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Du bois pour les cercueils

Электронная книга - «Du bois pour les cercueils». Краткое содержание книги:

Le commissaire Gradenne prend froid dans l'hiver du Jura. A la manière de Maigret, enquête « grippée », gendarmes trop « pressés » comme ce corps broyé par la machine ?
Quelle idée aussi de confier à des officiers de marine à la retraite le renflouement d'une usine, dans ce « port de mer » sous la neige, au milieu des forêts !
Vous reprendrez bien de cette Morteau, mijotée dans la potée de la veille, accompagnée d'un Poulsard… ? Avec un Comté de plus de dix-huit mois, on vous recommande ce jeune lieutenant de 30 ans d'âge sans beaucoup d'affinage à la PJ, mais avec du… nez, avisé et goûteux !
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Pour toute réponse, Bruchet fit une petite mimique qui fit rire l’ingénieur.

— Je souhaiterais revoir la presse, vous permettez ?

— Faites comme chez vous… Je vous laisse y aller seul.

Devant la machine, sur une caisse vide, il étala les photos macabres du dossier de gendarmerie. Son regard allait et venait de la presse aux photos. Il se décida à faire une inspection méthodique des lieux, ne négligeant aucun recoin, sans savoir précisément ce qu’il cherchait. L’atelier était bien éclairé et il y voyait comme en plein jour.

Une couche de fine poussière recouvrait le sol, les machines, les tables qui les supportaient, les paillasses qui garnissaient le mur contre le labo, les étagères garnies de bidons et de produits d’essais, les fûts et les caisses.

Les placards n’étaient pas fermés à clé, ce qui facilita la tâche du policier. Alors qu’il en examinait le contenu, sous les paillasses, son attention fut attirée par quelque chose d’insolite qui traînait sur le sol derrière le pied d’une table.

Stupéfait, il constata qu’il s’agissait d’une mèche de cheveux. Des cheveux châtain, légèrement ondulés…

Chapitre Quatre

Bruchet déposa les cheveux sur le bureau de Guardac.

– Ça vous dit quelque chose ? demanda Quentin.

— Où avez-vous trouvé ça ?

— Dans l’atelier, à côté des paillasses.

L’ingénieur examina les cheveux, interloqué, fit la moue et appela un collaborateur.

— Pierre, vous avez une minute ?

Un homme entra, bedonnant, le crâne lisse comme un œuf.

— Je vous présente Pierre Martinot qui est mon technicien.

Puis, s’adressant à Martinot, il poursuivit :

— Je sais bien que ça ne peut pas être à vous, mais vous savez d’où ça peut venir ?

Le technicien examina la mèche de cheveux, puis il leva son regard vers Guardac :

— Non ! Je ne sais pas à qui ils peuvent appartenir. Où les avez-vous trouvés ?

— Venez, je vais vous montrer, proposa Quentin.

Il les entraîna jusqu’à l’endroit de sa découverte. L’ingénieur et le technicien regardèrent tout autour et restèrent perplexes.

— Qui fait le ménage ici ? demanda Quentin.

Martinot expliqua que le nettoyage de ce local était effectué par les laborantins ou par lui-même par souci de ne laisser intervenir personne de l’extérieur qui risquerait de perturber d’éventuels essais en cours. Le dernier « ménage » remontait à début janvier. Martinot affirmait avoir passé l’aspirateur partout.

Les circonstances actuelles méritaient une inspection plus complète. Guardac avait ouvert le placard sous la paillasse et semblait intrigué.

— C’est bizarre, dit-il, j’aurais juré que j’avais rangé ici les essais préliminaires pour les cercueils.

À ce mot, Quentin tourna la tête.

— Cercueils, vous avez parlé de cercueils ?

— Oui, je vous en dirai plus si vous voulez sur ce projet insolite qui est actuellement en sommeil.

— Décidément, ce lieu est sinistre et peu fréquentable : après un mort, des cercueils… Qu’allons-nous encore découvrir ?

— Noël, venez voir, j’en ai encore trouvé, cria presque Martinot.

Guardac se précipita vers son collègue accroupi au pied d’une caisse posée sur des cales, occupé à tirer à lui à l’aide d’une tige métallique, d’autres mèches de cheveux.

Quentin sortit un sac plastique de sa poche et y introduisit délicatement les cheveux.

