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Mortels trafics

Электронная книга - «Mortels trafics». Краткое содержание книги:

À croire qu’il est plus important d’intercepter des « go fast » de cannabis que d’arrêter des tueurs…
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Il repoussa le document pour interroger sur l’écran de son ordinateur le procès-verbal de la perquisition réalisée par Legal et la commissaire chez Ben Hamid… Aucune mention de présence de médicaments à son domicile !

Il réfléchit. Difficile pour une morte de tuer son fils… Ce qui, pour le premier policier intervenant, ressemblait à un suicide était vraisemblablement un homicide. Madame Ben Hamid avait été balancée dans la Seine. Bizarre de ne pas avoir de témoins… mais possible, même à Paris ! Il y a des moments où les rues sont désertes ! Et si elle n’avait pas résisté, jeter quelqu’un dans le fleuve ne prenait pas bien longtemps… Mais pourquoi ? Pourquoi tuer d’abord la mère, puis le fils ? Jérôme, le second gamin ne devait être qu’une victime collatérale de cette tuerie.

Comme chaque fois qu’une affaire lui posait problème, une envie de nicotine gagna le commandant. Plus de cinq ans qu’il avait arrêté, pas question de retomber. Il fouilla dans son tiroir pour récupérer une boîte de cachous. À côté, traînait un paquet de Marlboro, les cigarettes destinées aux gardés à vue. Une hésitation… Il attrapa la petite boîte jaune et repoussa le tiroir. Connaître le passé de la famille Ben Hamid devenait de plus en plus urgent. Avant tout, des petits détails à régler, Girard appella son procédurier :

— Marc, t’as réussi à nous faire « saisir » de la découverte du corps Ben Hamid ?

— Ouais, pas de problème. Isabelle a appelé la substitut. La magistrate dessaisit le commissariat à notre profit. Les collègues du CIAT sont en train de mettre en ordre leur procédure, je l’aurai officiellement en fin d’après-midi avec les scellés.

— T’as noté des trucs à reprendre, sur lesquels on pourrait bosser ?

— Non, tu as lu aussi… rien de particulier. L’OPJ a fait un bon boulot. Sans plus d’éléments, il n’avait aucune raison de partir en enquête criminelle. Normal qu’il ait limité ses investigations à une simple découverte de cadavre avec recherche des causes de la mort. C’est un bon, si un jour il demande à venir ici, je glisserai un mot au chef.

— Il a vérifié les caméras ?

— Il s’apprêtait à faire l’ensemble des ponts en amont du lieu de découverte du corps, mais il n’a pas encore eu le temps. Dans les commissariats, ils ne sont pas comme nous, les saisines tombent à la suite…

— T’as l’impression qu’on glande ?

— Mais non, chef. Arrête de jouer au con, tu m’as très bien compris.

Girard connaissait effectivement la surcharge de boulot de ses collègues d’arrondissements, les salles d’attente remplies de geignards dès le matin, des plus ou moins victimes venues déposer plainte plutôt pour avoir un imprimé à donner à leur assurance que par confiance dans la police. Et puis le tout-venant, petits cambriolages, chicayas entre voisins… Après une brève pensée pour ses premières années passées en commissariat de quartier à la Goutte d’Or, il en revint à ses soucis du moment, Anissa Ben Hamid et son plongeon dans la Seine.

— T’as mis nos ripeurs dessus ?

— C’est fait.

— Et la téléphonie, t’avances ?

— Doucement. Laisse-moi encore quelques heures. Ça devrait le faire.

Impatient, Girard raccrocha avant d’appeler de nouveau. Autant il essayait de ne pas mettre la pression aux membres de son équipe, autant il ne prenait pas de gants avec les commissaires.

— T’as eu du nouveau du Maroc ?

— Oh ! le vieux, tu te calmes, lui rit au nez Isabelle Hervier. Je sais que tu crois que les tauliers se tournent les pouces à longueur de journée, tu me l’as assez dit quand j’étais en stage chez toi. Mais j’ai du travail moi aussi. Oui, je bosse pour toi.

