Joseph Balsamo. Tome IV
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #4
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome IV». Краткое содержание книги:
Balsamo t�moigna par un geste qu�il ne se rappelait rien.
� Je vais aider ta m�moire. Les cinq personnes dont il s�agit �taient repr�sent�es par cinq caract�res arabes, et les caract�res correspondaient, sur la note � toi communiqu�e, aux noms et aux chiffres des nouveaux fr�res.
� Soit, dit Balsamo.
� Tu reconnais?
� Ce que vous voudrez.
Le pr�sident regarda ses assesseurs pour prendre acte de cet aveu.
� Eh bien, continua-t-il, sur cette m�me note, la seule, entends-tu bien, qui ait pu compromettre les fr�res, un sixi�me nom se trouvait; t�en souviens tu?
Balsamo ne r�pliqua point.
� Ce nom �tait celui-ci: comte de F�nix!
� D�accord, dit Balsamo.
� Pourquoi alors, si les cinq noms des fr�res ont figur� sur cinq lettres de cachet, pourquoi le tien, respect�, caress�, est-il entendu avec faveur � la cour ou dans les antichambres des ministres? Si nos fr�res m�ritaient la prison, tu la m�rites aussi; qu�as-tu � r�pondre?
� Rien.
� Ah! je devine ton objection; tu peux dire que la police a, par des moyens � elle, surpris les noms des fr�res plus obscurs, mais qu�elle a d� respecter le tien, nom d�ambassadeur, nom d�homme puissant; tu diras m�me qu�elle n�a pas su soup�onner ce nom.
� Je ne dirai rien du tout.
� Ton orgueil survit � ton honneur; ces noms, la police ne les a d�couverts qu�en lisant la note confidentielle que le conseil supr�me t�avait adress�e, et voici comment elle l�a lue� Tu l�avais enferm�e dans un coffret; est-ce vrai?
�Un jour, une femme est sortie de chez toi portant le coffret sous son bras; elle a �t� vue par nos agents de surveillance et suivie jusqu�� l�h�tel du lieutenant de police, dans le faubourg Saint-Germain. Nous pouvions arr�ter le malheur dans sa source; car, en prenant le coffret, en arr�tant cette femme, tout devenait pour nous calme et s�r. Mais nous avons ob�i aux articles de la constitution, qui prescrit de respecter les moyens occultes � l�aide desquels certains associ�s entendent servir la cause, m�me lorsque ces moyens auraient une apparence de trahison ou d�imprudence.�
Balsamo parut approuver cette assertion, mais par un geste si peu marqu�, que, sans son immobilit� pass�e, le geste e�t paru insensible.
� Cette femme parvint jusqu�au lieutenant de police, dit le pr�sident; cette femme donna le coffret, et tout fut d�couvert. Est-ce vrai?
� Parfaitement vrai.
Le pr�sident se leva.
� Qu��tait cette femme? s��cria-t-il. Belle, passionn�e, d�vou�e � toi corps et �me, tendrement aim�e de toi; aussi spirituelle, aussi adroite, aussi souple qu�un des anges des t�n�bres qui aident l�homme � r�ussir dans le mal; Lorenza Feliciani est ta femme, Balsamo!
Balsamo laissa �chapper un rugissement de d�sespoir.
� Tu es convaincu? dit le pr�sident.
� Concluez, dit Balsamo.
� Je n�ai pas encore achev�. Un quart d�heure apr�s son entr�e chez le lieutenant de police, tu y entras toi-m�me. Elle avait sem� la trahison; tu venais r�colter la r�compense. Elle avait pris sur elle, en ob�issante servante, la perp�tration du crime; tu venais, toi, �l�gamment donner un dernier tour � l��uvre inf�me. Lorenza ressortit seule. Tu la reniais sans doute, et tu ne voulais pas �tre compromis en l�accompagnant. Toi, tu sortis triomphant avec madame du Barry, appel�e l� pour recueillir de ta bouche les indices que tu voulais te faire payer� Tu es mont� dans le carrosse de cette prostitu�e, comme le batelier dans le bateau avec la p�cheresse Marie l��gyptienne; tu laissais les notes qui nous perdaient chez M. de Sartine, mais tu emportais le coffret qui pouvait te perdre pr�s de nous. Heureusement, nous avons vu! la lumi�re de Dieu ne nous manque pas dans les bonnes occasions�
Balsamo s�inclina sans rien dire.
