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Joseph Balsamo. Tome IV - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome IV

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome IV». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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� Ma�tre, dit-il en cherchant un point solide o� s�appuyer, et en essayant de dilater sa poitrine, ma�tre, vous ne pouvez vivre ici; on n�y respire point.

� Tu trouves?

� Oh!

� J�y respire cependant fort bien, moi! r�pondit Althotas avec enjouement, et j�y vis, comme tu vois.

� Ma�tre, ma�tre, dit Balsamo de plus en plus �tourdi, faites-y attention, et laissez-moi ouvrir une fen�tre, il monte de ce parquet comme une vapeur de sang.

� De sang! Ah! tu trouves!� De sang! s��cria Althotas en �clatant de rire.

� Oh! oui, oui, je sens les miasmes qui s�exhalent d�un corps fra�chement tu�! je les p�serais, tant ils sont lourds � mon cerveau et � mon c�ur.

� C�est cela, dit le vieillard avec son rire ironique, c�est cela, je m�en suis d�j� aper�u; tu as un c�ur tendre et un cerveau tr�s fragile, Acharat.

� Ma�tre, dit Balsamo en �tendant le doigt vers le vieillard, ma�tre, vous avez du sang sur vos mains; ma�tre, il y a du sang sur cette table; ma�tre, il y a du sang partout, jusque dans vos yeux, qui luisent comme deux flammes; ma�tre, cette odeur qu�on respire ici, cette odeur qui me donne le vertige, cette odeur qui m��touffe, c�est l�odeur du sang.

� Eh bien, apr�s? dit tranquillement Althotas; la sens-tu donc pour la premi�re fois, cette odeur?

� Non.

� Ne m�as-tu jamais vu faire mes exp�riences? N�en as-tu jamais fait toi m�me?

� Mais du sang humain! dit Balsamo passant sa main sur son front ruisselant de sueur.

� Ah! tu as l�odorat subtil, dit Althotas. Eh bien, je n�aurais pas cru que l�on p�t reconna�tre le sang de l�homme du sang d�un animal quelconque.

� Le sang de l�homme! murmura Balsamo.

Et comme, tout chancelant, il cherchait, pour se retenir, quelque saillie de meuble, il aper�ut avec horreur un vaste bassin de cuivre, dont les parois brillantes refl�taient la couleur pourpre et laqueuse du sang fra�chement r�pandu.

L��norme vase �tait � moiti� rempli.

Balsamo recula �pouvant�.

� Oh! ce sang! s��cria-t-il; d�o� vient ce sang?

Althotas ne r�pondait pas; mais son regard ne perdait rien des fluctuations, des �garements et des terreurs de Balsamo. Soudain celui-ci poussa un rugissement terrible.

Puis, s�abaissant comme s�il fondait sur une proie, il s��lan�a vers un point de la chambre et ramassa par terre un ruban de soie broch� d�argent apr�s lequel pendait une longue tresse de cheveux noirs.

Apr�s ce cri aigu, douloureux, supr�me, un silence mortel r�gna un instant dans la chambre du vieillard.

Balsamo soulevait lentement ce ruban, examinant en frissonnant les cheveux dont une �pingle d�or retenait l�extr�mit� clou�e d�un c�t� � la soie, tandis que, tranch�s nettement de l�autre, ils semblaient une frange dont le bout e�t �t� effleur� par un flot de sang, car des gouttes rouges et mousseuses perlaient � l�extr�mit� de cette frange.

� mesure que Balsamo relevait sa main, sa main devenait plus tremblante.

� mesure que Balsamo attachait son regard plus s�rement sur le ruban souill�, ses joues devenaient plus livides.

� Oh! d�o� vient cela? murmura-t-il, mais assez haut cependant pour que ses paroles devinssent une question pour un autre que lui-m�me.

� Cela? dit Althotas.

� Oui, cela.

� Eh bien, c�est un ruban de soie enveloppant des cheveux.

� Mais ces cheveux, ces cheveux, dans quoi ont-ils tremp�?

� Tu le vois bien, dans le sang.

� Dans quel sang?

� Eh! parbleu! dans le sang qu�il me fallait pour mon �lixir, dans le sang que tu me refusais et que j�ai d�, � ton refus, me procurer moi-m�me.

� Mais ces cheveux, cette tresse, ce ruban, o� les avez-vous pris? Ce n�est point l� la coiffure d�un enfant.

� Et qui t�a dit que ce f�t un enfant que j�ai �gorg�? demanda tranquillement Althotas.

� Ne vous fallait-il pas, pour votre �lixir, le sang d�un enfant? s��cria Balsamo. Voyons, ne m�avez-vous pas dit cela?

� Ou d�une vierge, Acharat, ou d�une vierge.