— Dites-moi, poursuivit-il, ces mèches pourraient-elles appartenir à Verdoux ?

— Certainement pas. Il avait conservé une coupe de cheveux à la « para » qu’il devait rafraîchir à la tondeuse une fois par semaine.

— Les voilà vos essais de cercueils, dit Martinot. Dans le placard d’à côté !

— C’est vous qui les y avez mis ?

— Pas du tout, je n’ai touché à rien.

— Encore un mystère ! Je ne les ai jamais rangés là où vous les avez trouvés. Ce placard est affecté aux essais des nouveaux panneaux ignifugés. Mais qui donc a semé cette pagaille ?

Guardac semblait à la fois soucieux et contrarié.

— Bon ! conclut-il. Nous n’allons pas passer la semaine là-dessus. Pierre, voulez-vous remettre ces essais là où ils auraient dû rester, et n’en parlons plus.

— Voulez-vous m’expliquer de quoi il retourne ? Cela m’intrigue, assura Quentin.

— Volontiers, mais ne restons pas ici, il ne fait pas chaud.

Dans son bureau, Guardac commença ses explications sur le « projet cercueil ».

En réalité, c’était lui qui l’avait rebaptisé ainsi car ce projet s’appelait initialement « projet thana », du grec thanatos signifiant mort. Il ajouta avec humour que ce nom de code évoquait une opération militaire, en phase avec la mentalité des grands chefs.

— La mort, expliqua-t-il, est un véritable marché qui représente du chiffre d’affaires, des emplois et… du profit avec les funérailles, les monuments funéraires et tout ce qui tourne autour… Une activité purement commerciale qui exploite le chagrin ! À quoi bon s’endetter pour acquérir un cercueil en ébénisterie noble, qui ne sera vu que quelques heures avant de pourrir en pleine terre ! Vous me trouvez sans doute cynique, n’est-ce pas ?

— Non, pas forcément ! En assistant à des obsèques, je me suis fait souvent cette réflexion. À peine la famille éloignée pour pleurer son mort, les fossoyeurs se dépêchent de descendre la bière, parfois montent dessus avec leurs godillots pleins de boue pour la recouvrir aussitôt en employant des râteaux…

— Une fois en terre, surenchérit l’ingénieur, le client ne viendra pas se plaindre au fournisseur. En outre, la crémation, restée longtemps marginale, se développe et a même inspiré à un de nos directeurs un modèle de cercueil en particules de bois. Il suffit que le produit soit présentable et d’un coût attractif. Après tout, si c’est pour brûler…

— Je commence à comprendre, dit Quentin.

— J’ai été chargé de mettre cette technique au point malgré la difficulté à mouler en relief. Tant que c’est plat, ça va… et encore. Ce n’est pas toujours facile de faire des panneaux, alors, avec des formes complexes c’est plus ardu.

— Où en êtes-vous ?

— Nous avons fait de nombreux essais sur des modèles réduits. Mes rapports et mes propositions semblent être restés dans un tiroir. Pourtant, ce serait tout à fait réalisable, bien qu’un peu compliqué.

— Abandonné ?

— Je ne sais pas. Peut-être. Ce ne serait pas le premier projet sur lequel je travaille sans résultat. Dans le cas présent, je pense plutôt que le moment n’est pas opportun.

— Le « consommateur » n’est pas encore prêt ?

— Non, le public achète ce que l’on sait lui vendre ; c’est une question de marketing et d’investissement dans des outillages ou dans le commercial. En ce moment, les caisses sont vides… enfin pas pour tout le monde !.. Quand je vois que nos « huiles » prennent l’avion pour une simple réunion… qui, en outre, nous fait perdre du temps !

Bruchet était songeur, l’air préoccupé. Il hésita un moment et se décida à demander :

— Croyez-vous que l’accident de Verdoux ait un rapport quelconque avec ce projet ?

— Non ! Je ne crois pas.

— Ne pensez-vous pas qu’il faisait lui aussi des essais sur le projet thana ?

— Qu’est-ce qui vous fait penser ça ?

— Oh ! Un simple rapprochement de faits. L’idée m’a effleuré quand vous avez constaté que les produits d’essais des cercueils avaient été déplacés par quelqu’un d’autre que vous…

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