Joseph Balsamo. Tome II
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #2
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:
� Oh! monsieur, dit Gilbert rougissant, ne vous raillez pas de moi.
� Au contraire, mon enfant, vous m��tonnez. La musique est un art qui ne vient qu�apr�s les autres �tudes, et vous m�avez dit n�avoir re�u aucune �ducation, vous m�avez dit n�avoir rien appris.
� C�est la v�rit�, monsieur.
� Ce n�est cependant pas vous qui avez imagin� tout seul que ce point noir sur la derni�re ligne �tait un fa?
� Monsieur, dit Gilbert baissant la t�te et la voix, dans la maison que j�habitais, il y avait une� une jeune personne qui jouait du clavecin.
� Ah! oui, celle qui faisait de la botanique? fit Jacques.
� Justement, monsieur; elle en jouait m�me fort bien.
� Vraiment?
� Oui, et moi, j�adore la musique.
� Tout ceci n�est point une raison de conna�tre les notes.
� Monsieur, il y a dans Rousseau qu�incomplet est l�homme qui jouit de l�effet sans remonter � la cause.
� Oui; mais il y a aussi, dit Jacques, que l�homme, en se compl�tant par cette recherche, perd sa joie, sa na�vet� et son instinct.
� Qu�importe, dit Gilbert, s�il trouve dans l��tude des jouissances �gales � celles qu�il peut perdre!
Jacques surpris se retourna.
� Allons, dit-il, vous �tes non seulement botaniste et musicien, mais vous �tes encore logicien.
� H�las! monsieur, je ne suis malheureusement ni botaniste, ni musicien, ni logicien; je sais distinguer une note d�une autre note, un signe d�un autre signe, voil� tout.
� Vous solfiez alors?
� Moi? pas le moins du monde.
� Eh bien, n�importe, voulez-vous essayer de copier? Voici du papier tout r�gl�: mais prenez garde de le gaspiller, il co�te fort cher. Et m�me, faites mieux, prenez du papier blanc, rayez-le et essayez sur celui-l�.
� Oui, monsieur, je ferai comme vous me recommandez de faire; mais permettez-moi de vous le dire, ce n�est point l� un �tat pour toute ma vie; car, pour �crire de la musique que je ne comprends pas, mieux vaut me faire �crivain public.
� Jeune homme, jeune homme, vous parlez sans r�fl�chir, prenez garde.
� Moi?
� Oui, vous. Est-ce la nuit que l��crivain public exerce son m�tier et gagne sa vie?
� Non, certes.
� Eh bien! �coutez ce que je vais vous dire: un homme habile peut, en deux ou trois heures de nuit, copier cinq de ces pages et m�me six, lorsqu�� force d�exercice il a acquis une note grasse et facile, un trait pur et une habitude de lecture qui lui �conomise les rapports de l��il au mod�le. Six pages valent trois francs; un homme vit avec cela; vous ne direz pas le contraire, vous qui ne demandez que six sous. Donc, avec deux heures de travail de nuit, un homme peut suivre les cours de l��cole de chirurgie, de l��cole de m�decine et de l��cole de botanique.
� Ah! s��cria Gilbert, ah! je vous comprends, monsieur, et je vous remercie du profond de mon c�ur.
Et il se jeta sur la feuille de papier blanc que lui pr�sentait le vieillard.
Chapitre 46. Ce qu��tait M. Jacques
Gilbert travaillait avec ardeur, et son papier se couvrait d�essais consciencieusement �tudi�s lorsque le vieillard, apr�s l�avoir regard� faire pendant quelque temps, se mit � son tour � l�autre table, et commen�a � corriger des feuilles imprim�es, pareilles � l�enveloppe des haricots du grenier.
Trois heures s��coul�rent ainsi, et le cartel venait de sonner neuf heures, lorsque Th�r�se entra pr�cipitamment.
Jacques leva la t�te.
� Vite, vite! dit la m�nag�re, passez dans la salle. Voici un prince qui nous arrive. Mon Dieu! quand donc cette procession d�altesses finira-t-elle? Pourvu qu�il ne lui prenne pas fantaisie de d�jeuner avec nous, comme a fait l�autre jour le duc de Chartres!
� Et quel est ce prince? demanda Jacques � voix basse.
� Monseigneur le prince de Conti.
Gilbert, � ce nom, laissa tomber sur ses port�es un sol que Bridoison, s�il f�t n� � cette �poque, e�t appel� un p�aat� bien plut�t qu�une note [2].
� Un prince, une altesse! fit-il tout bas.
Jacques sortit en souriant derri�re Th�r�se, qui referma la porte.