� Maintenant, je puis conclure, ajouta le pr�sident. Deux coupables ont �t� signal�s � l�ordre: une femme, ta complice, qui, peut-�tre innocemment, mais qui, de fait, a port� pr�judice � la cause en r�v�lant un de nos secrets; toi secondement, toi le ma�tre, toi le grand cophte; toi le rayon lumineux qui as eu la l�chet� de t�abriter derri�re cette femme pour que l�on v�t moins clairement la trahison.
Balsamo souleva lentement sa t�te p�le, attacha sur les commissaires un regard �tincelant de tout le feu qui avait couv� dans sa poitrine depuis le commencement de l�interrogatoire.
� Pourquoi accusez-vous cette femme? dit-il.
� Ah! nous savons que tu essayeras de la d�fendre; nous savons que tu l�aimes avec idol�trie, que tu la pr�f�res � tout. Nous savons qu�elle est ton tr�sor de science, de bonheur et de fortune; nous savons qu�elle est pour toi un instrument plus pr�cieux que tout le monde.
� Vous savez cela? dit Balsamo.
� Oui, nous le savons, et nous te frapperons bien plus par elle que par toi.
� Achevez�
Le pr�sident se leva.
� Voici la sentence: Joseph Balsamo est un tra�tre; il a manqu� � ses serments; mais sa science est immense, elle est utile � l�ordre. Balsamo doit vivre pour la cause qu�il a trahie; il appartient � ses fr�res, bien qu�il les ait reni�s.
� Ah! ah! dit Balsamo sombre et farouche.
� Une prison perp�tuelle prot�gera l�association contre ses nouvelles perfidies, en m�me temps qu�elle permettra aux fr�res de recueillir de Balsamo l�utilit� qu�elle a droit d�attendre de chacun de ses membres. Quant � Lorenza Feliciani, un ch�timent terrible�
� Attendez, dit Balsamo avec le plus grand calme dans la voix. Vous oubliez que je ne me suis pas d�fendu; l�accus� doit �tre entendu dans sa justification� Un mot me suffira, un seul document. Attendez-moi une minute, je vais rapporter la preuve que j�ai promise.
Les commissaires se consult�rent un moment.
� Oh! vous craignez que je ne me tue? dit Balsamo avec un sourire amer. Si je l�eusse voulu, ce serait fait. Il y a dans cette bague de quoi vous tuer tous cinq si je l�ouvrais. Vous craignez que je ne m�enfuie? Faites-moi accompagner si cela vous convient.
� Va! dit le pr�sident.
Balsamo disparut pendant une minute; puis on l�entendit redescendre pesamment l�escalier; il rentra.
Il tenait sur son �paule le cadavre roidi, froid et d�color� de Lorenza, dont la blanche main pendait vers la terre.
� Cette femme que j�adorais, cette femme qui �tait mon tr�sor, mon bien unique, ma vie, cette femme qui a trahi, comme vous dites, s��cria-t-il, la voici, prenez-la! Dieu ne vous a pas attendus pour punir, messieurs, ajouta t-il.
Et, par un mouvement prompt comme l��clair, il fit glisser le cadavre sur ses bras et l�envoya rouler sur le tapis jusqu�aux pieds des juges, que les froids cheveux et les mains inertes de la morte all�rent effleurer dans leur horreur profonde, tandis qu�� la lueur des lampes, on voyait la blessure d�un rouge sinistre et profond s�ouvrir au milieu de son cou d�une blancheur de cygne.
� Prononcez, maintenant, ajouta Balsamo.
Les juges, �pouvant�s, pouss�rent un cri terrible, et, saisis d�une vertigineuse terreur, ils s�enfuirent dans une confusion inexprimable. On entendit bient�t les chevaux hennir et pi�tiner dans la cour; la porte gronda sur ses gonds, puis le silence, le silence solennel revint s�asseoir aupr�s de la mort et du d�sespoir.
Chapitre 134. L�homme et Dieu
Tandis que la sc�ne terrible que nous venons de raconter s�accomplissait entre Balsamo et les cinq ma�tres, rien n��tait chang� en apparence dans le reste de la maison; seulement, le vieillard avait vu Balsamo rentrer chez lui et emporter le cadavre de Lorenza, et cette nouvelle d�monstration l�avait rappel� au sentiment de tout ce qui se passait autour de lui.
En voyant Balsamo charger sur ses �paules le corps et redescendre avec lui dans les �tages inf�rieurs, il crut que c��tait le dernier, l��ternel adieu de cet homme dont il avait bris� le c�ur, et la peur le prit d�un abandon qui, pour lui, pour lui surtout qui avait tout fait pour ne pas mourir, doublait les horreurs de la mort.
Ne sachant pas dans quel but Balsamo s��loignait, ne sachant pas o� il �tait all�, il commen�a � appeler:
� Acharat! Acharat!