Joseph Balsamo. Tome IV
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #4
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome IV». Краткое содержание книги:
� Votre Excellence a-t-elle des ordres � me donner? dit-il.
� Aucun ordre, Fritz.
� Votre Excellence�, continua Fritz en balbutiant.
� Et bien? demanda Balsamo avec une douceur infinie.
� Votre Excellence se rend-elle pr�s d�eux sans armes?
� Sans armes, oui.
� M�me sans votre �p�e?
� Et pourquoi prendrais-je mon �p�e, Fritz?
� Mais je ne sais, dit le fid�le serviteur en baissant les yeux; je pensais, je croyais, j�avais peur�
� C�est bien, retirez-vous, Fritz.
Fritz fit quelques pas pour ob�ir et revint.
� N�avez-vous pas entendu? demanda Balsamo.
� Excellence, je voulais vous dire que vos pistolets � deux coups sont dans le coffret d��b�ne, sur le gu�ridon dor�.
� Allez, vous dis-je, r�pondit Balsamo.
Et il entra dans le salon.
Chapitre 133. Le jugement
Fritz avait bien raison, les h�tes de Balsamo n��taient pas entr�s rue Saint-Claude avec un appareil pacifique, pas plus qu�avec un ext�rieur bienveillant.
Cinq hommes � cheval escortaient la voiture de voyage dans laquelle les ma�tres �taient venus; cinq hommes de mine alti�re et sombre, arm�s jusqu�aux dents, avaient referm� la porte de la rue et la gardaient, tout en paraissant attendre leurs ma�tres.
Un cocher, deux laquais, sur le si�ge de ce carrosse, tenaient sous leur manteau des couteaux de chasse et des mousquetons. C��tait bien plut�t pour une exp�dition que pour une visite que tout ce monde �tait venu rue Saint Claude.
Aussi cette invasion nocturne de gens terribles que Fritz avait reconnus, cette prise d�assaut de l�h�tel avait-elle impos� tout d�abord � l�Allemand une terreur indicible. Il avait essay� de refuser l�entr�e � tout le monde, lorsqu�il avait vu par le guichet l�escorte et devin� les armes; mais ces signes tout-puissants, irr�sistible t�moignage du droit des arrivants, ne lui avaient plus permis de contester. � peine ma�tres de la place, les �trangers s��taient post�s, comme d�habiles capitaines, � chaque issue de la maison, sans prendre la peine de dissimuler leurs intentions malveillantes.
Les pr�tendus valets dans la cour et dans les passages, les pr�tendus ma�tres dans le salon, ne pr�sageaient rien de bon � Fritz: voil� pourquoi il avait bris� la sonnette.
Balsamo, sans s��tonner, sans se pr�parer, entra dans le salon, que Fritz, pour faire honneur comme il le devait � tout visiteur, avait �clair� convenablement.
Il vit assis sur des fauteuils les cinq visiteurs dont pas un ne se leva quand il parut.
Lui, le ma�tre du logis, les ayant vus tous, les salua civilement.
Ce fut alors seulement qu�ils se lev�rent et lui rendirent gravement son salut.
Il prit un fauteuil en face des leurs, sans remarquer ou sans para�tre remarquer l��trange ordonnance de cette assistance. En effet, les cinq fauteuils formaient un h�micycle pareil � ceux des tribunaux antiques, avec un pr�sident dominant deux assesseurs, et son fauteuil � lui, Balsamo, �tabli en face de celui du pr�sident, occupant la place qu�on donne � l�accus� dans les conciles ou les pr�toires.
Balsamo ne prit pas le premier la parole, comme il l�e�t fait en toute autre circonstance; il regardait sans bien voir, toujours par suite de cette douloureuse somnolence qui lui �tait rest�e apr�s le choc.
� Tu nous as compris, � ce qu�il para�t, fr�re, dit le pr�sident, ou plut�t celui qui occupait le fauteuil du milieu. Tu as cependant bien tard� � venir, et nous d�lib�rions d�j� pour savoir si l�on enverrait � ta recherche.
� Je ne vous comprends pas, r�pondit simplement Balsamo.
� Ce n�est pas ce que j�avais cru en te voyant prendre vis-�-vis de nous la place et l�attitude de l�accus�.
� De l�accus�? balbutia vaguement Balsamo.
Et il haussa les �paules.
� Je ne comprends pas, dit-il.
� Nous allons te faire comprendre, et cela ne sera pas difficile, si j�en crois ton front p�le, tes yeux �teints, ta voix qui tremble� On dirait que tu n�entends pas.
� Si fait, j�entends, r�pondit Balsamo en secouant la t�te comme pour en faire tomber des pens�es qui l�obs�daient.
