Mortels trafics
- Автор: Pouchairet Pierre
- Год: 2016
- Язык: французский
- Год: Éditions Fayard
- ISBN: 978-2213701394
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «Mortels trafics». Краткое содержание книги:
Girard connaissait bien cette attitude et cette voix. Son collègue avait déniché un os à ronger.
— Je suis maintenant quasiment certain d’avoir identifié deux téléphones impliqués. Les opérateurs ont été super réactifs, et j’isole deux numéros qui activent des balises proches des trois points qui nous intéressent.
Debout, il énuméra sur ses doigts :
— D’abord l’hôpital Necker à l’heure du meurtre, ensuite la rue de l’épicier qui hébergeait Ben Hamid le jour où il a eu la visite des deux jeunes qui la cherchaient et, enfin, à proximité du Garigliano, quand la camionnette stationne sur le pont. Je pense qu’on peut considérer qu’il s’agit de notre couple mystère, ou d’un trio si Patrick a raison.
— Effectivement, reconnut le commandant. Des téléphones de guerre, je suppose ?
— Oui. Les puces ne sont pas identifiables, des noms bidons, elles ont été achetées sous des faux blazes.
— C’était un coup préparé à l’avance.
— Problème. Je viens de lancer une géolocalisation sur eux. On les a perdus, et pour cause, je pense qu’ils sont passés en Espagne. Je les ai tracés sur l’autoroute au départ de Paris, le soir du meurtre. Ils disparaissent au Perthus. Ils ne se sont quasiment pas arrêtés.
— Ils ont téléphoné en France ?
— Oui, à commencer par le numéro de la victime, ce qui confirme que je suis bon au niveau de la téléphonie. Sinon, ils correspondent entre eux, autour de l’hôpital et près de chez Ben Hamid. Ils communiquent aussi dans le 93. Là encore, il s’agit de cartes SIM achetées sous des tocs. On est en plein dans les cités pourries… À noter que les puces du 93 et celles de notre gentil petit couple viennent d’une même boutique.
— On pourra les placer sur écoute quand on sera sous commission rogatoire.
— Affirmatif, répondit le procédurier. Ils appellent également en Espagne et au Maroc.
— Il y a certainement un lien. Ils doivent rendre compte.
— Probable en effet, admit Girard, mais ces suppositions doivent être étayées. Ce qui est certain, c’est que ça prend une toute autre tournure. À ce stade, on en est à une mère assassinée, puis ensuite son fils. Et ces meurtres ne relèvent pas du hasard. Les victimes étaient directement visées.
– Ça ressemble à une histoire glauque : le père fait assassiner sa femme et son gosse. La femme, pourquoi pas ? Mais le gosse, il doit falloir une bonne raison…
— Peut-être que le môme est un bâtard ? se demanda Hervé Legal.
— Ou un règlement de compte, une vengeance, hasarda Isabelle qui venait de se joindre à eux.
— Ouais, ça ne serait pas la première fois qu’une famille est ainsi décimée, reconnut le commandant. Si c’est le cas, et si les meurtres ont été décidés hors de France, au Maroc ou en Espagne, et que les tueurs aient déjà quitté le territoire…, on n’arrivera pas à grand-chose.
La commissaire choisit une hypothèse plus optimiste :
— Le temps joue pour nous, si on les identifie, ils se feront serrer un jour ou l’autre. En attendant, faut essayer de travailler les images où on repère le chauffeur et son…, sa…, ses… passager ou passagère dans le fourgon. Essayer de les retrouver quand ils circulent dans Paris, sans oublier les caméras d’autoroute. La localisation des téléphones fournit des créneaux horaires pour faire des recherches plus précises auprès des sociétés concessionnaires. On arrivera peut-être alors à identifier les visages.
