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Mortels trafics

Электронная книга - «Mortels trafics». Краткое содержание книги:

À croire qu’il est plus important d’intercepter des « go fast » de cannabis que d’arrêter des tueurs…
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— Oui, c’est moi, qu’est-ce qui se passe ?

Son interlocuteur marqua un temps d’hésitation, signe qu’il avait deviné l’essoufflement de sa correspondante.

— Non, je ne suis pas en train de baiser, je cours sur mon tapis.

Il avait beau connaître sa chef, il ne s’attendait visiblement pas à ce genre de réponse.

– À cinq heures du matin… ?

— Je n’arrivais pas à dormir… Mais, dis-moi, toi, à cette heure, tu pensais à moi dans ton fauteuil, ou tu as un truc à me dire ?

— … La marchandise devrait partir bientôt.

– Ça sort aux zonzons ?

— Oui.

— Pas la peine de s’énerver, mais il faut qu’on soit tous disponibles. T’attends six heures et t’appelles le groupe. Je veux tout le monde au bureau à huit heures, pas question de sport, de courses perso ou de problèmes de gamins… Et dis-leur qu’ils ne prévoient rien pour les jours à venir… Ils peuvent même venir avec des fringues propres… On va bouger.

— Bien…

— Qu’est-ce qu’il y a… ? Autre chose ?

— Ben, c’est-à-dire que je n’ai rien pour me changer et je suis au bureau… J’aurai le temps de passer chez moi ?

Elle sourit en l’entendant.

— Non, pas question que tu bouges… Tant pis, t’aurais dû y penser !

Elle le laissa mariner en imaginant son embarras.

– Évidemment, on va te trouver un créneau pour que tu ailles chez toi. Ne t’inquiète pas. En attendant, appelle le taulier pour l’aviser… Non, finalement, laisse tomber pour le commissaire, je m’en occupe.

Elle reposa son téléphone sur le tableau de bord du tapis, pensive, le regard perdu dans le cadre de son petit logement. Toute la pièce donnait sur une baie vitrée surplombant Nice. Les murs blancs et le parquet en chêne clair en faisaient, dès le lever du jour, un endroit lumineux. Son attention se porta sur le sac en cuir pendu à une potence métallique fixée au mur. Elle s’en approcha, attrapa une paire de gants posés sur un banc, et bascula pour le savater, avant de lui asséner une rafale de coups de poing…

11

À sept heures trente, le dimanche, les rues de Nice étaient désertes. Léanne respira profondément et apprécia la saveur de l’air marin. Sa Golf blanche l’attendait sur un stationnement interdit sans pour autant avoir écopé de contravention. Tant mieux ! Car il était devenu presque impossible de les faire sauter. Elle jeta à l’arrière un sac de sport contenant quelques affaires de toilette et des vêtements de rechange.

Quand elle arriva à la caserne Auvare, rue Roquebillière, et se gara entre les bâtiments 5 et 6 réservés à la police judiciaire, les lumières étaient toutes éteintes. Avec son cynisme habituel teinté de mauvaise foi, elle se mit à penser qu’il n’y avait rien d’étonnant à ça. Côté « financière », ils travaillaient au rythme des banques. Si on venait à leur enlever les néons, ils mettraient des mois à s’en rendre compte. Quant à la « criminelle », Léanne déplora que la police française ressemble de plus en plus à une administration comme une autre. Le temps des interrogatoires nocturnes était quasiment révolu. Travailler en dehors des horaires de bureau était de moins en moins à l’ordre du jour de fonctionnaires lissés autant par un système judiciaire contraignant, que par l’évolution d’une société privilégiant loisirs et vie familiale plutôt que les responsabilités professionnelles. Les imprévus, autrefois le sel et la joie du métier de flic, passaient aujourd’hui pour de petits drames tant ils troublaient l’emploi du temps de chacun, entraînement sportif ou récupération des enfants à l’école. Dans ce métier, le prévisible était rarement prévu ! Elle n’arrivait pas à se faire à ces changements de mentalité.

