Mortels trafics
- Автор: Pouchairet Pierre
- Год: 2016
- Язык: французский
- Год: Éditions Fayard
- ISBN: 978-2213701394
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «Mortels trafics». Краткое содержание книги:
— Vous savez maintenant tous que nous avons une star avec nous, railla Eduardo. Les équipes sont faites… On part dans trente minutes…
— Je peux voir la voiture ? demanda Yves.
Le Mexicain haussa les épaules avec un petit rire mauvais :
— T’as peur qu’on ait pété sur le siège où Sa Majesté va s’asseoir ?
— Lâche-moi un peu, tu veux ! Mieux vaut perdre dix minutes au départ que de le regretter par la suite, ou pire, d’avoir à s’arrêter. Je veux faire chauffer le moteur, m’assurer effectivement que le siège est bien réglé et faire un tour de contrôle. Il faut que la marchandise soit bien calée comme je l’ai demandé. Pas question de se prendre un truc dans la gueule en cas de coup de frein, ou d’être déséquilibré dans des virages…, ça te pose un problème ?
— Il a raison, confirma Fahrid.
En d’autres circonstances, il s’en serait moqué, mais il ne voulait pas paraître moins professionnel.
Eduardo laissa le silence s’étirer et les regards se tourner vers lui. Il haussa à nouveau les épaules avant de s’écarter et de montrer la porte…
— Par ici, mes seigneurs et chevaliers, allez voir vos montures.
Les deux pilotes rejoignirent les véhicules stationnés le long des garages, en contrebas de la villa : un Porsche Cayenne gris métallisé et une BMW X5 noire, aux amortisseurs renforcés pour ne pas laisser suspecter les trois cents kilos de marchandise. Par contre, malgré l’emballage isotherme, l’odeur ne laissait aucun doute sur la nature du chargement, de la résine de cannabis et de la cocaïne. Fahrid fit mine de s’en amuser. Mais Yves se montra perplexe.
— Même à deux cents mètres, on filerait la gaule au moindre Rantanplan des douanes.
— C’est quoi, Rantanplan ?
— Un chien policier, répondit Yves.
— Ah ouais, ben tant mieux ! Ce sera plus drôle… On croirait que t’as les jetons, crâna Fahrid.
Yves haussa les épaules, préférant ne pas répondre. Il s’assit dans sa voiture, la BMW.
Les mains sur le volant, il rechercha la meilleure position et régla le siège. Appui sur les pédales, passage de vitesses à vide. Il commanda l’ouverture du capot et redescendit pour entamer une check-liste digne de celle d’un pilote d’avion. Ses yeux cherchèrent dans le moteur la moindre trace d’huile. Un aperçu également sur les disques de frein et les mâchoires… Un jeune d’une vingtaine d’années, resté jusque-là en retrait, s’approcha de lui.
— Les freins sont neufs et j’ai amélioré la ventilation des disques.
D’un simple clin d’œil, il signifia qu’il était satisfait et passa à l’arrière. L’ouverture du coffre libéra à nouveau l’odeur douceâtre de la résine.
— J’ai fait des aérations, quand vous roulerez, ça ventilera naturellement la cabine et l’odeur va disparaître.
— Bonne idée !
Surprise et moment de flottement… Yves sauta dans le véhicule, passa la première, coup d’accélérateur, les 320 chevaux rugirent de bonheur. Les roues arrière patinèrent sur le gravier. Quand elles accrochèrent enfin le bitume, la voiture bondit en avant, et laissa sur place des témoins ébahis… Le 4 × 4 attaqua la longue allée conduisant de la villa au portail principal et à la route distante de près de deux cents mètres. Eduardo blêmit. La came s’en allait ! Machinalement, il chercha à empoigner son pistolet.
Le bolide était déjà à une centaine de mètres, hors d’atteinte ! La stupéfaction se lut sur tous les visages. Eduardo lâcha son arme pour alerter les gardes à l’entrée, dernière possibilité d’intercepter le 4 × 4 avant qu’il ne passe la grille… Subitement, il chassa jusqu’à effectuer un demi-tour presque parfait… Les pneus crissèrent à nouveau pour propulser l’engin en direction de la villa. En une centaine de mètres, elle atteignit presque les 150 kilomètres/heure, et provoqua l’effroi des spectateurs qui la voyaient foncer sur eux.
