Joseph Balsamo. Tome IV
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #4
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome IV». Краткое содержание книги:
� Ma�tre, dit-il en cherchant un point solide o� s�appuyer, et en essayant de dilater sa poitrine, ma�tre, vous ne pouvez vivre ici; on n�y respire point.
� Tu trouves?
� Oh!
� J�y respire cependant fort bien, moi! r�pondit Althotas avec enjouement, et j�y vis, comme tu vois.
� Ma�tre, ma�tre, dit Balsamo de plus en plus �tourdi, faites-y attention, et laissez-moi ouvrir une fen�tre, il monte de ce parquet comme une vapeur de sang.
� De sang! Ah! tu trouves!� De sang! s��cria Althotas en �clatant de rire.
� Oh! oui, oui, je sens les miasmes qui s�exhalent d�un corps fra�chement tu�! je les p�serais, tant ils sont lourds � mon cerveau et � mon c�ur.
� C�est cela, dit le vieillard avec son rire ironique, c�est cela, je m�en suis d�j� aper�u; tu as un c�ur tendre et un cerveau tr�s fragile, Acharat.
� Ma�tre, dit Balsamo en �tendant le doigt vers le vieillard, ma�tre, vous avez du sang sur vos mains; ma�tre, il y a du sang sur cette table; ma�tre, il y a du sang partout, jusque dans vos yeux, qui luisent comme deux flammes; ma�tre, cette odeur qu�on respire ici, cette odeur qui me donne le vertige, cette odeur qui m��touffe, c�est l�odeur du sang.
� Eh bien, apr�s? dit tranquillement Althotas; la sens-tu donc pour la premi�re fois, cette odeur?
� Non.
� Ne m�as-tu jamais vu faire mes exp�riences? N�en as-tu jamais fait toi m�me?
� Mais du sang humain! dit Balsamo passant sa main sur son front ruisselant de sueur.
� Ah! tu as l�odorat subtil, dit Althotas. Eh bien, je n�aurais pas cru que l�on p�t reconna�tre le sang de l�homme du sang d�un animal quelconque.
� Le sang de l�homme! murmura Balsamo.
Et comme, tout chancelant, il cherchait, pour se retenir, quelque saillie de meuble, il aper�ut avec horreur un vaste bassin de cuivre, dont les parois brillantes refl�taient la couleur pourpre et laqueuse du sang fra�chement r�pandu.
L��norme vase �tait � moiti� rempli.
Balsamo recula �pouvant�.
� Oh! ce sang! s��cria-t-il; d�o� vient ce sang?
Althotas ne r�pondait pas; mais son regard ne perdait rien des fluctuations, des �garements et des terreurs de Balsamo. Soudain celui-ci poussa un rugissement terrible.
Puis, s�abaissant comme s�il fondait sur une proie, il s��lan�a vers un point de la chambre et ramassa par terre un ruban de soie broch� d�argent apr�s lequel pendait une longue tresse de cheveux noirs.
Apr�s ce cri aigu, douloureux, supr�me, un silence mortel r�gna un instant dans la chambre du vieillard.
Balsamo soulevait lentement ce ruban, examinant en frissonnant les cheveux dont une �pingle d�or retenait l�extr�mit� clou�e d�un c�t� � la soie, tandis que, tranch�s nettement de l�autre, ils semblaient une frange dont le bout e�t �t� effleur� par un flot de sang, car des gouttes rouges et mousseuses perlaient � l�extr�mit� de cette frange.
� mesure que Balsamo relevait sa main, sa main devenait plus tremblante.
� mesure que Balsamo attachait son regard plus s�rement sur le ruban souill�, ses joues devenaient plus livides.
� Oh! d�o� vient cela? murmura-t-il, mais assez haut cependant pour que ses paroles devinssent une question pour un autre que lui-m�me.
� Cela? dit Althotas.
� Oui, cela.
� Eh bien, c�est un ruban de soie enveloppant des cheveux.
� Mais ces cheveux, ces cheveux, dans quoi ont-ils tremp�?
� Tu le vois bien, dans le sang.
� Dans quel sang?
� Eh! parbleu! dans le sang qu�il me fallait pour mon �lixir, dans le sang que tu me refusais et que j�ai d�, � ton refus, me procurer moi-m�me.
� Mais ces cheveux, cette tresse, ce ruban, o� les avez-vous pris? Ce n�est point l� la coiffure d�un enfant.
� Et qui t�a dit que ce f�t un enfant que j�ai �gorg�? demanda tranquillement Althotas.
� Ne vous fallait-il pas, pour votre �lixir, le sang d�un enfant? s��cria Balsamo. Voyons, ne m�avez-vous pas dit cela?
� Ou d�une vierge, Acharat, ou d�une vierge.