Elle fut la première à son bureau du bâtiment 6, celui des Stups. Daniel, le gardien qui l’avait appelée, devait être à la salle d’écoute. Elle récupéra des copies de procédure, la commission rogatoire originale… Un brin tatillonne et inquiète, elle vérifia une fois de plus que la magistrate avait bien mentionné l’article 18, alinéa 4, l’autorisant à se déplacer sur l’ensemble du territoire national. Même si pour se rendre à la frontière espagnole, la police judiciaire de Nice n’avait pas besoin de cette mention pour rester sur le ressort de la Direction inter-régionale de Marseille. Mais mieux valait être prudent s’ils devaient se déplacer ailleurs. Des bruits dans le couloir annoncèrent son collègue, un jeune de vingt-cinq ans, nouveau venu à la PJ.

— Mes respects, commandant !

— Dis-moi, tu vas me gonfler longtemps avec tes « respects ». Si tu voulais la jouer comme ça, fallait aller chez les CRS. Je t’ai déjà dit que je m’appelais Léanne et qu’on se tutoyait.

Le jeune bredouilla :

— Oui… bien…

— Rassure-toi, si j’ai envie de te passer une avoinée, j’y arriverai très bien quand même.

Cette fois, Daniel rougit légèrement.

— Rien de plus sur les zonzons ?

— Non, comman… Non, Léanne.

— Allez, rentre chez toi chercher tes affaires.

Seule à son bureau, elle choisit un disque d’ACDC, « Highway to Hell », et se dit que du Highway, ils allaient s’en bouffer aujourd’hui pour gagner Perpignan. Elle vit s’allumer le bureau de celui qu’elle attendait : le chef de la section criminelle dont dépendaient les Stups. Elle fonça le retrouver d’un pas décidé.

Claude Vignon était un peu plus jeune qu’elle. Par principe, la commandant n’aimait pas les commissaires. C’est du moins ce qu’elle claironnait pour les titiller, alors qu’elle s’entendait plutôt bien avec eux, pourvu qu’ils aient le sens policier et ne se cantonnent pas dans un rôle de gestionnaire de service. C’était le cas de Vignon. Il aimait la région, moins pour son climat que pour son milieu.

Pour un jeune commissaire, la PJ de Nice était une superbe machine. Ce service, constitué de quatre-vingts fonctionnaires dont une BRI, avait beau être qualifié « d’antenne » et dépendre sur le papier de la PJ de Marseille, il était plus important que bon nombre de SRPJ provinciaux. Les chefs successifs avaient toujours entrepris d’en manœuvrer les vieux routiers, rien n’étant jamais clair ni facile avec certains enquêteurs « sudistes » dont les méthodes ne risquaient pas de remplir les prisons. Le commissaire avait définitivement opté pour un rajeunissement des cadres et, lorsqu’il avait fallu désigner un nouveau chef pour les Stups, il avait soutenu Léanne face à quelques ramiers qui estimaient que le poste leur revenait de droit, même s’ils n’avaient plus arrêté personne depuis bien longtemps. Vignon était un malin. Il avait su facilement s’adapter à la région et nul ne pouvait penser qu’il n’était pas du pays. Mieux encore, le jeune taulier était un adepte de la pétanque. Particulièrement doué, il arrivait à prendre les Niçois à leur jeu favori, et s’était attiré par ce biais une certaine renommée, de la sympathie, voire du respect de la part de locaux étonnés qu’un gars du Nord puisse pratiquer leur « art » local avec autant de réussite.

— Madame, que me vaut l’honneur ? lança-t-il à Léanne avec un sourire à ruiner un dentiste.

Il avait une jolie gueule et le savait.

— Votre femme vous a jeté du lit, pour que vous soyez déjà là ?

Il leva les yeux au ciel.

— J’adore votre respect de la hiérarchie. Vous savez bien pourquoi je suis là !

Bien qu’ils soient seuls, elle entra et referma derrière elle avec des airs de conspiratrice, en chuchotant :

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