Mortels trafics
- Автор: Pouchairet Pierre
- Год: 2016
- Язык: французский
- Год: Éditions Fayard
- ISBN: 978-2213701394
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «Mortels trafics». Краткое содержание книги:
— Ouais, c’est bon, j’arrive.
— Ben, réponds, au lieu de te faire prier.
Il haussa les épaules, appuya sur le bouton de la machine à café et se dirigea vers la douche.
Son 1,65 m était son seul vrai problème physique, car il était tout en muscles. Son régime alimentaire à base de malt, de nicotine et de caféine, l’aidait à garder la ligne. Un jour, il en paierait le prix, enfin c’est ce que craignaient ses proches, mais il s’en moquait.
Quand il regagna sa chambre, l’eau du café était à température, il plaça un mug sous le verseur. L’odeur d’arabica n’eut pas le temps de se répandre qu’il allumait une Camel. Sa main tremblait. Pas très bon ! pensa-t-il. Ce phénomène récent l’inquiétait un peu, mais pas question pour lui de consulter un médecin ou de changer d’hygiène de vie. Il pensa à sa fille, la « prunelle de ses yeux », à sa charge depuis que sa mère l’avait quitté. Peut-être devrait-il se ménager, au moins pour elle ? Mais il n’arrivait pas à se raisonner. Il l’avait eue la veille au téléphone. Elle était chez sa grand-mère. Après ce voyage, ils passeraient le week-end ensemble et il la couvrirait de cadeaux.
Au moment de s’habiller, la seule chose qui comptait vraiment pour les prochaines heures était le choix des chaussures. Être à l’aise tout en ressentant au mieux les pédales. Il chaussa des Nike faites spécialement pour lui, sa paire fétiche, celle qu’il portait quand il avait remporté ses plus belles victoires, une étape du Dakar en 2005 et plusieurs dans le tour de Corse et le Monte-Carlo… C’était au temps de sa gloire… Dix ans étaient passés. Avant qu’il ne sombre !
En bas de l’escalier, il les retrouva tous. Ils se taisaient et les regards convergèrent vers lui. Il était le dernier, même s’il n’était pas en retard. Il ne faisait pas partie du même monde que ses « compagnons ». Eux formaient une équipe, et lui restait une pièce rapportée.
Ils seraient neuf à participer au « voyage ». Il n’avait retenu que leurs prénoms.
Le convoi compterait trois voitures : deux « porteuses » et une « ouvreuse ». À cela s’ajouterait une escorte de motards, des lampistes qui baliseraient discrètement leur route et se relaieraient tout au long du trajet. Eduardo gérerait ça par téléphone. Dans chaque véhicule, par souci de discrétion, un couple susceptible de moins attirer l’attention des flics et des douaniers. Seule « l’ouvreuse » transporterait trois personnes, Eduardo et deux de ses hommes. Son accompagnatrice, Malika, d’origine maghrébine, avait les cheveux courts et blonds, le teint clair, les yeux bleus. Elle parlait français et espagnol sans le moindre accent. C’était la copine d’Eduardo. Si le Mexicain la lui avait affectée, c’était bien le signe qu’on se méfiait de lui.
Dans la seconde « porteuse », Fahrid, un reubeu dont il ne savait pas grand-chose sinon qu’il avait une réputation de bon conducteur. Il ignorait pourquoi ce Fahrid avait fini par échouer en Espagne et quelles étaient ses motivations. Probablement les mêmes que les siennes, l’argent, l’argent… Leïla, la brune pétulante, sa copine, faisait équipe avec lui. Deux motards complétaient le convoi, des Hell’s venus de France pour l’occasion. Un d’entre eux s’appelait Raynal, un type qui avait dû trop regarder « Sons of Anarchy » à la télé, un physique de beau gosse, avec de longs cheveux bruns ondulés et une barbe naissante.
Eduardo ne lâchait pas Yves du regard. Tous se méfiaient de lui, mais seul le Mexicain s’en délectait ouvertement comme s’il rêvait de se le payer. L’homme avait certainement du sang sur les mains, et il ne devait achever ses proies d’une balle dans la tête qu’après avoir longuement joué avec elles. Les yeux rivés dans les siens, les lèvres du voyou se plissèrent jusqu’à former un petit sourire.
