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Mortels trafics

Электронная книга - «Mortels trafics». Краткое содержание книги:

À croire qu’il est plus important d’intercepter des « go fast » de cannabis que d’arrêter des tueurs…
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Il tendit plusieurs pages manuscrites à celui qui lui paraissait être le chef puisqu’il était le plus vieux et le mieux habillé.

— Tenez, regardez ! Je m’apprêtais à l’envoyer au ministre de l’Intérieur.

Girard lut rapidement. Leur interlocuteur y dénonçait le trafic de drogue dans la cité en donnant une liste de noms. Mais ce dossier ne ressemblait pas aux vagues courriers de délation que la police recevait régulièrement. Il avançait même qu’il disposait de détails et de preuves.

— Et quelles sont ces preuves, monsieur… ?

Le visage de son interlocuteur s’éclaira d’un sourire malicieux.

— … Marcel Dazin !

Nouvelle quinte de toux, plus pénible encore que les précédentes…

— Ah ! vous comprendrez que je n’ai pas voulu tout dévoiler, mais tout est là, indiqua-t-il en désignant une pile d’une quinzaine de cahiers à spirales. Il en prit trois, presque au hasard, et les distribua aux flics.

— Il y a tout.

Effectivement. Un sacré boulot de surveillance, les horaires, les numéros des voitures et même des photos réalisées avec un appareil polaroïd, prouvant des échanges d’argent ou de drogue. Cela depuis presque trois ans.

— Impressionnant, bravo !!!

— Et je sais qui sont les chefs et où ils cachent de la drogue…

Nouveau rire malicieux. Il se précipita vers une armoire où les flics aperçurent brièvement la crosse de ce qui ressemblait à un revolver d’intendance de la fin du XIXe. Le drôle de détective revint vers eux avec une sacoche en cuir contenant un objet facile à reconnaître.

— Avec mes économies, j’ai acheté des lunettes à vision nocturne. Et le soir, soit je vais me cacher dans les caves, soit je sors pour voir ce qui se passe dans d’autres coins de la cité. J’ai déjà vu des livraisons de drogue. Le chef de tout ça, je peux vous le dire, s’appelle Saïd Nasri, et il habite à deux blocs d’ici, et voici ses lieutenants.

Marcel Dazin ouvrit un autre cahier avec une nouvelle liste de noms et des photos. Il appuya son index jauni sur celle d’un homme qui figurait sur presque toutes.

— C’est lui, Saïd Nasri. Il doit avoir peur qu’on l’écoute chez lui maintenant que vous avez le droit de sonoriser les appartements. Il donne ses rendez-vous en extérieur, je le vois passer devant chez moi. Et pour savoir qui est qui, vous savez comment je fais ?

Nouveau silence d’un auditoire se demandant bien d’où viendrait la nouvelle surprise.

Dazin repartit en clopinant vers son armoire à malice. D’un tiroir du bas, il ramena un sachet plastifié rempli de mini-cassettes.

— Je fais comme vous, je les enregistre. J’ai mis un magnétophone dans une boîte à lettres, et comme ils parlent toute la journée, je sais qui est qui, et ce qui va se passer !

Il haussa les épaules d’un air désolé.

— Bien sûr, ils parlent aussi en arabe, mais la plupart du temps, c’est en français… Enfin, dans leur français un peu spécial, mais ça j’ai réussi à m’y faire, je comprends… le verlan ! Voyez que monsieur Celmar Zinda, il est à la démo.

Ils éclatèrent de rire. Tout cela était fort intéressant et la situation cocasse, mais ils étaient bien loin de la camionnette incendiée. Patrick Girard regarda sa montre avec une soudaine envie d’abréger.

— Monsieur Dazin, je vous promets qu’on va prendre au sérieux tout votre travail, mais nous, nous sommes de la Brigade criminelle du 36 quai des Orfèvres, et ce qui nous intéresse c’est la camionnette brûlée.

— J’ai compris. Il faut savoir que tout est lié…

Chaque fois qu’ils restaient sans voix, les yeux de leur hôte pétillaient de bonheur et de vivacité.

