Joseph Balsamo. Tome IV
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #4
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome IV». Краткое содержание книги:
Althotas ne quittait pas du regard cette fiole bris�e, image du n�ant de ses esp�rances; on e�t dit qu�il comptait ces mille d�bris qui avaient, en s��parpillant, diminu� sa vie d�autant de jours; on e�t dit qu�il e�t voulu pomper du regard cette liqueur pr�cieuse r�pandue sur le parquet et qu�un instant il avait crue l�immortalit�.
Parfois aussi, lorsque la douleur de cette d�sillusion �tait trop vive, le vieillard levait son �il terni sur Balsamo; puis, de Balsamo, son regard passait au cadavre de Lorenza.
Il ressemblait alors � ces brutes, surprises au pi�ge, que le chasseur trouve le matin, arr�t�es par la jambe, et qu�il tourmente longtemps du pied sans leur faire tourner la t�te, et qui, s�il les pique de son couteau de chasse ou de la ba�onnette de son fusil, l�vent obliquement leur �il sanglant tout charg� de haine, de vengeance, de reproche et de surprise.
� Est-il possible, disait ce regard encore si expressif dans son atonie, est-il croyable que tant de malheurs, que tant d��checs viennent � moi, de la part d�un �tre aussi infime que cet homme que je vois l� agenouill� � quatre pas de moi, aux pieds d�un objet aussi vulgaire que cette femme morte? N�est-ce pas un bouleversement de la nature, un bouleversement de la science, un cataclysme de la raison, que l��l�ve si grossier ait abus� le ma�tre si sublime? N�est-ce pas monstrueux, enfin, que le grain de poussi�re ait arr�t� court la roue du char superbe et rapide dans son tout-puissant, dans son immortel essor?
Quant � Balsamo, � Balsamo bris�, an�anti, sans voix, sans mouvement, presque sans vie, nulle pens�e humaine ne s��tait encore fait jour � travers les sanglantes vapeurs de son cerveau.
Lorenza, sa Lorenza! Lorenza, sa femme, son idole, cette cr�ature doublement pr�cieuse � titre d�ange et d�amante, Lorenza, c�est-�-dire le plaisir et la gloire, le pr�sent et l�avenir, la force et la foi; Lorenza, c�est-�-dire tout ce qu�il aimait, tout ce qu�il d�sirait, tout ce qu�il ambitionnait au monde. Lorenza �tait perdue pour lui � jamais!
Il ne pleurait pas, il ne criait pas, il ne soupirait m�me pas.
� peine avait-il le temps de s��tonner qu�un si �pouvantable malheur e�t fondu sur sa t�te. Il ressemblait � ces infortun�s que l�inondation saisit dans leur lit, au milieu des t�n�bres, qui r�vent que l�eau les a gagn�s, qui s��veillent, qui ouvrent les yeux et qui, voyant sur leur t�te une vague mugissante, n�ont pas m�me le temps de pousser un grand cri en passant de la vie � la mort.
Balsamo, pendant trois heures, se crut englouti dans les plus profonds ab�mes du tombeau; � travers son immense douleur, il prenait ce qui lui arrivait pour un de ces sinistres songes qui visitent les tr�pass�s dans la nuit �ternelle et silencieuse du s�pulcre.
Pour lui, plus d�Althotas, c�est-�-dire plus de haine, plus de vengeance.
Pour lui, plus de Lorenza, c�est-�-dire plus de vie, plus d�amour.
Le sommeil, la nuit, le n�ant!
Voil� comment le temps s��coula, lugubre, silencieux, infini, dans cette chambre o� le sang refroidissait apr�s avoir envoy� sa part de f�condit� aux atomes qui la r�clament.
Tout � coup, au milieu du silence et de la nuit, une sonnette sonna trois fois.
Sans doute, Fritz savait que son ma�tre �tait chez Althotas, car une sonnette tinta dans la chambre m�me.
Mais elle eut beau retentir trois fois avec un bruit insolemment �trange, le son s��vanouit dans l�espace.
Balsamo ne leva point la t�te.
Au bout de quelques minutes, le m�me tintement, plus sonore, retentit une seconde fois, mais sans plus que la premi�re arracher Balsamo � sa torpeur.
Puis, � un intervalle mesur�, mais moins �loign� que celui qui avait s�par� le premier tintement du second, la sonnette irrit�e fit une troisi�me fois jaillir dans la chambre un �clat multiple de sons criards et impatients.
Balsamo, sans tressaillir, souleva lentement son front et interrogea l�espace avec la froide solennit� d�un mort qui sort de son tombeau.
Ainsi dut regarder Lazare quand la voix du Christ l�appela trois fois.
