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Du bois pour les cercueils

Электронная книга - «Du bois pour les cercueils». Краткое содержание книги:

Le commissaire Gradenne prend froid dans l'hiver du Jura. A la manière de Maigret, enquête « grippée », gendarmes trop « pressés » comme ce corps broyé par la machine ?
Quelle idée aussi de confier à des officiers de marine à la retraite le renflouement d'une usine, dans ce « port de mer » sous la neige, au milieu des forêts !
Vous reprendrez bien de cette Morteau, mijotée dans la potée de la veille, accompagnée d'un Poulsard… ? Avec un Comté de plus de dix-huit mois, on vous recommande ce jeune lieutenant de 30 ans d'âge sans beaucoup d'affinage à la PJ, mais avec du… nez, avisé et goûteux !
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— Ah ! Je vois… Mais je vous ai déjà dit que j’ignorais sur quoi il travaillait, la nuit fatidique.

— Je vous remercie. Je vais vous laisser pour ce soir. Attendez-vous néanmoins à me revoir…

Bruchet avait prononcé cette phrase avec lassitude, comme pour s’excuser de venir fouiner sans savoir précisément que rechercher.

— Puis-je vous poser une question ? demanda Guardac.

— Je vous en prie, mais je ne vous garantis pas d’y répondre.

— Je veux bien admettre que Verdoux ait eu une fin étrange. Mais comme il était seul, cela ne peut être qu’un accident, vous ne pensez pas ?

— C’est à cette conclusion que les gendarmes sont parvenus. Mais le procureur a un doute, et c’est pour cette raison que nous sommes ici. Pour refermer définitivement le dossier, il faudrait qu’un élément nouveau confirme la thèse de l’accident, mais je ne vois pas encore lequel… Alors, je cherche.

— Eh bien ! Bon courage ! Et à demain, peut-être.

En sortant de l’atelier, Quentin était perplexe : cette réunion avec les « huiles » du siège avait cassé son élan. Il se demandait si, au fond, Gradenne n’avait pas raison. Mais quel crédit accorder aux commentaires d’un homme brûlant de fièvre ?

Il lui semblait prioritaire de faire procéder à une analyse ADN de ces cheveux « anonymes ». Plus tard, il reviendrait sur les lieux afin de s’imprégner de l’atmosphère du travail de nuit et mieux connaître le personnel. Il repensa à la dernière parole de Lambard : « Bon retour »… signifiait en termes courtois « Fichez le camp, on vous a assez vu ». Il entendait poursuivre ses investigations à sa guise et n’avait pas à tenir compte des injonctions de cet amiral d’opérette. Pour qui se prenait ce Lambard ?

Il n’osa pas retourner voir Chatel, de peur de tomber sur « l’amiral ». Autant rester discret et ne pas faire de vagues. Il sentait d’instinct que Chatel lui était favorable, même s’il se demandait qui avait bien pu prévenir le siège de son arrivée. Il pensa avec bon sens que ces deux hauts personnages n’étaient pas du genre à fréquenter les ateliers de peur de se salir. Comme il ne risquait pas de les y rencontrer, la voie devait être libre.

Le local des contremaîtres ressemblait plutôt à une cabine meublée seulement d’une table recouverte de documents, d’un téléphone et d’une chaise. Un homme y était assis en train d’écrire sur un registre de fabrication.

— Bonjour, vous cherchez quelqu’un ?

— Je suis le lieutenant Bruchet, de la PJ…

— Ah ! C’est vrai, Chatel m’a parlé de vous. Entrez et fermez la porte, on s’entendra mieux.

— D’après ma liste, vous êtes Denis Jantet, c’est bien ça ?

— Tout à fait, je peux faire quelque chose pour vous ?

— Peut-être… Je suppose, puisqu’on vous a parlé de moi, que vous connaissez les raisons de ma présence ici.

— Vous enquêtez sur l’accident de monsieur Verdoux…

L’homme, assez corpulent, la quarantaine alerte et les cheveux grisonnants, se montra aimable, ne manifestant aucune animosité envers quelqu’un qui venait le perturber dans son travail. Il était de repos la semaine précédente, mais il avait appris la nouvelle le matin même en allant acheter son journal vers sept heures. Ce genre d’information circulait vite ! Comme il n’arrivait pas à y croire, il avait couru à l’usine et avait croisé Pourtaud, le chef de l’équipe C, complètement bouleversé.

