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Joseph Balsamo. Tome II - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome II

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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� La note n�est pas mauvaise, dit-il; vous n�gligez les marges, ensuite vous ne joignez pas assez du m�me trait les notes qui vont ensemble. Attendez, il vous manque un soupir � cette mesure; puis, tenez, voyez, vos barres de mesure ne sont pas droites. Faites aussi les blanches de deux demi-cercles. Peu importe qu�elles joignent exactement. La note toute ronde est disgracieuse, et la queue s�y soude mal� Oui, en effet, mon ami, vous �tes chez Jean-Jacques Rousseau.

� Oh! pardon alors, monsieur, de toutes les sottises que j�ai dites, s��cria Gilbert joignant les mains et pr�t � se prosterner.

� A-t-il donc fallu, dit Rousseau en haussant les �paules, a-t-il fallu qu�il v�nt ici un prince pour que vous reconnaissiez le pers�cut�, le malheureux philosophe de Gen�ve? Pauvre enfant, heureux enfant qui ignore la pers�cution!

� Oh! oui, je suis heureux, bien heureux, mais c�est de vous voir, c�est de vous conna�tre, c�est d��tre pr�s de vous.

� Merci, mon enfant, merci; mais ce n�est pas le tout que d��tre heureux, il faut travailler. Maintenant que vos essais sont faits, prenez ce rondeau et t�chez de le copier sur du vrai papier � musique; c�est court et peu difficile; de la propret� surtout. Mais comment avez-vous reconnu?�

Gilbert, le c�ur gonfl�, ramassa le volume des Confessions et montra le portrait � Jean-Jacques.

� Ah! oui, je comprends, mon portrait br�l� en effigie sur la premi�re page de l��mile; mais qu�importe, la flamme �claire, qu�elle vienne du soleil ou d�un autodaf�.

� Monsieur, monsieur, savez-vous que jamais je n�avais r�v� que cela, vivre aupr�s de vous? Savez-vous que mon ambition ne va pas plus loin que ce d�sir?

� Vous ne vivrez pas aupr�s de moi, mon ami, dit Jean-Jacques, car je ne fais pas d��l�ves. Quant � des h�tes, vous l�avez vu, je ne suis pas assez riche pour en recevoir et surtout pour en garder.

Gilbert frissonna, Jean-Jacques lui prit la main.

� Au reste, lui dit-il, ne vous d�sesp�rez pas. Depuis que je vous ai rencontr�, je vous �tudie, mon enfant; il y a en vous beaucoup de mauvais, mais aussi beaucoup de bon; luttez avec votre volont� contre vos instincts, d�fiez-vous de l�orgueil, ce ver rongeur de la philosophie, et copiez de la musique en attendant mieux.

� Oh! mon Dieu! mon Dieu! dit Gilbert, je suis tout �tourdi de ce qui m�arrive.

� Il ne vous arrive cependant rien que de bien simple et de bien naturel, mon enfant; il est vrai que ce sont les choses simples qui �meuvent le plus les c�urs profonds et les esprits intelligents. Vous fuyez je ne sais d�o�, je ne vous ai point demand� votre secret; vous fuyez � travers les bois; dans ces bois, vous rencontrez un homme qui herborise, cet homme a du pain, vous n�en avez pas, il partage avec vous son pain; vous ne savez o� vous retirer, cet homme vous offre un asile; cet homme s�appelle Rousseau, voil� tout, et cet homme vous dit:

�Le premier pr�cepte de la philosophie est celui-ci:

Homme, suffis-toi � toi-m�me.

�Or, mon ami, quand vous aurez copi� votre rondeau, vous aurez gagn� votre nourriture d�aujourd�hui. Copiez donc votre rondeau.

� Oh! monsieur, que vous �tes bon!

� Quant au g�te, il est � vous par-dessus le march�; seulement, pas de lecture nocturne, ou, si vous usez de la chandelle, que ce soit la votre, sinon Th�r�se gronderait. Avez-vous faim, maintenant?

� Oh! non, monsieur, dit Gilbert suffoqu�.

� Il reste du souper d�hier de quoi d�jeuner ce matin; ne faites pas de fa�ons; ce repas est le dernier, sauf invitation, si nous restons bons amis, que vous ferez � ma table.

Gilbert commen�a un geste que Rousseau interrompit d�un signe de t�te.

� Il y a, continua-t-il, rue Pl�tri�re, une petite cuisine pour les ouvriers; vous y mangerez � bon compte, car je vous y recommanderai. En attendant, allons d�jeuner.

Gilbert suivit Rousseau sans r�pondre. Pour la premi�re fois de sa vie il �tait dompt�; il est vrai que c��tait par un homme sup�rieur aux autres hommes.