Yves pila à quelques mètres de la fin du bitume pour attaquer à vitesse modérée, le sol en pierres. Coup de volant, l’automobile tangua sur la droite, il libéra la pédale d’accélérateur pour agir sur le frein à main… L’arrière chassa, en exécutant une nouvelle volte-face parfaite, projetant une pluie de gravillons et de poussière sur le public. Et la BM s’immobilisa !
Alors qu’il descendait de voiture, Eduardo se rua sur lui, l’attrapa par le col de sa chemise tandis que l’autre main vissait son pistolet dans le cou de sa proie…
— Ne refais plus jamais ça ou je te descends, tu m’entends ?
Yves le fixa dans le blanc des yeux sans ciller, avant de se mettre à rire. Il tapa doucement sur l’épaule de son agresseur.
— Du calme, je testais juste la stabilité du chargement. Rien d’anormal.
— Tu m’entends ? Jamais plus !
Eduardo relâcha sa prise. Au moment où ils se retournaient, les deux hommes virent les silhouettes des vieillards disparaître derrière la fenêtre du bureau de Castroviejo au premier étage, et le rideau retomber. Le maître des lieux et son associé n’avaient rien raté de cet épisode.
Yves chercha des yeux le jeune mécanicien.
— Oh ! petit, retends les courroies d’amarrage de la cargaison, c’est un peu lâche. Quand j’ai freiné, le chargement est venu au contact de mon siège. Je ne veux aucune gêne, tu m’entends ?
— Oui, monsieur, pas de problème, je m’en occupe.
— Ah ! refais aussi la pression. Tu ajoutes 200 g de plus dans chaque pneu.
Leïla faussa compagnie à toute l’équipe, et disparut dans sa chambre. Elle en verrouilla la porte et fouilla au fond d’une poche de son jean jusqu’à ce que ses doigts découvrent ce qu’elle cherchait. Un demi-sourire éclaira son visage, et elle se mit à inspirer profondément comme anticipant l’odeur et la sensation tant attendues. Devant la petite fiole en verre, son visage s’illumina. Il en restait suffisamment pour encore plusieurs jours. Elle déversa avec précaution la précieuse poudre blanche sur une table en verre, créant une petite pyramide qu’elle trouva magique. Ses doigts tremblèrent légèrement, le moment de frénésie qui précédait l’extase. La fiole regagna le jean, et elle s’empara d’une carte de crédit de la Banque marocaine du commerce extérieur. Quelques coups avec la tranche, et elle s’attaqua au petit tas à la blancheur enivrante pour le diviser en lignes parallèles… Un billet de cent euros était posé sur la table, il avait été utilisé si souvent qu’il avait pris la forme d’un petit rouleau. Elle se l’inséra dans une narine. Un dernier regard pour son œuvre avant d’entamer ce festin de reine ! Car c’est ce qu’elle était…, et elle plongea résolument vers le bonheur qui l’attendait.
10
Nice.
Léanne venait d’appuyer sur le bouton entraînant le tapis de course à une vitesse de vingt kilomètres/heure. Les yeux rivés sur le chrono, bien décidée à tenir le rythme, elle regardait défiler les secondes en même temps que les guitares de Guns N’Roses vrillaient ses tympans… À quarante-trois ans, elle avait un corps que bon nombre de femmes plus jeunes lui enviaient, le ventre plat et musclé, une poitrine solide, un visage un peu autoritaire mais agréable, avec des lèvres fines et de grands yeux clairs. Les traits de son visage se tendaient au fur et à mesure de l’effort. La sueur ruisselait sur son front et s’écoulait suivant une longue ride verticale partant de sa tempe droite vers le menton. Quand son portable sonna, elle eut un bref regard vers l’écran, prit appui sur les bras du tapis, se souleva en écartant les jambes de chaque côté de la bande de roulement, et actionna le champignon rouge d’arrêt d’urgence.