— Savez-vous où je pourrais le rencontrer ?

— Il est de repos cette semaine et il en a besoin. Dans sa petite ferme en dehors de Berthonex, à droite en sortant sur la route de Pontarlier, il élève juste quelques génisses.

— Auriez-vous entendu parler de quelque chose d’inhabituel ?

— Ma foi non !.. Vous savez, nous sommes toujours sur la brèche dans cette usine. C’est bien rare qu’il n’y ait pas une panne à un moment ou à un autre. La nuit, il faut parfois aller réveiller l’électricien parce qu’un moteur a grillé, ou bien nous devons faire usiner une pièce qui vient de casser… Nous travaillons avec un artisan mécano qui a des machines-outils et que j’ai déjà sorti du lit à deux heures du matin pour me tourner un axe de ventilo… Alors, vous savez, dans tout ça, un détail même insolite peut passer inaperçu…

— Je vois… Dites-moi franchement. Comment perceviez-vous Verdoux ? Je vous assure que ce que vous me direz restera entre nous.

— C’est assez délicat !.. Comment vous dire ? C’est déjà pas facile de parler des absents… alors des disparus !

Jantet était chez Polybois depuis la création de l’usine. Il était resté un an à la presse avant de passer chef d’équipe. Il avait connu l’ancien directeur qui selon lui était… différent. Par ce terme anodin, il laissait entendre son peu d’estime pour Verdoux.

— Dans le pays, on a coutume de ne pas dire du mal des morts…

— J’ai compris. Pouvez-vous néanmoins être plus précis. Je vous rappelle que j’enquête sur la mort d’un homme dont j’ai besoin de cerner la personnalité.

— D’une phrase, je dirais que c’était un ancien militaire qui avait du mal à tourner la page.

Comme Quentin le poussait à des confidences, Jantet reconnut que Verdoux se mêlait de tout et donnait toujours l’impression qu’il passait des troupes en revue. Il ne ratait pas une occasion de se vanter de son passé, genre « Quand j’étais à l’école d’officiers… » ou « En Algérie, j’ai fait ci, j’ai fait ça… », q uand ce n’était pas en parlant d’un ouvrier qui avait été maladroit, « …il mériterait le conseil de guerre… ».

En écoutant le contremaître, Quentin se rappelait les paroles de Lambard : « Quand j’étais dans La Royale… ».

— Si je vous comprends bien, il n’était guère apprécié.

Pour toute réponse, Jantet fit une petite mimique qui signifiait clairement : « A vous de juger… ».

— Avez-vous été surpris que Verdoux fasse des essais la nuit, tout seul dans l’atelier-pilote ?

— Je vous répète que rien ne m’étonnait venant de lui. Sans trahir un grand secret, Guardac et lui ne faisaient pas bon ménage. Verdoux voulait absolument montrer qu’il était le chef, y compris au labo.

— Comment expliquez-vous l’accident ?

— Franchement, je ne l’explique pas. C’est aussi stupide que de faire la sieste sur une voie de chemin de fer…

— Je vous remercie. Je vais poursuivre ma visite. On se reverra certainement.

Bruchet sortit et replongea dans le bruit. Pendant près de deux heures, il observa minutieusement chacun des postes de fabrication, suivant la production depuis les stocks de rondins et les résidus de scierie jusqu’aux piles de panneaux. Il échangeait à chaque fois quelques mots avec les opérateurs, dans la mesure où ceux-ci étaient disponibles et où le bruit permettait de s’entendre.

En reprenant la route à la sortie de l’usine, il décida d’aller voir Pourtaud chez lui. Dans la direction de Pontarlier, il trouva sans peine la ferme qui était éclairée et s’engagea sur le chemin. Dans la cour, devant une belle maison de pierre, un chien aboya sans agressivité. C’était un husky magnifique qui s’approcha de la voiture et se dressa contre la portière.

Sur le seuil de la maison, un homme rappela le chien qui obéit immédiatement et vint s’asseoir aux pieds de son maître.

— Bonjour, monsieur. Je cherche la ferme de Julien Pourtaud.

— Vous êtes à la bonne adresse.

— Je ne voulais pas vous déranger à cette heure, je suis le lieutenant Bruchet de la PJ, et j’enquête sur l’accident de monsieur Verdoux.

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