La sonnette ne cessait point de tinter.
Son �nergie, toujours croissante, �veilla enfin l�intelligence chez l�amant de Lorenza.
Il d�tacha sa main de la main du cadavre.
Toute la chaleur avait quitt� son corps, sans passer dans celui de Lorenza.
� Une grande nouvelle ou un grand danger, se dit Balsamo. Pourvu que ce soit un grand danger!
Et il se leva tout � fait.
� Mais pourquoi r�pondrais-je � cet appel? continua-t-il sans s�apercevoir du lugubre effet de ses paroles sous cette vo�te sombre, dans cette chambre fun�bre; est-ce que d�sormais quelque chose peut m�int�resser ou m�effrayer en ce monde?
La sonnette alors, comme pour lui r�pondre, heurta si brutalement ses flancs de bronze avec son battant d�airain, que le battant se d�tacha et tomba sur une cornue de verre qui, bris�e avec un bruit m�tallique, alla joncher le parquet de ses d�bris.
Balsamo ne r�sista plus; il �tait, d�ailleurs, important que nul, pas m�me Fritz, ne le v�nt relancer o� il �tait.
Il marcha d�un pas tranquille vers le ressort, le poussa et alla se placer sur la trappe, qui descendit lentement et le d�posa au milieu de la chambre aux fourrures.
En passant pr�s du sofa, il effleura la mante qui �tait tomb�e des �paules de Lorenza lorsque l�impitoyable vieillard, impassible comme la mort, l�avait enlev�e entre ses deux bras.
Le contact, plus vivant que Lorenza elle-m�me, imprima un frisson douloureux � Balsamo.
Il prit l��charpe et la baisa en �touffant ses cris avec l��charpe m�me.
Puis il alla ouvrir la porte de l�escalier.
Sur les plus hautes marches, Fritz, tout p�le, tout haletant, Fritz tenant un flambeau d�une main et de l�autre le cordon de sonnette que, dans sa terreur et son impatience, il continuait d�agiter convulsivement, Fritz l�attendait.
� la vue de son ma�tre, il poussa un cri de satisfaction d�abord, puis un second cri de surprise et d��pouvante.
Mais Balsamo, ignorant la cause de ce double cri, ne r�pondit que par une muette interrogation.
Fritz ne dit rien; mais il se hasarda, lui si respectueux d�ordinaire, � prendre son ma�tre par la main et � le conduire devant le grand miroir de Venise qui garnissait le dessus de la chemin�e par laquelle on passait dans la chambre de Lorenza.
� Oh! voyez, Excellence, dit-il en lui indiquant sa propre image dans le cristal.
Balsamo fr�mit.
Puis un sourire, un de ces sourires qui sont fils d�une douleur infinie et ingu�rissable, un sourire mortel passa sur ses l�vres.
En effet, il avait compris l��pouvante de Fritz.
Balsamo avait vieilli de vingt ans en une heure; plus d��clat dans les yeux, plus de sang sous la peau, une expression de stupeur et d�inintelligence r�pandue sur tous ses traits, une �cume sanglante frangeant ses l�vres, une large tache de sang sur la batiste si blanche de sa chemise.
Balsamo se regarda lui-m�me un instant sans pouvoir se reconna�tre; puis il plongea r�solument ses yeux dans les yeux du personnage �trange que refl�tait le miroir.
� Oui, Fritz, oui, dit-il, tu as raison.
Puis, remarquant l�air inquiet du fid�le serviteur:
� Mais pourquoi m�appelais-tu donc? lui demanda-t-il.
� Oh! ma�tre, pour eux.
� Eux?
� Oui.
� Eux, qui cela?
� Excellence, murmura Fritz en approchant sa bouche de l�oreille de Balsamo, eux, les cinq ma�tres.
Balsamo tressaillit.
� Tous? demanda-t-il.
� Oui, tous.
� Et ils sont l�?
� L�.
� Seuls?
� Non; avec chacun un serviteur arm� qui attend dans la cour.
� Ils sont venus ensemble?
� Ensemble, oui, ma�tre; et ils s�impatientent; voil� pourquoi j�ai sonn� tant de fois et si fort.
Balsamo, sans m�me cacher sous un pli de son jabot de dentelles la tache de sang, sans chercher � r�parer le d�sordre de sa toilette, Balsamo se mit en marche et commen�a de descendre l�escalier apr�s avoir demand� � Fritz si ses h�tes �taient install�s dans le salon ou dans le grand cabinet.
� Dans le salon, Excellence, r�pondit Fritz en suivant son ma�tre.
Puis, au bas de l�escalier, se hasardant � arr�ter Balsamo: