Mortels trafics
- Автор: Pouchairet Pierre
- Год: 2016
- Язык: французский
- Год: Éditions Fayard
- ISBN: 978-2213701394
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «Mortels trafics». Краткое содержание книги:
— Du nouveau ?
— Oui, j’ai eu le SIAT, notre gars a bien eu les contacts nécessaires. Il va remonter avec tout le monde et nous informer sur l’avancement de l’affaire… s’il le peut. À partir de maintenant, ce ne sera pas facile pour lui de communiquer… Son « couvreur » m’appellera chaque fois qu’il aura des informations.
— Les collègues espagnols, ça donne quoi ?
— L’attaché de sécurité intérieure à Madrid et l’officier de liaison ont négocié serré. Ce qui a vraiment fait la différence, c’est le déplacement, la semaine dernière, du chef des relations internationales de la DCPJ, accompagné de la juge d’instruction. Ils ont aplani les choses et maintenant tout va bien. Nos collègues ibériques suivront de loin, jusqu’à la frontière. Pour eux, l’important est de s’assurer que la came n’est pas pour le territoire espagnol. Quand nous aurons la drogue, ils monteront une opération en parallèle de la nôtre, et taperont le fournisseur.
Il chercha les yeux de Léanne avec un sourire moqueur.
— Tous ces petits détails à régler, ça vous dépasse… Heureusement que vous avez un commissaire comme moi pour vous suivre…
C’était devenu un jeu entre eux, et la petite vacherie ne la surprit pas.
— Je fais votre carrière, c’est vous qui devriez me remercier.
Il rit.
— Vous me manquerez quand je partirai d’ici… Et vous, du nouveau ?
— Nos loustics sont plutôt prudents. Mais on sent un peu de fébrilité chez eux. Il va y avoir du mouvement. Plusieurs vont faire le déplacement jusqu’à la frontière.
Le téléphone de Vignon sonna, le commissaire regarda sa montre avant de décrocher :
— Huit heures ! Je parie que c’est le poste de garde. La juge d’instruction doit être arrivée, je vais l’accueillir et on se retrouve dans un quart d’heure.
La grande salle de réunion de la PJ se remplissait lentement. Venir travailler un dimanche était loin de ravir la plupart des participants dont plusieurs ne digéraient toujours pas les nominations de Léanne au grade de commandant et à la tête des Stups… Faute de chercher d’autres explications, et par jalousie, il ne pouvait s’agir que d’une promotion canapé…
Vignon et sa collaboratrice prirent le temps de rendre compte de la situation à la juge d’instruction. Laurence Albertini était une grande brune pulpeuse, coquette et élégante. Elle étonnait souvent par l’usage d’un vocabulaire franc et direct, à se demander si les flics et les voyous n’avaient pas fini par déteindre sur sa distinction naturelle, ou si, plus simplement, elle ne prenait pas le parti de se mettre à leur niveau. À cinquante ans, elle avait passé la presque totalité de sa carrière à Nice avant d’intégrer à Marseille la juridiction inter-régionale spécialisée en matière de lutte contre le crime organisé. Cette affectation lui allait comme un gant. Débarrassée d’instructions aussi chronophages que répétitives, elle ne traitait plus maintenant que des affaires complexes de trafics, de meurtres… commis par des groupes criminels de haut vol. Elle collaborait avec d’autres juges d’instruction et des parquetiers également dédiés à cette spécialité. Ses interlocuteurs privilégiés sur le terrain étaient les flics de PJ, avec l’utilisation de l’ensemble des nouveaux dispositifs en matière d’enquête criminelle. Infiltration, sonorisation, enquêtes internationales et autres n’avaient plus aucun secret pour elle.
À la fin de leur échange, Albertini rangea les documents disposés devant elle sur la table basse. Elle jeta un regard teinté de complicité et d’admiration aux deux policiers qui formaient à ses yeux une véritable équipe. Elle avait confiance en eux et cette instruction lui tenait particulièrement à cœur. L’objectif, Léo Braghanti ! Elle et lui, c’était toute une histoire. Elle l’avait vu prendre du grade et finir par s’imposer dans le milieu niçois. Bien que mis en examen à plusieurs reprises, il s’en était toujours tiré. Cette fois, vu la mesure des moyens déployés, elle espérait bien qu’il en serait autrement. Elle eut un sourire encourageant pour les deux flics.
