquement vers les sph�res sup�rieures o� le feu semblait l�enlever.

D�s ce moment, les yeux d�Althotas, qui semblaient retrouver leur vie au premier reflet de la flamme, prirent un point de vue vague, perdu, qui n��tait ni le ciel ni la terre, mais qui semblait vouloir percer l�horizon. Calme et r�sign�, analysant toute sensation, �coutant toute douleur, comme une derni�re voix de la terre, le vieux mage laissa �chapper sourdement ses adieux � la puissance, � la vie, � l�espoir.

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