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Joseph Balsamo. Tome IV - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome IV

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome IV». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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Althotas ne quittait pas du regard cette fiole bris�e, image du n�ant de ses esp�rances; on e�t dit qu�il comptait ces mille d�bris qui avaient, en s��parpillant, diminu� sa vie d�autant de jours; on e�t dit qu�il e�t voulu pomper du regard cette liqueur pr�cieuse r�pandue sur le parquet et qu�un instant il avait crue l�immortalit�.

Parfois aussi, lorsque la douleur de cette d�sillusion �tait trop vive, le vieillard levait son �il terni sur Balsamo; puis, de Balsamo, son regard passait au cadavre de Lorenza.

Il ressemblait alors � ces brutes, surprises au pi�ge, que le chasseur trouve le matin, arr�t�es par la jambe, et qu�il tourmente longtemps du pied sans leur faire tourner la t�te, et qui, s�il les pique de son couteau de chasse ou de la ba�onnette de son fusil, l�vent obliquement leur �il sanglant tout charg� de haine, de vengeance, de reproche et de surprise.

� Est-il possible, disait ce regard encore si expressif dans son atonie, est-il croyable que tant de malheurs, que tant d��checs viennent � moi, de la part d�un �tre aussi infime que cet homme que je vois l� agenouill� � quatre pas de moi, aux pieds d�un objet aussi vulgaire que cette femme morte? N�est-ce pas un bouleversement de la nature, un bouleversement de la science, un cataclysme de la raison, que l��l�ve si grossier ait abus� le ma�tre si sublime? N�est-ce pas monstrueux, enfin, que le grain de poussi�re ait arr�t� court la roue du char superbe et rapide dans son tout-puissant, dans son immortel essor?

Quant � Balsamo, � Balsamo bris�, an�anti, sans voix, sans mouvement, presque sans vie, nulle pens�e humaine ne s��tait encore fait jour � travers les sanglantes vapeurs de son cerveau.

Lorenza, sa Lorenza! Lorenza, sa femme, son idole, cette cr�ature doublement pr�cieuse � titre d�ange et d�amante, Lorenza, c�est-�-dire le plaisir et la gloire, le pr�sent et l�avenir, la force et la foi; Lorenza, c�est-�-dire tout ce qu�il aimait, tout ce qu�il d�sirait, tout ce qu�il ambitionnait au monde. Lorenza �tait perdue pour lui � jamais!

Il ne pleurait pas, il ne criait pas, il ne soupirait m�me pas.

� peine avait-il le temps de s��tonner qu�un si �pouvantable malheur e�t fondu sur sa t�te. Il ressemblait � ces infortun�s que l�inondation saisit dans leur lit, au milieu des t�n�bres, qui r�vent que l�eau les a gagn�s, qui s��veillent, qui ouvrent les yeux et qui, voyant sur leur t�te une vague mugissante, n�ont pas m�me le temps de pousser un grand cri en passant de la vie � la mort.

Balsamo, pendant trois heures, se crut englouti dans les plus profonds ab�mes du tombeau; � travers son immense douleur, il prenait ce qui lui arrivait pour un de ces sinistres songes qui visitent les tr�pass�s dans la nuit �ternelle et silencieuse du s�pulcre.

Pour lui, plus d�Althotas, c�est-�-dire plus de haine, plus de vengeance.

Pour lui, plus de Lorenza, c�est-�-dire plus de vie, plus d�amour.

Le sommeil, la nuit, le n�ant!

Voil� comment le temps s��coula, lugubre, silencieux, infini, dans cette chambre o� le sang refroidissait apr�s avoir envoy� sa part de f�condit� aux atomes qui la r�clament.

Tout � coup, au milieu du silence et de la nuit, une sonnette sonna trois fois.

Sans doute, Fritz savait que son ma�tre �tait chez Althotas, car une sonnette tinta dans la chambre m�me.

Mais elle eut beau retentir trois fois avec un bruit insolemment �trange, le son s��vanouit dans l�espace.

Balsamo ne leva point la t�te.

Au bout de quelques minutes, le m�me tintement, plus sonore, retentit une seconde fois, mais sans plus que la premi�re arracher Balsamo � sa torpeur.

Puis, � un intervalle mesur�, mais moins �loign� que celui qui avait s�par� le premier tintement du second, la sonnette irrit�e fit une troisi�me fois jaillir dans la chambre un �clat multiple de sons criards et impatients.

Balsamo, sans tressaillir, souleva lentement son front et interrogea l�espace avec la froide solennit� d�un mort qui sort de son tombeau.

Ainsi dut regarder Lazare quand la voix du Christ l�appela trois fois.