— Bon, puisque notre star nous fait l’honneur de se joindre à nous, nous allons pouvoir commencer.
Sur une carte routière, le trajet prévu était surligné au marqueur jaune fluorescent.
— Vous emprunterez l’autoroute qui longe la côte de bout en bout. Pas d’excès de vitesse, vous roulerez à dix kilomètres/heure au-dessous des limitations. De toute manière, je serai dans la voiture de tête en éclaireur précédé des motards. Plusieurs d’entre eux sont déjà postés sur l’autoroute chargés de me signaler les difficultés éventuelles.
— Pourquoi on est là si c’est pour une conduite de père de famille ? s’étonna Fahrid.
Eduardo n’aimait pas qu’on discute ses consignes, son air mauvais n’échappa à personne.
— On préfère les go slow. Les go fast, c’est d’un autre temps. On se fait souvent remarquer, et si ça finit en stock-car, on perd notre marchandise… Avec la valeur de ce que vous transportez, c’est un risque que les patrons ne veulent plus prendre.
— Vos qualités, c’est le plan B. Vous devez réagir s’il y a des embrouilles.
La voix venait de derrière eux où se tenaient deux septuagénaires qui auraient pu passer pour des frères. Ils portaient beau, malgré leur tenue un brin ringarde : polo Lacoste, pantalon en lin et chaussures blanches. La même peau hâlée, les mêmes cheveux clairsemés ramenés en arrière, seule la couleur des yeux différait, bleue pour le parrain niçois Léo Braghanti, et marron pour leur hôte espagnol Alfonso Castroviejo. Le Français s’expliqua :
— Vous ne prendrez des risques qu’en cas d’extrême nécessité. Voilà ce qu’on attend de vous. Inutile de jouer les pilotes de course sans raison. Les forces de sécurité portent une attention toute particulière aux excès de vitesse et aux mauvais conducteurs. Donc, vous roulez normalement et prudemment. Il vous faudra peut-être savoir prendre des initiatives… Vous êtes tous payés en conséquence. Mais si vous êtes arrêtés à cause d’une erreur de votre part, et que la marchandise que vous transportez soit perdue, je peux vous assurer que rien ne vous protégera plus, même pas les barreaux d’une prison.
Le septuagénaire se rapprocha d’Yves et posa affectueusement sa main sur son épaule :
— Notre ami s’est déjà retrouvé dans une situation difficile, et il a su faire ce qu’il fallait pour s’en sortir. Si besoin était, j’espère que vous saurez agir comme lui.
Le conducteur sourit modestement au souvenir d’un voyage de Perpignan à Nice. À l’époque, il se servait d’une moto, un engin qu’il maîtrisait aussi bien qu’une voiture. La police et les douanes avaient failli l’intercepter, mais il avait réussi à leur fausser compagnie. Pour ne pas être arrêté, il était resté caché trois jours dans une forêt, le temps que les recherches soient abandonnées. Lorsqu’il avait rapporté la marchandise qui lui avait été confiée, c’est presque en héros qu’il avait été accueilli par son employeur. Depuis cet acte de bravoure, le milieu niçois s’adressait à lui pour les convoyages les plus dangereux.
Castroviejo attrapa Eduardo par le bras pour l’attirer à l’écart, le temps de lui donner quelques consignes qui ne devaient pas intéresser le reste de la troupe.
Les deux « petits vieux » quittèrent la pièce en laissant derrière eux un sentiment mêlé de curiosité, d’inquiétude, voire de peur. Eduardo ne retint que la confiance marquée envers Yves. Seul Fahrid sembla se moquer de ce qui venait de se passer.
— C’est qui ces papys, ils sont sortis du Muppet Show ? ironisa-t-il devant une assistance silencieuse. Leïla, d’un signe de la main, lui intima de se taire.
Le jeune voulait en découdre et montrer ce qu’il savait faire au volant d’une voiture… L’idée qu’Yves puisse être meilleur que lui à ce jeu, lui paraissait inenvisageable.