Et Althotas allongea sa main amaigrie sur le bras du fauteuil, et y prit une fiole dont il savoura le contenu avec d�lices.

Puis, de son ton le plus naturel et avec son accent le plus affectueux:

� C�est bien � toi, dit-il, Acharat, tu as �t� sage et pr�voyant en pla�ant l� cette femme sous mon plancher, presque � la port�e de ma main; l�humanit� n�a pas � se plaindre, la loi n�a rien � reprendre. Eh! eh! ce n�est pas toi qui m�as livr� la vierge sans laquelle j�allais mourir; non, c�est moi qui l�ai prise. Eh! eh! merci, mon cher �l�ve, merci mon petit Acharat.

Et il approcha encore une fois la fiole de ses l�vres.

Balsamo laissa tomber la m�che de cheveux qu�il tenait; une horrible lumi�re venait d��blouir ses yeux.

En face de lui, la table du vieillard, cette immense table de marbre, toujours remplie de plantes, de livres, de fioles; devant lui cette table �tait recouverte d�un long drap de damas blanc � fleurs sombres, sur lequel la lampe d�Althotas envoyait sa rouge�tre lueur et dessinait de sinistres formes que Balsamo n�avait pas encore remarqu�es.

Balsamo prit un des coins du drap et le tira violemment � lui.

Mais alors ses cheveux se h�riss�rent, sa bouche ouverte ne put laisser �chapper l�horrible cri �touff� au fond de sa gorge.

Il venait, sous ce linceul, d�apercevoir le cadavre de Lorenza, de Lorenza �tendue sur cette table, la t�te livide et cependant souriante encore, et pendant en arri�re comme entra�n�e par le poids de ses longs cheveux.

Une large blessure s�ouvrait b�ante au-dessus de la clavicule et ne laissant plus �chapper une seule goutte de sang.

Les mains �taient roidies et les yeux ferm�s sous leurs paupi�res violettes.

� Oui, du sang, du sang de vierge, les trois derni�res gouttes du sang art�riel d�une vierge; voil� ce qu�il me fallait, dit le vieillard en recourant pour la troisi�me fois � sa fiole.

� Mis�rable! s��cria Balsamo, dont le cri de d�sespoir s�exhala enfin par chacun de ses pores, meurs donc, car, depuis quatre jours, elle �tait ma ma�tresse, mon amour, ma femme! Tu l�as assassin�e pour rien� Elle n��tait pas vierge!

Les yeux d�Althotas trembl�rent � ces paroles, comme si une secousse �lectrique les e�t fait rebondir dans leur orbite; ses prunelles se dilat�rent effroyablement; ses gencives grinc�rent � d�faut de dents; sa main laissa �chapper la fiole, qui tomba sur le parquet et se brisa en mille morceaux, tandis que lui, stup�fait, an�anti, frapp� � la fois au c�ur et au cerveau, il se renversait lourdement sur son fauteuil.

Quant � Balsamo, il se pencha avec un sanglot sur le corps de Lorenza et s��vanouit en baisant ses cheveux sanglants.

Chapitre 132. L�homme et Dieu

Les heures, ces �tranges s�urs qui se tiennent par la main, qui passent d�un vol si lent pour l�infortun�, si rapide pour l�homme heureux; les heures s�abattirent silencieusement en repliant leurs ailes pesantes sur cette chambre pleine de soupirs et de sanglots.

D�un c�t�, la mort; de l�autre, l�agonie.

Au milieu, le d�sespoir, douloureux comme l�agonie, profond comme la mort.

Balsamo n�avait plus prof�r� une seule parole depuis le cri qui avait d�chir� sa gorge.

Depuis cette foudroyante r�v�lation qui avait abattu la f�roce joie d�Althotas, Balsamo n�avait pas fait un mouvement.

Quant au hideux vieillard, rejet� violemment dans la vie telle que Dieu l�a faite aux hommes, il semblait aussi d�pays� dans cet �l�ment nouveau pour lui que l�est l�oiseau atteint d�un grain de plomb et tomb� du haut d�un nuage dans un lac, � la surface duquel il se d�bat, sans parvenir � enfler ses ailes.

La stup�faction de cette figure livide et boulevers�e r�v�lait l�incommensurable �tendue de son d�sappointement.

En effet, Althotas ne prenait plus m�me la peine de penser, depuis que ses pens�es avaient vu le but vers lequel elles se dirigeaient et auquel elles croyaient la solidit� du roc, s��vanouir comme une fum�e.

Son d�sespoir morne et silencieux avait quelque chose de l�h�b�tement. Pour un esprit peu accoutum� � mesurer le sien, ce silence e�t peut-�tre �t� un indice de recherche; pour Balsamo qui, du reste, ne le regardait m�me pas, c��tait l�agonie de la puissance, de la raison, de la vie.

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