La sonnette ne cessait point de tinter.

Son �nergie, toujours croissante, �veilla enfin l�intelligence chez l�amant de Lorenza.

Il d�tacha sa main de la main du cadavre.

Toute la chaleur avait quitt� son corps, sans passer dans celui de Lorenza.

� Une grande nouvelle ou un grand danger, se dit Balsamo. Pourvu que ce soit un grand danger!

Et il se leva tout � fait.

� Mais pourquoi r�pondrais-je � cet appel? continua-t-il sans s�apercevoir du lugubre effet de ses paroles sous cette vo�te sombre, dans cette chambre fun�bre; est-ce que d�sormais quelque chose peut m�int�resser ou m�effrayer en ce monde?

La sonnette alors, comme pour lui r�pondre, heurta si brutalement ses flancs de bronze avec son battant d�airain, que le battant se d�tacha et tomba sur une cornue de verre qui, bris�e avec un bruit m�tallique, alla joncher le parquet de ses d�bris.

Balsamo ne r�sista plus; il �tait, d�ailleurs, important que nul, pas m�me Fritz, ne le v�nt relancer o� il �tait.

Il marcha d�un pas tranquille vers le ressort, le poussa et alla se placer sur la trappe, qui descendit lentement et le d�posa au milieu de la chambre aux fourrures.

En passant pr�s du sofa, il effleura la mante qui �tait tomb�e des �paules de Lorenza lorsque l�impitoyable vieillard, impassible comme la mort, l�avait enlev�e entre ses deux bras.

Le contact, plus vivant que Lorenza elle-m�me, imprima un frisson douloureux � Balsamo.

Il prit l��charpe et la baisa en �touffant ses cris avec l��charpe m�me.

Puis il alla ouvrir la porte de l�escalier.

Sur les plus hautes marches, Fritz, tout p�le, tout haletant, Fritz tenant un flambeau d�une main et de l�autre le cordon de sonnette que, dans sa terreur et son impatience, il continuait d�agiter convulsivement, Fritz l�attendait.

� la vue de son ma�tre, il poussa un cri de satisfaction d�abord, puis un second cri de surprise et d��pouvante.

Mais Balsamo, ignorant la cause de ce double cri, ne r�pondit que par une muette interrogation.

Fritz ne dit rien; mais il se hasarda, lui si respectueux d�ordinaire, � prendre son ma�tre par la main et � le conduire devant le grand miroir de Venise qui garnissait le dessus de la chemin�e par laquelle on passait dans la chambre de Lorenza.

� Oh! voyez, Excellence, dit-il en lui indiquant sa propre image dans le cristal.

Balsamo fr�mit.

Puis un sourire, un de ces sourires qui sont fils d�une douleur infinie et ingu�rissable, un sourire mortel passa sur ses l�vres.

En effet, il avait compris l��pouvante de Fritz.

Balsamo avait vieilli de vingt ans en une heure; plus d��clat dans les yeux, plus de sang sous la peau, une expression de stupeur et d�inintelligence r�pandue sur tous ses traits, une �cume sanglante frangeant ses l�vres, une large tache de sang sur la batiste si blanche de sa chemise.

Balsamo se regarda lui-m�me un instant sans pouvoir se reconna�tre; puis il plongea r�solument ses yeux dans les yeux du personnage �trange que refl�tait le miroir.

� Oui, Fritz, oui, dit-il, tu as raison.

Puis, remarquant l�air inquiet du fid�le serviteur:

� Mais pourquoi m�appelais-tu donc? lui demanda-t-il.

� Oh! ma�tre, pour eux.

� Eux?

� Oui.

� Eux, qui cela?

� Excellence, murmura Fritz en approchant sa bouche de l�oreille de Balsamo, eux, les cinq ma�tres.

Balsamo tressaillit.

� Tous? demanda-t-il.

� Oui, tous.

� Et ils sont l�?

� L�.

� Seuls?

� Non; avec chacun un serviteur arm� qui attend dans la cour.

� Ils sont venus ensemble?

� Ensemble, oui, ma�tre; et ils s�impatientent; voil� pourquoi j�ai sonn� tant de fois et si fort.

Balsamo, sans m�me cacher sous un pli de son jabot de dentelles la tache de sang, sans chercher � r�parer le d�sordre de sa toilette, Balsamo se mit en marche et commen�a de descendre l�escalier apr�s avoir demand� � Fritz si ses h�tes �taient install�s dans le salon ou dans le grand cabinet.

� Dans le salon, Excellence, r�pondit Fritz en suivant son ma�tre.

Puis, au bas de l�escalier, se hasardant � arr�ter Balsamo:

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