Joseph Balsamo. Tome IV
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #4
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome IV». Краткое содержание книги:
Balsamo, apr�s avoir ferm� la porte, jeta donc rapidement les yeux sur le canap� o� il avait laiss� Lorenza.
Elle n�y �tait plus.
Seulement, la fine mante de cachemire brod�e de fleurs d�or, qui l�enveloppait comme une �charpe, �tait demeur�e seule sur les coussins, comme un t�moignage de son s�jour dans l�appartement, de son repos sur ce meuble.
Balsamo demeura immobile, les yeux tendus vers le sofa vide. Peut-�tre Lorenza s��tait-elle trouv�e incommod�e par une odeur �trange qui paraissait s��tre r�pandue dans l�appartement depuis qu�elle en �tait sortie; peut-�tre, par un mouvement machinal, avait-elle usurp� sur les habitudes de la vie r�elle, et instinctivement avait-elle chang� de place.
La premi�re id�e de Balsamo fut que Lorenza �tait rentr�e dans le laboratoire o�, un instant auparavant, elle l�avait accompagn�.
Il entra dans le laboratoire. Au premier aspect, il paraissait vide; mais, � l�ombre du fourneau gigantesque, derri�re la tapisserie d�orient, une femme pouvait facilement se cacher.
Il souleva donc les tapisseries, il tourna donc autour du fourneau; nulle part il ne put retrouver m�me la trace du passage de Lorenza.
Restait la chambre de la jeune femme, o� sans doute elle �tait rentr�e.
Cette chambre n��tait une prison pour elle que dans son �tat de veille.
Il courut � la chambre et trouva la plaque ferm�e.
Ce n��tait point une preuve que Lorenza ne f�t point rentr�e chez elle. Rien ne s�opposait, en effet, � ce que Lorenza, dans son sommeil si lucide, se f�t souvenue de ce m�canisme, et, s�en souvenant, e�t ob�i aux hallucinations d�un r�ve mal effac� dans son esprit.
Balsamo poussa le ressort.
La chambre �tait vide comme le laboratoire: Lorenza ne paraissait pas m�me y �tre entr�e.
Alors une pens�e douloureuse, une pens�e qui, on s�en souvient, l�avait d�j� mordu au c�ur, vint chasser toutes les suppositions, toutes les esp�rances de l�amant heureux.
Lorenza aurait jou� un r�le; elle aurait feint de dormir, elle aurait ainsi dissip� toute d�fiance, toute inqui�tude, toute vigilance dans l�esprit de son �poux et, � la premi�re occasion de libert�, elle se serait enfuie de nouveau, plus s�re de ce qu�elle avait � faire, instruite qu�elle �tait par une premi�re, ou plut�t par une seconde exp�rience.
Balsamo bondit � cette id�e et sonna Fritz.
Puis, comme, au gr� de son impatience, Fritz tardait, il s��lan�a au-devant de lui et le trouva dans l�escalier d�rob�.
� La signora? dit-il.
� Eh bien, ma�tre? demanda Fritz comprenant, � l�agitation de Balsamo, qu�il se passait quelque chose d�extraordinaire.
� L�as-tu vue?
� Non, ma�tre.
� Elle n�est pas sortie?
� D�o� cela?
� Mais de la maison.
� Personne n�est sorti que la comtesse, derri�re laquelle je viens de fermer la porte.
Balsamo remonta comme un fou. Il se figura alors que la folle jeune femme, si diff�rente dans le sommeil de ce qu�elle �tait dans la veille, avait eu un moment d�espi�glerie enfantine; qu�elle lisait, de quelque coin o� elle �tait cach�e, son effroi dans son c�ur, et qu�elle se divertissait � l��pouvanter, pour le rassurer ensuite.
Alors commen�a une recherche minutieuse.
Pas un coin ne fut �pargn�, pas une armoire oubli�e, pas un paravent laiss� en place. Il y avait, dans cette recherche de Balsamo, quelque chose de l�homme aveugl� par la passion, du fou qui ne voit plus, de l�homme ivre qui chancelle. Il n�avait plus de force que pour ouvrir les deux bras et pour crier: �Lorenza! Lorenza!� esp�rant que cette ador�e cr�ature viendrait s�y pr�cipiter tout � coup avec un grand cri de joie.
Mais le silence seul, un morne et obstin� silence, r�pondit � sa pens�e extravagante et � son appel insens�.
Courir, remuer les meubles, parler aux murs, appeler Lorenza, regarder sans voir, �couter sans entendre, palpiter sans vivre, tressaillir sans penser, voil� l��tat dans lequel Balsamo passa trois minutes, c�est-�-dire trois si�cles d�agonie.