— Oui. Un couple de jeunes a amené cette camionnette. Quand ils l’ont laissée, ils sont repartis au volant d’une Mercedes gris métal, tenez, j’ai l’immatriculation, ajouta-t-il en fouillant dans ses notes.

Girard et Hervier scrutèrent l’inscription manuscrite. Leur attitude ravit leur hôte. Il se tint soudain plus droit. Les deux flics sourirent. Pas d’erreur, il s’agissait bien de la Mercedes qu’ils avaient pistée.

Le commandant sortit d’une poche de sa veste des photos extraites des films de caméras de surveillance.

— Vous les reconnaissez ?

Le vieux les regarda attentivement avant de se redresser :

— Pas terribles, vos épreuves…, les miennes sont bien meilleures.

Une nouvelle recherche documentaire, et il leur présenta une série de quatre clichés où l’on voyait clairement le couple, d’autant mieux que sur l’un d’entre eux, la jeune femme et l’homme ne portaient aucun couvre-chef. Il s’agissait de deux Maghrébins. Sur un autre, ils discutaient avec Saïd Nasri. Le vieux retourna la photo.

— C’est la dernière fois qu’ils sont venus, le jour où ils ont récupéré la Mercedes. C’était mercredi, à quatorze heures dix-sept.

La tension du commandant augmenta légèrement. Pour mettre tout cela en procédure, il réfléchit un long moment avant de prendre sa décision.

— Monsieur Dazin, nous devons partir, on nous attend au bureau.

Les sourcils de la commissaire se soulevèrent. À quoi jouait son chef de groupe ? Elle l’entendit poursuivre :

— Vous permettez que nous prenions avec nous quelques-uns de vos documents ?

Le vieux n’hésita pas longtemps.

— Bien sûr, prenez ce dont vous avez besoin.

— Le reste nous intéresse aussi, mais j’aimerais que vous nous le portiez vous-même, comme cela nous vous ferons visiter nos locaux. Pourquoi ne viendriez-vous pas déjeuner avec moi demain à midi ?

Le vieux ne réfléchit pas longtemps. La visite du quai des Orfèvres ne se refusait pas !

— Bien sûr, demain.

— Midi, je vous attends en face de notre célèbre porte.

Le visage de Dazin s’illumina d’un sourire enfantin sur un air ravi.

— J’y serai.

Une fois dehors, le commandant s’expliqua :

— On avait déjà assez traîné chez lui. En restant trop longtemps, on peut attirer les soupçons du voisinage. Pas question de lui faire prendre des risques. Si son passe-temps vient à être connu du quartier, je ne donne pas cher de sa vie.

9

Banlieue de Marbella,

sud de l’Espagne.

Cinq heures… Marbella s’éveillait.

Une volée de coups de poing ébranla la porte au moment où la sonnerie de son portable se mettait à sonner.

— Oh ! le « driver », c’est l’heure ! Magne ton cul, on t’attend !

Yves n’avait pas fermé l’œil et avait passé son temps à ressasser des problèmes personnels en se demandant ce qu’il foutait là. Pas grave pour ce qui allait suivre. Le défaut de sommeil était un risque, mais l’adrénaline le tiendrait en éveil. Il désactiva l’alarme de son téléphone devenue inutile. Les coups redoublèrent.

— T’as entendu ? C’est l’heure !

Ce gros con d’Eduardo commençait à lui casser les pieds, mais ça ne servait à rien de le chercher. L’homme avait une réputation de tueur, et il était plus sage de ne pas chercher à vérifier si elle était justifiée ou non. La seule chose qu’il savait de lui, c’est qu’il était Mexicain et recherché dans son pays. Ce membre du fameux cartel de Sinaloa, implanté sur les cinq continents et dans près d’une centaine de pays, vivait en Espagne sous une fausse identité depuis plusieurs années. Il assurait l’arrivée en Europe de la marchandise et la protection des livraisons jusqu’aux destinataires. Le recouvrement des créances, bien que ce ne soit pas sa spécialité, n’en était pas moins dans ses attributions, surtout s’il s’agissait de mauvais payeurs.

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