Apr�s les premi�res bouch�es, il sortit de table et retourna travailler. Il disait vrai: son estomac, trop contract� de la secousse qu�il avait re�ue, ne pouvait recevoir aucune nourriture. De tout le jour il ne leva point les yeux de dessus son ouvrage, et vers huit heures du soir, apr�s avoir d�chir� trois feuilles, il �tait parvenu � copier lisiblement et proprement un rondeau de quatre pages.

� Je ne veux pas vous flatter, dit Rousseau, c�est encore mauvais, mais c�est lisible; cela vaut dix sous, les voici.

Gilbert les prit en s�inclinant.

� Il y a du pain dans l�armoire, monsieur Gilbert, dit Th�r�se, sur qui la discr�tion, la douceur et l�application de Gilbert avaient produit un bon effet.

� Merci, madame, r�pondit Gilbert; croyez que je n�oublierai point vos bont�s.

� Tenez, dit Th�r�se en lui tendant le pain.

Gilbert allait refuser; mais il regarda Jean-Jacques et comprit, par ce sourcil qui se fron�ait d�j� au-dessus de cet �il subtil et par cette bouche si fine qui commen�ait � se crisper, que son refus pourrait bien blesser son h�te.

� J�accepte, dit-il.

Puis il se retira dans sa petite chambre, tenant en main la pi�ce de six sous d�argent et les quatre sous de cuivre qu�il venait de recevoir de Jean-Jacques.

� Enfin, dit-il en entrant dans sa mansarde, je suis donc mon ma�tre, c�est-�-dire, non, pas encore, puisque j�ai l� le pain de la charit�.

Et, quoiqu�il e�t faim, il d�posa sur l�appui de sa lucarne son pain, auquel il ne toucha point.

Puis, pensant qu�il oublierait sa faim en dormant, il souffla sa chandelle et s��tendit sur sa paillasse.

Le lendemain � Gilbert avait fort peu dormi pendant toute cette nuit � le lendemain, le jour le trouva �veill�. Il se rappela ce que lui avait dit Rousseau des jardins sur lesquels donnait la fen�tre. Il se pencha hors de la lucarne, et vit en effet les arbres d�un beau jardin; au del� de ces arbres s��levait l�h�tel auquel appartenait ce jardin, et dont l�entr�e donnait rue de la Jussienne.

Dans un coin du jardin, tout entour� de jeunes arbres et de fleurs, s��levait un petit pavillon aux contrevents ferm�s.

Gilbert pensa d�abord que ces contrevents �taient ferm�s � cause de l�heure, et que ceux qui habitaient ce pavillon n��taient pas encore �veill�s. Mais, comme les arbres naissants avaient coll� leur feuillage contre ces contrevents, Gilbert comprit bient�t que ce pavillon devait �tre inhabit� depuis l�hiver tout au moins.

Il en revint alors � admirer les beaux tilleuls qui lui cachaient le logement principal.

Deux ou trois fois la faim avait entra�n� Gilbert � jeter les yeux sur le morceau de pain que, la veille, lui avait coup� Th�r�se; mais, toujours ma�tre de lui, et tout en le convoitant, il n�y avait pas touch�.

Cinq heures sonn�rent, alors il pensa que la porte de l�all�e devait �tre ouverte; et lav�, bross� et peign� � Gilbert, gr�ce aux soins de Jean-Jacques, avait, en remontant dans son grenier, trouv� les objets n�cessaires � sa modeste toilette � et lav�, bross�, peign�, disons-nous, il prit son morceau de pain et descendit.

Rousseau, qui cette fois n�avait pas �t� le r�veiller, Rousseau, qui par un exc�s de d�fiance peut-�tre, et pour mieux se rendre compte des habitudes de son h�te, n�avait point ferm� sa porte la veille, Rousseau l�entendit descendre et le guetta.

Il vit Gilbert sortir son pain sous le bras.

Un pauvre s�approcha de lui, il vit Gilbert lui donner son pain, puis entrer chez un boulanger, qui venait d�ouvrir sa boutique, et acheter un autre morceau de pain.

� Il va aller chez le traiteur, pensa Rousseau, et ses pauvres dix sous y passeront.

Rousseau se trompait; tout en marchant, Gilbert mangea une partie de son pain; puis, s�arr�tant � la fontaine qui coulait au coin de la rue, il but, mangea le reste de son pain, but encore, se rin�a la bouche, se lava les mains et revint.

� Ma foi, dit Rousseau, je crois que je suis plus heureux que Diog�ne, et que j�ai trouv� un homme.

Et, l�entendant remonter l�escalier, il s�empressa d�aller lui ouvrir la porte.

Le jour se passa tout entier dans un travail ininterrompu. Gilbert avait appliqu� � ce monotone labeur de la copie son activit�, sa p�n�trante intelligence et son assiduit� obstin�e. Ce qu�il ne comprenait pas, il le devinait; et sa main, esclave d�une volont� de fer, tra�ait les caract�res sans h�sitation, sans erreur. De sorte que, vers le soir, il en �tait arriv� � sept pages d�une copie, sinon �l�gante, du moins irr�prochable.

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