Il sortit de cet �tat d�hallucination � moiti� fou, trempa sa main dans un vase d�eau glac�e, s�en mouilla les tempes, puis, comprimant une de ses mains avec l�autre, comme pour se forcer � l�immobilit�, il chassa, par la volont�, le bruit importun de ce battement du sang contre le cr�ne, bruit fatal, incessant, monotone, qui, lorsqu�il est mouvement et silence, indique la vie, mais qui, lorsqu�il devient tumultueux et perceptible, signifie la mort ou la folie.
� Voyons, raisonnons, dit-il; Lorenza n�y est plus; plus de faux-fuyants avec moi-m�me; Lorenza n�y est plus; donc elle est sortie. Oui, sortie, bien sortie!
Et il regarda encore une fois autour de lui, et il appela une fois encore.
� Sortie! r�p�ta-t-il. En vain Fritz pr�tend-il ne l�avoir pas vue: elle est sortie, bien sortie.
�Deux cas se pr�sentent:
�Ou il n�a rien vu en effet, ce qui, � tout prendre, est possible, car l�homme est sujet � l�erreur, ou bien il a vu et il a �t� corrompu par Lorenza.
�Corrompu, Fritz?
�Pourquoi non? En vain sa fid�lit� pass�e plaide contre cette supposition. Si Lorenza, si l�amour, si la science, ont pu � ce point tromper et mentir, pourquoi la nature si fragile, si faillible d�une cr�ature humaine ne tromperait-elle pas � son tour?
�Oh! je saurai tout, je saurai tout! Ne me reste-t-il pas mademoiselle de Taverney?
�Oui, par Andr�e je saurai la trahison de Fritz; par Andr�e, la trahison de Lorenza; et, cette fois� oh! cette fois, comme l�amour aura �t� mensonger, comme la science aura �t� une erreur, comme la fid�lit� aura �t� un pi�ge� oh! cette fois, Balsamo punira sans piti�, sans r�serve, comme un homme puissant qui se venge, ayant chass� la mis�ricorde et conserv� l�orgueil.
�Voyons, il ne s�agit plus que de sortir au plus vite, de ne rien laisser deviner � Fritz et de courir � Trianon.�
Et Balsamo, saisissant son chapeau, qui avait roul� � terre, s��lan�a contre la porte.
Mais tout � coup il s�arr�ta.
� Oh! dit-il, avant toute chose� Mon Dieu! pauvre vieillard, je l�avais oubli�! Avant toute chose, il faut que je voie Althotas; pendant cet acc�s de d�lire, pendant ce spasme d�amour monstrueux, j�ai d�laiss� le malheureux vieillard. J�ai �t� ingrat, j�ai �t� inhumain.
Et Balsamo, avec cette fi�vre qui animait � cette heure tous ses mouvements, Balsamo s�approcha du ressort qui faisait jouer la bascule du plafond.
Aussit�t le mobile �chafaudage descendit rapidement.
Balsamo se pla�a dessus et, � l�aide du contrepoids, commen�a de monter, mais tout entier encore au trouble de son esprit et de son c�ur, et sans songer � autre chose qu�� Lorenza.
� peine toucha-t-il le niveau de la chambre d�Althotas, que la voix du vieillard vint frapper son oreille et le tira de sa douloureuse r�verie.
Mais, au grand �tonnement de Balsamo, ses premi�res paroles ne furent point un reproche, comme il s�y attendait: ce fut un �clat de gaiet� naturel et simple qui l�accueillit.
L��l�ve leva sur le ma�tre un regard �tonn�.
Le vieillard �tait renvers� sur sa chaise � ressorts; il respirait bruyamment et avec d�lices, comme si � chaque aspiration il e�t repris un jour de vie; ses yeux, pleins d�un feu sombre, mais dont le sourire �panoui sur ses l�vres �gayait l�expression, ses yeux s�attachaient avec importunit� sur son visiteur.
Balsamo recueillit ses forces et rassembla ses id�es pour ne rien laisser voir de son trouble au ma�tre, si peu indulgent pour les faiblesses de l�humanit�.
Pendant cette minute de recueillement, Balsamo sentit une oppression �trange peser sur sa poitrine. L�air, sans doute, �tait vici� par une r�sorption trop constante; une odeur lourde, fade, ti�de, naus�abonde; cette m�me odeur qu�il avait d�j� respir�e en bas, mais � un plus faible degr�, nageait dans l�air, et pareille � ces vapeurs qui montent des lacs et des marais en automne, au lever et au coucher du soleil, elle avait pris un corps et terni les vitres.
Dans cette atmosph�re �paisse et �cre, le c�ur de Balsamo faiblit, sa t�te s�embarrassa, un vertige le saisit, il sentit que la respiration et les forces allaient lui manquer � la fois.