� Te souvient-il, fr�re, continua le pr�sident, que, dans ses derni�res communications, le comit� sup�rieur t�ait donn� avis d�une trahison m�dit�e par un des grands appuis de l�ordre?
� Peut-�tre� oui� je ne dis pas non.
� Tu r�ponds comme il convient � une conscience tumultueuse et troubl�e; mais remets-toi� ne te laisse point abattre; r�ponds avec la clart�, la pr�cision que te commande une position terrible; r�ponds-moi d�apr�s cette certitude que tu peux nous convaincre, car nous n�apportons ici ni pr�ventions ni haine; nous sommes la loi: elle ne parle qu�apr�s que le juge a �cout�.
Balsamo ne r�pliqua rien.
� Je te le r�p�te, Balsamo, et mon avertissement une fois donn� sera comme l�avis que se donnent des combattants avant de s�attaquer l�un l�autre; je vais t�attaquer avec des armes loyales mais puissantes; d�fends toi.
Les assistants, voyant le flegme et l�immobilit� de Balsamo, se regard�rent non sans �tonnement, puis report�rent leurs yeux sur le pr�sident.
� Tu m�as entendu, n�est-ce pas, Balsamo? r�p�ta ce dernier.
Balsamo fit de la t�te un signe affirmatif.
� J�ai donc, en fr�re plein de loyaut�, de bienveillance, averti ton esprit et fait pressentir le but de mon interrogatoire. Tu es averti; garde-toi, je recommence.
�Apr�s cet avertissement, continua le pr�sident, l�association d�l�gua cinq de ses membres pour surveiller � Paris les d�marches de celui qu�on nous signalait comme un tra�tre.
�Or, nos r�v�lations � nous ne sont pas sujettes � l�erreur; nous les tenons ordinairement, tu le sais toi-m�me, soit d�agents d�vou�s parmi les hommes, soit d�indices certains parmi les choses, soit de sympt�mes et de signes infaillibles parmi les myst�rieuses combinaisons que la nature n�a encore r�v�l�es qu�� nous. Or, l�un de nous avait eu sa vision par rapport � toi; nous savons qu�il ne s�est jamais tromp�; nous nous sommes tenus sur nos gardes, et nous t�avons surveill�.�
Balsamo �couta le tout sans donner la moindre marque d�impatience ou m�me d�intelligence. Le pr�sident continua:
� Ce n��tait pas chose ais�e que de surveiller un homme tel que toi; tu entres partout, ta mission est de prendre pied partout o� nos ennemis ont une maison, un pouvoir quelconque. Tu as � ta disposition toutes tes ressources naturelles, qui sont immenses, celles que l�association te donne pour faire triompher sa cause. Longtemps nous avons flott� dans le doute en voyant venir chez toi des ennemis tels qu�un Richelieu, une du Barry, un Rohan. Il y avait eu, d�ailleurs, dans la derni�re assembl�e de la rue Pl�tri�re, un discours prononc� par toi, discours plein d�habiles paradoxes qui nous ont laiss� croire que tu jouais un r�le en flattant, en fr�quentant cette race incorrigible qu�il s�agit d�extirper de la terre. Nous avons respect� pendant un temps les myst�res de ta conduite, esp�rant un heureux r�sultat; mais enfin la d�sillusion est arriv�e.
Balsamo conserva son immobilit�, son impassibilit�, de sorte que le pr�sident se laissa gagner par l�impatience.
� Il y a trois jours, dit-il, cinq lettres de cachet furent exp�di�es. Elles avaient �t� demand�es au roi par M. de Sartine; remplies aussit�t qu�elles furent sign�es, elles furent pr�sent�es, le m�me jour, � cinq de nos principaux agents, fr�res tr�s fid�les, tr�s d�vou�s, qui habitent � Paris. Tous cinq furent arr�t�s et conduits, deux � la Bastille, o� ils sont �crou�s au plus profond secret; deux � Vincennes, dans l�oubliette; un � Bic�tre, dans le plus mortel des cabanons. Connaissais-tu cette particularit�?
� Non, dit Balsamo.
� Cela est �trange, d�apr�s les relations que nous te connaissons avec les puissants du royaume. Mais ce qui est plus �trange encore, le voici.
Balsamo �couta.
� M. de Sartine, pour faire arr�ter ces cinq fid�les amis, devait avoir eu sous les yeux la seule note qui renferme lisiblement les cinq noms des victimes. Cette note t�a �t� adress�e par le conseil supr�me en 1769, et c�est toi-m�me qui as d� recevoir les nouveaux membres et leur donner imm�diatement le rang que le conseil supr�me leur assignait.