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Joseph Balsamo. Tome II - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome II

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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Rousseau regardait ce travail en juge et en philosophe � la fois. Comme juge, il critiqua la forme des notes, la finesse des d�li�s, les �cartements des soupirs ou des points; mais il convint qu�il y avait d�j� un progr�s notable sur la copie de la veille, et il donna vingt-cinq sous � Gilbert.

Comme philosophe, il admirait la force de la volont� humaine, qui peut courber douze heures de suite, sous le travail, un jeune homme de dix-huit ans, au corps souple et �lastique, au temp�rament passionn�, car Rousseau avait facilement reconnu l�ardente passion qui br�lait le c�ur du jeune homme; seulement, il ignorait si cette passion �tait l�ambition ou l�amour.

Gilbert pesa dans sa main l�argent qu�il venait de recevoir: c��tait une pi�ce de vingt-quatre sous et un sou. Il mit le sou dans une poche de sa veste, probablement avec les autres sous qui lui restaient de la veille, et, serrant avec une satisfaction ardente la pi�ce de vingt-quatre sous dans sa main droite, il dit:

� Monsieur, vous �tes mon ma�tre, puisque c�est chez vous que j�ai trouv� de l�ouvrage; vous me donnez m�me le logement gratis. Je pense donc que vous pourriez mal juger de moi si j�agissais sans vous communiquer mes actions.

Rousseau le regarda de son �il effarouch�.

� Quoi! dit-il, que voulez-vous donc faire? Avez vous pour demain une intention autre que de travailler?

� Monsieur, oui, pour demain, avec votre permission, je voudrais �tre libre.

� Pour quoi faire? dit Rousseau; pour fain�antiser?

� Monsieur, dit Gilbert, je voudrais aller � Saint-Denis.

� � Saint-Denis?

� Oui; madame la dauphine arrive demain � Saint-Denis.

� Ah! c�est vrai; demain il y a des f�tes � Saint-Denis pour la r�ception de madame la dauphine.

� C�est cela, dit Gilbert.

� Je vous aurais cru moins badaud, mon jeune ami, dit Rousseau, et vous m�avez fait d�abord l�effet de bien autrement m�priser les pompes du pouvoir absolu.

� Monsieur�

� Regardez-moi, moi que vous pr�tendez quelquefois prendre pour mod�le. Hier, un prince royal est venu me solliciter d�aller � la cour, non pas comme vous irez, pauvre enfant, en vous hissant sur la pointe des pieds pour regarder, par-dessus l��paule d�un garde-fran�aise, passer la voiture du roi, � laquelle on portera les armes comme on fait pour le Saint-Sacrement, mais pour para�tre devant les princes, pour voir le sourire des princesses. Eh bien! moi, obscur citoyen, j�ai refus� l�invitation de ces grands.

Gilbert approuva de la t�te.

� Et pourquoi ai-je refus� cela? continua Rousseau avec v�h�mence, parce que l�homme ne peut �tre double, parce que la main qui a �crit que la royaut� �tait un abus, ne peut pas aller demander � un roi l�aum�ne d�une faveur; parce que moi qui sais que toute f�te enl�ve au peuple un peu de ce bien-�tre dont il lui reste � peine pour ne pas se r�volter, je proteste par mon absence contre toutes ces f�tes.

� Monsieur, dit Gilbert, je vous prie de croire que j�ai compris tout ce qu�il y a de sublime dans votre philosophie.

� Sans doute; cependant, puisque vous ne la pratiquez pas, permettez-moi de vous dire�

� Monsieur, dit Gilbert, je ne suis pas philosophe.

� Dites au moins ce que vous allez faire � Saint-Denis.

� Monsieur, je suis discret.

Le mot frappa Rousseau: il comprit qu�il y avait quelque myst�re cach� sous cet ent�tement, et il regarda le jeune homme avec une esp�ce d�admiration que lui inspirait ce caract�re.

� � la bonne heure, dit-il, vous avez un motif. J�aime mieux cela.

� Oui, monsieur, j�ai un motif, et qui ne ressemble en rien, je vous jure, � la curiosit� que l�on a d�un spectacle.

� Tant mieux, ou peut-�tre tant pis, car votre regard est profond, jeune homme, et j�y cherche en vain la candeur et le calme de la jeunesse.