8
Le samedi après-midi, même s’il y avait moins de monde à la PJ, l’activité était loin de s’arrêter. Entre les groupes de permanence et ceux ayant une enquête en cours, des flics traînaient toujours dans les couloirs des Stups, de la BRI ou de la Crim’. L’enquête de Girard en était maintenant arrivée au stade où les investigations se passaient plus dans les bureaux qu’à l’extérieur. Des centaines de procès-verbaux s’entassaient sur celui de Marc chargé de les collecter et de s’assurer avec son adjoint que rien n’avait été oublié, les mentions obligatoires, les signatures, les tampons…, tous ces petits détails dont dépendrait la légalité de la procédure à présenter bientôt aux magistrats.
Les deux jeunes du groupe avaient réussi à cibler des dizaines de caméras aussi bien à Paris que sur les autoroutes. Ils possédaient maintenant une belle collection de photos du couple. Malheureusement, les deux suspects n’y étaient pas reconnaissables. L’homme avait perpétuellement une casquette de base-ball sur le crâne, et parfois, en plus, la capuche de son sweat-shirt. La jeune femme était coiffée d’un foulard. Pour déjouer toute possibilité de les reconnaître, tous deux portaient de jour comme de nuit des lunettes de soleil. Parallèlement, les policiers avaient identifié la camionnette du pont du Garigliano… volée, mais pas récupérée, toujours dans la nature, détruite ou cachée quelque part puisque sur les vidéos d’autoroute, le couple circulait dans une Mercedes. Il s’agissait d’un autre véhicule dérobé quelques heures auparavant et qui était passé en Espagne avant même que le propriétaire n’en déclare la disparition. Entendu par les enquêteurs, celui-ci avait été mis hors de cause. Sa voiture était remisée dans un garage et il ne s’était rendu compte du vol que plusieurs heures après qu’elle se soit envolée.
Patrick Girard rédigea une nouvelle note adressée au service des relations internationales de la DCPJ. Depuis le début de l’enquête, il n’arrêtait pas : transmissions d’ADN, d’empreintes, demandes de renseignements au Maroc et maintenant en Espagne. Son téléphone sonna.
— Commandant, on a en ligne l’état-major du 93. Le véhicule que vous cherchez a été retrouvé incendié.
Girard commença à noter les infos qui confirmaient qu’on avait bien affaire à la camionnette des tueurs.
— Gardez les lieux en état, on arrive !
En apprenant la nouvelle, Isabelle décida de l’accompagner. Les deux jeunes brigadiers suivraient dans une autre voiture avec le procédurier. L’Identité judiciaire, prise sur une autre saisine, les retrouverait sur place.
— Mets le bleu, demanda Girard, constatant l’état de la circulation.
La commissaire s’exécuta pour continuer en son et lumière jusqu’à destination. Une fois sortis de l’autoroute du Nord, ils naviguèrent dans une autre dimension : la banlieue sous son aspect le plus blême. Et la météo ne s’était pas décidée à rajouter une quelconque touche de gaieté au tableau : ciel couvert et vent. La population avait changé, les habitations aussi, des barres d’immeubles au milieu de carcasses de voitures.
— On arrête la sirène. De toute manière, ici, ils n’ont pas besoin de ça pour savoir qui nous sommes.
Girard désigna du menton un gosse assis sur une bagnole en train de discuter avec deux ados en scooter.
— Des guetteurs !
Le deux-roues démarra aussitôt et les dépassa. Aucun des deux jeunes ne portait de casque, inutile dans cette zone de « non-droit » où la police ne se risquait que pour des raisons impérieuses. Le passager arrière téléphonait.
— Il doit être en train de nous annoncer.
Il les photographia ensuite, histoire de mémoriser les voitures.
— Elle est pas belle la vie ?
— J’espère surtout qu’on ne va pas se faire caillasser, répondit la commissaire, une pointe d’appréhension dans la voix. Je ferais peut-être mieux d’appeler des flicards en renfort.
— Attends un peu, les collègues du coin sont des habitués, ils doivent maîtriser ce genre de situation.
Une voix féminine, au ton bien indifférent à l’univers traversé, leur demanda de tourner à gauche et ajouta qu’ils auraient atteint leur point de destination après cent cinquante mètres, plus précisément sur leur droite. Elle n’avait pas tort.