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Du bois pour les cercueils

Электронная книга - «Du bois pour les cercueils». Краткое содержание книги:

Le commissaire Gradenne prend froid dans l'hiver du Jura. A la manière de Maigret, enquête « grippée », gendarmes trop « pressés » comme ce corps broyé par la machine ?
Quelle idée aussi de confier à des officiers de marine à la retraite le renflouement d'une usine, dans ce « port de mer » sous la neige, au milieu des forêts !
Vous reprendrez bien de cette Morteau, mijotée dans la potée de la veille, accompagnée d'un Poulsard… ? Avec un Comté de plus de dix-huit mois, on vous recommande ce jeune lieutenant de 30 ans d'âge sans beaucoup d'affinage à la PJ, mais avec du… nez, avisé et goûteux !
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Gradenne s’irrita contre ces cadres supérieurs qui veulent tout régenter depuis leur siège parisien.

— Mais pour qui se prennent-ils ? Non mais ! Ils espèrent sans doute nous diriger ? Je voudrais voir ça ! Ils voudraient que l’on parte ? Eh bien, nous resterons le temps qu’il faudra, et plus si ça peut les chagriner !

Après avoir frappé à la porte, une femme rondelette et souriante entra. Elle portait un plateau avec une bouteille d’eau minérale et un bol fumant.

— C’est l’heure de vos gélules, dit-elle.

— Je vous présente ma tortionnaire, dit Gradenne avec un clin d’œil. Madame Moutiers me soigne comme si j’étais un roi.

— Bonsoir, madame, le malade est-il docile ?

— Oh oui ! Je ne l’entends pas. Si tous mes patients avaient été comme lui, je n’aurais pas lâché le métier.

— Allez donc dîner, Bruchet, vous devez avoir faim. Prenez des forces pour cette nuit.

— Merci, patron. Je vous raconterai tout ça demain.

Quentin s’attabla dans la salle à manger. La journée avait été bien remplie, il était satisfait. Il avait craint en allant voir Gradenne que celui-ci ne trouve à redire sur sa méthode ou qu’il lui reproche d’être passé à côté d’une démarche importante. Manifestement, son chef lui conservait sa confiance. Même s’il n’avait guère le choix, il aurait pu déverser sur son subordonné des flots de conseils pour marquer son autorité. Ce soir, il était heureux de voir que le commissaire ferait en sorte de poursuivre l’enquête jusqu’au bout, ne serait-ce que pour contrarier Lambard.

Il finit son repas sur un Comté de plus de dix-huit mois, dégusté sur un pain de campagne, arrosé d’un Savagnin qu’il savoura devant la télévision, détendu. Il serait en forme pour rejoindre l’usine quand l’équipe A serait en pleine activité. En repensant à l’affaire, il constata qu’il n’avait eu encore aucun écho favorable sur Verdoux. Celui-ci aurait-il été puni par une justice divine ? Bruchet sourit à cette pensée.

Dans les ateliers, il retrouva l’ambiance nocturne qu’il avait connue la veille : les mêmes machines et le même bruit assourdissant.

Dans la cabine des contremaîtres, il ne trouva personne, mais s’y installa car il y faisait plus chaud. Par une grande fenêtre, on voyait toute la chaîne de production. Un homme le rejoignit, très grand, assez jeune, les cheveux longs et blonds.

— Bonjour, je suppose que vous êtes de la police ?

— Bonsoir ! Je suis effectivement le lieutenant Bruchet. Je vois que l’on m’a déjà annoncé. Sauf erreur de ma part, vous êtes Marc Bonnier, le chef de l’équipe A. Je me suis invité dans l’usine ce soir pour me rendre compte de l’ambiance de nuit. Cela ne vous dérange pas ?

— Pas du tout, répondit Bonnier.

C’était un homme à l’aspect sympathique mais qui ne souriait pas facilement. Plutôt taciturne, il donnait l’impression d’être plus à son aise dans les bois à chercher des champignons que dans un salon. Il restait sur le pas de la porte et ne disait rien. Quentin se sentit un peu gêné, prenant conscience que c’était lui l’intrus. Bonnier avait une chaîne à faire tourner et n’était pas disponible.

— Je peux repasser un peu plus tard, si vous voulez.

— Non, j’ai un moment. Je viens de faire le tour des postes et tout a l’air de bien aller. Pourvu que ça dure !