� Je vous ai dit, monsieur, r�pliqua tristement Gilbert, que j�avais �t� malheureux, et que, pour les malheureux, il n�y avait pas de jeunesse. Ainsi c�est convenu, vous me donnez le jour de demain?

� Je vous le donne, mon ami.

� Merci, monsieur.

� Seulement, dit Rousseau, � l�heure o� vous regarderez passer toutes les pompes du monde, je d�velopperai un de mes herbiers et je passerai en revue toutes les magnificences de la nature.

� Monsieur, dit Gilbert, n�eussiez-vous point abandonn� tous les herbiers de la terre, le jour o� vous all�tes pour revoir mademoiselle Galley apr�s lui avoir jet� un bouquet de cerises dans son sein?

� Voil� qui est bien, dit Rousseau; c�est vrai, vous �tes jeune. Allez � Saint-Denis, mon enfant.

Puis, lorsque Gilbert tout joyeux fut sorti refermant la porte derri�re lui:

� Ce n�est pas de l�ambition, dit-il, c�est de l�amour!

Chapitre 47. La femme du sorcier

Au moment o� Gilbert, apr�s sa journ�e si bien remplie, grignotait dans son grenier son pain tremp� d�eau fra�che et humait de tous ses poumons l�air des jardins d�alentour, en ce moment, disons-nous, une femme v�tue avec une �l�gance un peu �trange, ensevelie sous un long voile, apr�s avoir suivi au galop d�un superbe cheval arabe cette route de Saint-Denis, d�serte encore, mais qui devait le lendemain s�encombrer de tant de monde, mettait pied � terre devant le couvent des carm�lites de Saint-Denis et heurtait de son doigt d�licat au barreau du tour, tandis que son cheval, dont elle tenait la bride pass�e � son bras, piaffait et creusait le sable avec impatience.

Quelques bourgeois de la ville s�arr�t�rent par curiosit� autour de l�inconnue. Ils �taient attir�s � la fois, nous l�avons dit, d�abord par l��tranget� de sa mine, ensuite par son insistance � heurter.

� Que d�sirez-vous, madame? lui demanda l�un d�eux.

� Vous le voyez, monsieur, r�pondit l��trang�re avec un accent italien des plus prononc�s, je d�sire entrer.

� Alors, vous vous adressez mal. Ce tour ne s�ouvre qu�une fois le jour aux pauvres, et l�heure � laquelle il s�ouvre est pass�e.

� Comment fait-on alors pour parler � la sup�rieure? demanda celle qui heurtait.

� On frappe � la petite porte au bout du mur, ou bien on sonne � la grande porte.

Un autre s�approcha.

� Vous savez, madame, dit-il, que maintenant la sup�rieure est Son Altesse royale Madame Louise de France?

� Je le sais, merci.

� Vertudieu! le beau cheval! s��cria un dragon de la reine regardant la monture de l��trang�re. Savez-vous que, si ce cheval n�est pas hors d��ge, il vaut cinq cents louis, aussi vrai que le mien vaut cent pistoles?

Ces mots produisirent beaucoup d�effet sur la foule.

En ce moment, un chanoine, qui, tout au contraire du dragon, regardait la cavali�re sans s�inqui�ter du cheval, se fraya un sentier jusqu�� elle, et, gr�ce � un secret connu de lui, ouvrit la porte du tour.

� Entrez, madame, dit-il, et tirez apr�s vous votre cheval.

La femme, press�e d��chapper aux regards avides de cette foule, regards qui semblaient effroyablement lui peser, se h�ta de suivre le conseil et disparut derri�re la porte avec sa monture.

Une fois seule dans la vaste cour, l��trang�re secoua la bride de son cheval, lequel agita si brusquement tout son capara�on et battit si vigoureusement le pav� de son fer, que la s�ur touri�re, qui avait quitt� un instant son petit logement plac� pr�s de la porte, s��lan�a de l�int�rieur du couvent.

� Que voulez-vous, madame? s��cria-t-elle, et comment vous �tes-vous introduite ici?

� C�est un bon chanoine qui m�a ouvert la porte, dit-elle; quant � ce que je veux, je veux, si c�est possible, parler � la sup�rieure.

� Madame ne recevra pas ce soir.

� On m�avait dit cependant qu�il �tait du devoir des sup�rieures de couvent de recevoir celles de leurs s�urs du monde qui viennent leur demander secours, � toute heure du jour et de la nuit.

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