— Pour l’enquête, tu veux dire.

— Ouais, fit-elle agacée, cette fois, pour NOTRE enquête. J’ai appelé la permanence de la DCI, ils devaient contacter leur ASI, je n’ai pas de nouvelles. C’est un jour férié là-bas. Il faudra attendre dimanche pour en savoir plus avec les Marocains. Et puis on a transmis les ADN pour une diffusion vers les services étrangers.

— …

— Rien.

Le commandant raccrocha, pensif, fit le tour de son bureau jusqu’à la fenêtre. Les péniches sur la Seine lui donnèrent l’idée de s’adresser à la Brigade fluviale qui avait récupéré madame Ben Hamid. Ses membres savaient estimer le parcours et la dérive des corps, avant qu’on ne les retrouve. Il reprit son téléphone. Son correspondant faisait partie de l’équipe d’intervention. Il sut lui préciser le temps d’immersion et le lieu où la morte avait pu tomber.

— Une vingtaine d’heures tout au plus. On a la version d’un conducteur de péniche qui a ressenti un problème avec son bateau entre le pont du Garigliano et le pont Mirabeau. L’allure semblait contrariée, ralentie. S’affichaient des alarmes de mauvais fonctionnement de l’hélice. C’est comme ça qu’il a découvert un membre supérieur pris dans l’axe d’entraînement. Le marinier nous a aussitôt avisés. Garigliano est un des ponts où il y a le moins de passage la nuit. Ça pourrait expliquer qu’il n’y ait eu aucun témoin.

— On aurait récupéré le cadavre en amont parce qu’il a été traîné un temps par l’embarcation ? Tu as dit ça à l’OPJ ?

— Non, on a été un peu bousculé par une seconde intervention à faire dans la foulée, on n’a pas trop eu le temps de discuter…

*

Et la fluviale avait raison ! En fin d’après-midi, ils se retrouvèrent tous devant un écran, à visualiser l’arrivée d’une camionnette. Venant de la rive gauche, elle montait sur le trottoir et stationnait sur le pont du Garigliano.

Legal commenta les images :

— Elle se gare du côté de la porte latérale.

— La qualité d’image est pourrie, marmonna Girard. On ne voit même pas le conducteur.

— Ce n’est pas comme dans « Les Experts », c’est vrai ! C’est flou, reconnut le capitaine. Je suis allé sur place. L’écran de protection de la caméra est dégueulasse, recouvert de poussière et souillé de chiures de pigeon. N’empêche qu’avec ça, je suis certain qu’il s’agit du meurtre d’Anissa. Après avoir stationné, je parierais qu’ils l’ont sortie par la porte du côté et qu’ils l’ont fait basculer en prenant appui sur la rambarde du pont.

Sa voix se fit plus forte quand il pointa le doigt sur l’écran.

— Regardez ! Vous voyez, ils sont en train de la balancer de la camionnette.

— Si on regarde mieux, j’ai l’impression que le conducteur est resté à l’avant. Il s’est juste baissé, signala Hakim en plissant les yeux et en montrant le véhicule.

En revisionnant le film, tous reconnurent qu’il avait probablement raison.

— Donc, il pourrait s’agir du couple qu’on a repéré à Necker et qu’a vu l’épicier. Si c’est le cas, ça suppose que la femme était à l’arrière, et une nénette seule pour jeter un corps par-dessus la rambarde, ça n’a pas dû être facile.

— Et s’ils étaient trois, voire plus. Il peut très bien y avoir eu d’autres personnes dans l’équipée. Les tueurs ont dû prendre des précautions. Elle n’avait pas de marques de liens, elle n’était donc pas attachée. Il fallait quelqu’un pour la surveiller.

L’hypothèse tenait la route.

— Moi, en tout cas, ça m’a donné un point de plus pour la téléphonie, se félicita Marc.

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