Alors Gilbert regarda autour de lui, et, se voyant seul, leva sa t�te toute boulevers�e.
� Mais o� suis-je donc ici? s��cria-t-il. Des princes, des altesses chez M. Jacques! M. le duc de Chartres, Monseigneur le prince de Conti chez un copiste!
Il s�approcha de la porte pour �couter; le c�ur lui battait singuli�rement.
Les premi�res salutations avaient d�j� �t� �chang�es entre M. Jacques et le prince; le prince parlait.
� J�eusse voulu vous emmener avec moi, disait-il.
� Pour quoi faire, mon prince? demandait Jacques.
� Mais pour vous pr�senter � la dauphine. C�est une �re nouvelle pour la philosophie, mon cher philosophe.
� Mille gr�ces de votre bon vouloir, Monseigneur; mais impossible de vous accompagner.
� Cependant, vous avez bien, il y a six ans, accompagn� madame de Pompadour � Fontainebleau?
� J��tais de six ans plus jeune; aujourd�hui je suis clou� � mon fauteuil par mes infirmit�s.
� Et par votre misanthropie.
� Et quand cela serait, Monseigneur? Ma foi, le monde n�est-il pas une chose bien curieuse, qu�il faille se d�ranger pour lui?
� Eh bien! voyons, je vous tiens quitte de Saint-Denis et du grand c�r�monial, et je vous emm�ne � la Muette, o� couchera apr�s-demain soir Son Altesse royale.
� Son Altesse royale arrive donc apr�s-demain � Saint-Denis?
� Avec toute sa suite. Voyons, deux lieues sont bient�t faites et ne causent pas un grand d�rangement. On dit la princesse excellente musicienne; c�est une �l�ve de Gluck.
Gilbert n�en entendit point davantage. � ces mots: �Apr�s-demain, madame la dauphine arrive avec toute sa suite � Saint-Denis�, il avait pens� � une chose, c�est que, le surlendemain, il allait se retrouver � deux lieues d�Andr�e.
Cette id�e l��blouit comme si ses yeux eussent rencontr� un miroir ardent.
Le plus fort de deux sentiments �touffa l�autre. L�amour suspendit la curiosit�; un instant il sembla � Gilbert qu�il n�y avait plus assez d�air pour sa poitrine dans ce petit cabinet; il courut � la fen�tre dans l�intention de l�ouvrir, la fen�tre �tait cadenass�e en dedans, sans doute pour qu�on ne p�t jamais voir de l�appartement situ� en face ce qui se passait dans le cabinet de M. Jacques.
Il retomba sur sa chaise.
� Oh! je ne veux plus �couter aux portes, dit-il; je ne veux plus p�n�trer les secrets de ce petit bourgeois, mon protecteur, de ce copiste, qu�un prince appelle son ami et veut pr�senter � la future reine de France, � la fille des empereurs, � laquelle mademoiselle Andr�e parlait presque � genoux.
�Et cependant, peut-�tre apprendrais-je quelque chose de mademoiselle Andr�e en �coutant.
�Non, non, je ressemblerais � un laquais. La Brie aussi �coutait aux portes.�
Et il s��carta courageusement de la cloison dont il s��tait rapproch�; ses mains tremblaient, un nuage obscurcissait ses yeux.
Il �prouvait le besoin d�une distraction puissante, la copie l�eut trop peu occup�. Il saisit un livre sur le bureau de M. Jacques.
� Les Confessions, lut-il avec une surprise joyeuse; les Confessions, dont j�ai, avec tant d�int�r�t lu une centaine de pages.
��dition orn�e du portrait de l�auteur, continua-t-il.
�Oh! et moi qui n�ai jamais vu de portrait de M. Rousseau! s��cria-t-il. Oh! voyons, voyons.�
Et il retourna vivement la feuille de papier joseph qui cachait la gravure, aper�ut le portrait et poussa un cri.
En ce moment la porte s�ouvrit; Jacques rentrait.
Gilbert compara la figure de Jacques au portrait qu�il tenait � la main, et, les bras �tendus, tremblant de tout son corps, laissa tomber le volume en murmurant:
� Je suis chez Jean-Jacques Rousseau!
� Voyons comment vous avez copi� votre musique, mon enfant, r�pondit en souriant Jean-Jacques, bien plus heureux au fond de cette ovation impr�vue qu�il ne l�avait �t� des mille triomphes de sa glorieuse vie.
Et, passant devant Gilbert fr�missant, il s�approcha de la table et jeta les yeux sur le papier.
[2] �Le mariage de Figaro�, acte III, sc�ne XV.