Et Althotas allongea sa main amaigrie sur le bras du fauteuil, et y prit une fiole dont il savoura le contenu avec d�lices.
Puis, de son ton le plus naturel et avec son accent le plus affectueux:
� C�est bien � toi, dit-il, Acharat, tu as �t� sage et pr�voyant en pla�ant l� cette femme sous mon plancher, presque � la port�e de ma main; l�humanit� n�a pas � se plaindre, la loi n�a rien � reprendre. Eh! eh! ce n�est pas toi qui m�as livr� la vierge sans laquelle j�allais mourir; non, c�est moi qui l�ai prise. Eh! eh! merci, mon cher �l�ve, merci mon petit Acharat.
Et il approcha encore une fois la fiole de ses l�vres.
Balsamo laissa tomber la m�che de cheveux qu�il tenait; une horrible lumi�re venait d��blouir ses yeux.
En face de lui, la table du vieillard, cette immense table de marbre, toujours remplie de plantes, de livres, de fioles; devant lui cette table �tait recouverte d�un long drap de damas blanc � fleurs sombres, sur lequel la lampe d�Althotas envoyait sa rouge�tre lueur et dessinait de sinistres formes que Balsamo n�avait pas encore remarqu�es.
Balsamo prit un des coins du drap et le tira violemment � lui.
Mais alors ses cheveux se h�riss�rent, sa bouche ouverte ne put laisser �chapper l�horrible cri �touff� au fond de sa gorge.
Il venait, sous ce linceul, d�apercevoir le cadavre de Lorenza, de Lorenza �tendue sur cette table, la t�te livide et cependant souriante encore, et pendant en arri�re comme entra�n�e par le poids de ses longs cheveux.
Une large blessure s�ouvrait b�ante au-dessus de la clavicule et ne laissant plus �chapper une seule goutte de sang.
Les mains �taient roidies et les yeux ferm�s sous leurs paupi�res violettes.
� Oui, du sang, du sang de vierge, les trois derni�res gouttes du sang art�riel d�une vierge; voil� ce qu�il me fallait, dit le vieillard en recourant pour la troisi�me fois � sa fiole.
� Mis�rable! s��cria Balsamo, dont le cri de d�sespoir s�exhala enfin par chacun de ses pores, meurs donc, car, depuis quatre jours, elle �tait ma ma�tresse, mon amour, ma femme! Tu l�as assassin�e pour rien� Elle n��tait pas vierge!
Les yeux d�Althotas trembl�rent � ces paroles, comme si une secousse �lectrique les e�t fait rebondir dans leur orbite; ses prunelles se dilat�rent effroyablement; ses gencives grinc�rent � d�faut de dents; sa main laissa �chapper la fiole, qui tomba sur le parquet et se brisa en mille morceaux, tandis que lui, stup�fait, an�anti, frapp� � la fois au c�ur et au cerveau, il se renversait lourdement sur son fauteuil.
Quant � Balsamo, il se pencha avec un sanglot sur le corps de Lorenza et s��vanouit en baisant ses cheveux sanglants.
Chapitre 132. L�homme et Dieu
Les heures, ces �tranges s�urs qui se tiennent par la main, qui passent d�un vol si lent pour l�infortun�, si rapide pour l�homme heureux; les heures s�abattirent silencieusement en repliant leurs ailes pesantes sur cette chambre pleine de soupirs et de sanglots.
D�un c�t�, la mort; de l�autre, l�agonie.
Au milieu, le d�sespoir, douloureux comme l�agonie, profond comme la mort.
Balsamo n�avait plus prof�r� une seule parole depuis le cri qui avait d�chir� sa gorge.
Depuis cette foudroyante r�v�lation qui avait abattu la f�roce joie d�Althotas, Balsamo n�avait pas fait un mouvement.
Quant au hideux vieillard, rejet� violemment dans la vie telle que Dieu l�a faite aux hommes, il semblait aussi d�pays� dans cet �l�ment nouveau pour lui que l�est l�oiseau atteint d�un grain de plomb et tomb� du haut d�un nuage dans un lac, � la surface duquel il se d�bat, sans parvenir � enfler ses ailes.
La stup�faction de cette figure livide et boulevers�e r�v�lait l�incommensurable �tendue de son d�sappointement.
En effet, Althotas ne prenait plus m�me la peine de penser, depuis que ses pens�es avaient vu le but vers lequel elles se dirigeaient et auquel elles croyaient la solidit� du roc, s��vanouir comme une fum�e.
Son d�sespoir morne et silencieux avait quelque chose de l�h�b�tement. Pour un esprit peu accoutum� � mesurer le sien, ce silence e�t peut-�tre �t� un indice de recherche; pour Balsamo qui, du reste, ne le regardait m�me pas, c��tait l�agonie de la puissance, de la raison, de la vie.