— Bon, eh bien ! je ne peux que vous souhaiter bonne chance. La prochaine fois que vous m’appellerez, ce sera pour convenir des gardes à vue et des présentations.
— Nous aurons fait ce qu’il faut pour, affirma Léanne sur un ton dans lequel Albertini décela une pointe d’inquiétude.
— Un souci, commandant ?
— Non, mais vous savez comme moi que rien ne se passe jamais comme nous le prévoyons, il y a toujours des aléas, et je n’aime pas sauter les étapes.
— Je ne doute pas que vous saurez gérer.
— Léanne aura toute la PJ derrière elle, rassura Vignon.
— J’en suis certaine.
Le commissaire avait convoqué l’ensemble de son service : les Stups évidemment, mais aussi la Criminelle et le GRB, ainsi que la BRI. Encadré par la commandant et la juge, Vignon remercia ses troupes avant de passer la parole à Léanne. Elle fixa son auditoire, avec un petit sourire particulier pour son équipe. De ce côté-là aucun problème, elle savait pouvoir compter sur eux. Pour le reste, elle releva quelques regards mauvais dans l’assistance. Mais elle en tint d’autant moins compte qu’il était presque jouissif pour elle de savoir qu’elle pourrissait le week-end de certains d’entre eux. Elle s’éclaircit la voix et se retourna vers un tableau où plusieurs photos reliées les unes aux autres par des traits de couleur, détaillaient l’organigramme de la structure criminelle sur laquelle elle travaillait.
— Pour ceux qui ne connaissent pas le dossier, je vais essayer de faire simple. Nous sommes depuis plusieurs semaines sur un client bien de chez nous, Léo Braghanti, un vieux de la vieille que le service voit évoluer depuis presque quatre décennies. Après avoir été incarcéré en Espagne pendant deux ans, il est sorti l’année dernière. À la différence de beaucoup de voyous qui perdent tous leurs pouvoirs quand ils sont trop longtemps éloignés de leur base, Braghanti a retrouvé presque naturellement sa place à la tête de son organisation. Aux Stups, nous pensons que sa période d’incarcération est loin de lui avoir porté préjudice. Elle lui a permis de se diversifier et de s’associer avec des gens qu’il n’aurait jamais connus dans d’autres circonstances. Je vous passe les détails, mais question fournisseurs, grâce à un Espagnol, Alfonso Castroviejo, il entretient des liens très étroits avec des Mexicains pour la cocaïne, et des Marocains pour la résine de cannabis.
— Une révélation ! souffla, peut-être plus fort qu’il ne l’aurait voulu, le capitaine Albert Cordy, un donneur de leçons dont la paire de menottes, faute d’avoir servi, devait avoir rouillé depuis longtemps au fond de son tiroir…
Léanne fit comme si elle n’avait rien entendu, et poursuivit :
— Il y a aussi gagné de nouveaux contacts et relais pour la diffusion : Nice, mais aussi la région parisienne, les banlieues. Pour les convoyages, il s’est trouvé des associés dans le monde des motards. Un chef des Hell’s Angels européens a été incarcéré avec lui, ça aide.
— Toute la taule, quoi… Elle va nous le faire dans le détail.
Le capitaine Cordy y était allé d’une nouvelle remarque peu discrète destinée à ses proches collègues. Des sourires amusés. Léanne rougit légèrement, la pression montait. Elle poursuivit :
— Je suis un peu longue, et tout cela est déjà précisé dans le résumé qui vous est distribué. Si vous êtes tous ici, c’est parce que nous avons avancé. Nous travaillons sur commission rogatoire de madame Albertini. Les Stups ont fait du travail de terrain et nous avons de nombreuses écoutes. Un convoi de came doit partir aujourd’hui depuis le sud de l’Espagne. Deux voitures chargées de cocaïne et de résine de cannabis, escortées d’une « ouvreuse » et de motards, des Hell’s niçois et espagnols. Une fois passée la frontière, elles devraient se séparer. Une pour chez nous, l’autre pour Paris. Celle qui nous est destinée continuera d’être sécurisée par les Hell’s. Celle des voyous du 93 sur lesquels travaille l’office des Stups, sera récupérée par les trafiquants des cités.