— Il y a longtemps que vous êtes chez Polybois ?

– Ça fait quatre ans.

— Donc vous étiez là avant l’arrivée de Verdoux.

Bonnier esquissa un sourire à peine perceptible, mais que Bruchet remarqua.

— Avez-vous déjà eu des ennuis avec lui ?

— Tout dépend de ce que vous appelez ennuis…

— Vous a-t-il critiqué, par exemple ?

— Bien entendu, mais je ne suis pas le seul. Si ce ne n’était que cela !

— Que voulez-vous dire ?

Bonnier haussa les épaules avec lassitude. Tout dans son attitude laissait entendre : « À quoi bon ! À présent qu’il est mort… ». Il tira la porte pour atténuer le bruit de l’atelier, et se cala contre la paroi opposée à la fenêtre, de façon à toujours garder un œil sur la chaîne.

— Une nuit où nous avons eu une panne de hacheuse, le silo de réserve de copeaux était presque vide, si bien que nous avons été contraints d’arrêter la production. Manque de chance, cette nuit-là, Verdoux a fait une tournée d’inspection et m’a engueulé devant les compagnons parce que la chaîne était arrêtée.

— Ce n’était pas de votre faute…

— Bien sûr, mais il lui fallait un lampiste. Il me reprochait de ne pas avoir garni le silo avant la panne. Comment pouvais-je deviner que la hacheuse allait tomber en rideau ?

— Qu’avez-vous répondu ?

— J’étais furax. Je l’ai mal pris. Imaginez-vous, à une heure du matin, alors que vous vous démenez pour réparer au plus vite, l’intervention de ce petit caporal monté sur ses ergots.

— Lieutenant dans l’active, monsieur Bonnier, rectifia Quentin.

— Si vous voulez, mais dans l’usine c’était un petit chef. En plus, j’avais dit au personnel qui ne participait pas à la réparation, de prendre la pause et de casser la croûte afin de gagner du temps. Ça, il ne l’a pas compris.

— Et alors ?

— Nous avons eu des mots. Je me suis foutu en boule. Devant mon attitude, il a baissé pavillon et est reparti. Mais deux jours plus tard, je recevais une lettre d’avertissement. Voilà le bonhomme !..

— Je vois…

– À partir de ce moment-là, il s’est créé un syndicat. Inutile de vous dire qu’entre le délégué syndical et lui, c’était la guerre.

— Qui est ce délégué ?

— Un mécanicien de l’équipe de maintenance, actuellement en congé.

— Dommage, j’aurais aimé lui parler. Comment se nomme-t-il ?

— Michel Petrod. C’est un gars qui a de la bouteille et qui n’a pas froid aux yeux. Verdoux n’avait pas la partie facile avec lui.

— Je vous remercie de me parler ouvertement. Je vais encore faire un tour dans l’usine et nous nous reverrons plus tard.

Quentin continua à parcourir le hall principal. Son esprit vagabondait : son estomac lui rappela la salle à manger de l’auberge, et par association d’idées, il repensa à la cloison amovible. En regardant distraitement le manège bien orchestré du personnel à la sortie de la presse, son attention fut attirée par les manipulations d’un cariste qui coinçait un carton bleu dans chaque pile de panneaux avant de l’évacuer vers le magasin. Ce carton sur lequel il écrivait quelques mots était plié en deux : une moitié coincée dans la pile et l’autre bien visible.

Quentin voulut en avoir le cœur net :

— Bonsoir, dit-il à l’homme un peu surpris. Pouvez-vous me dire à quoi sert ce carton ?

— Voyez, j’inscris la référence des panneaux, le jour et l’heure.

— De sorte qu’il est possible de repérer rapidement ce qui a été fabriqué à une certaine date.

– À condition que les panneaux ne soient pas déjà partis…

— Je comprends, mais ceux de la semaine dernière, savez-vous par exemple où a été rangée la production de la fameuse nuit ?

L’homme fit une grimace et soupira. Il avait manifestement compris qui était Quentin sans que ce dernier se soit présenté. Il pensait que ce serait à lui de faire les recherches, en plus de son travail et, de toute évidence, cela ne l’enchantait pas.

— C’est toujours possible, bien sûr, reprit-il sans enthousiasme, mais il faudrait examiner tout le magasin… le mieux serait de voir avec les caristes des équipes B et C.

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