Mortels trafics
- Автор: Pouchairet Pierre
- Год: 2016
- Язык: французский
- Год: Éditions Fayard
- ISBN: 978-2213701394
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «Mortels trafics». Краткое содержание книги:
— Elle ressemble à quoi ? demanda Girard avec un sourire dont la signification n’échappa pas à son adjoint.
— Belle fille, j’ai vu la photo, et célibataire !
— Là aussi, ceci explique cela… Jean-Paul a certainement eu envie de s’assurer qu’elle était bien seule « pour la bonne marche de son enquête » !
Des rires entendus firent écho à cette réflexion, en conclusion de la séance café.
Pour la suite, chacun connaissait les priorités : analyse des communications cellulaires, recherche des similitudes entre les portables en fonction à l’hôpital à l’heure des meurtres et ceux repérés au domicile de madame Ben Hamid. Pour la retrouver, il faudrait aussi travailler sur la géolocalisation des téléphones, et étudier les fadettes. Autre urgence, inscrire la disparue au Fichier des personnes recherchées, en assurer la diffusion aux frontières ainsi que dans les commissariats parisiens.
Aux environs de midi, tomba une nouvelle intéressante. Marc, le procédurier, se précipita chez Girard, suivi de Legal.
— Chef, on a des ADN qui matchent. Trois ADN trouvés à l’hôpital sont aussi présents dans la chambre de Ben Hamid. L’un est certainement celui de madame Ben Hamid, puisqu’on le trouve à plusieurs endroits. Mais les deux autres…
— Il n’y a pas celui du gamin, au moins ?
— Non, évidemment, sinon je ne t’en parlerais même pas. Il s’agit d’ADN inconnus !
— Alors, effectivement, c’est intéressant.
Patrick joua avec les roulettes de son fauteuil jusqu’à toucher le mur derrière lui, et s’étira avant de continuer :
— D’autant qu’aucun témoignage ne mentionne que Ben Hamid soit venue à l’hôpital avec de la famille, ou même que le gosse ait reçu d’autres visites que celle de sa mère… Alors ça voudrait dire quoi ?
Et réfléchissant à haute voix :
— Une mère qui pète un boulard, son fils est malade, elle n’en peut plus de cette situation… ça ne tient pas. Il venait d’être opéré, tout s’était bien passé, l’horizon s’éclaircissait.
— Et puis les gens de l’hôpital qui l’ont côtoyée n’y croient pas non plus, rappela Marc.
— Elle a un amant, elle veut disparaître, elle en veut à son mari pour une raison qu’on ne connaît pas… Elle tue le gosse, une vengeance familiale, suggéra Legal.
Girard n’était pas convaincu…
— Il y a aussi cette histoire de couple venu la voir. Bizarre, non ?
– Ça te chagrine, moi aussi, admit Legal, mais l’épicier ne dira rien de plus que ce qu’il m’a déjà dit.
— Alors, restons pour l’instant sur l’hypothèse de la mère, proposa Marc. On nous a dit qu’elle était musulmane pratiquante, plutôt « rurale ». Ça ne correspond pas trop à l’image d’une vamp criminelle, ou alors elle cache bien son jeu.
– À ce sujet, faudrait peut-être voir avec les Marocains, essayer de se renseigner sur le père, proposa le commandant en décrochant son téléphone. Je vais demander à la commissaire Hervier de s’occuper de ça. En mettant une taulière sur le coup, ça ira plus vite.
Celle-ci décrocha au premier coup.
— Isabelle, tu ne pourrais pas voir avec la DCI, qu’ils demandent à leur attaché de sécurité intérieure au Maroc de se renseigner sur la famille Ben Hamid, ça ira plus vite que par le canal Interpol… Et puis, faut bien qu’ils servent de temps en temps, ceux-là.
Pendant cet échange, son portable vibra au fond de sa poche, l’amenant à se balancer d’une fesse sur l’autre jusqu’à ce qu’il arrive à récupérer l’appareil. Aucun numéro sur son écran, vraisemblablement un collègue. Il écourta la conversation avec Hervier pour pouvoir répondre.
— Allô !
La tension soudaine de son visage inquiéta les deux autres policiers. C’était important. Ils entendirent leur chef confirmer qu’ils avaient bien diffusé le signalement et la photo de madame Ben Hamid, et le virent attraper un papier et un stylo.
— Découverte quand ? Une autopsie a été pratiquée ? Où se trouve le corps ?
Après avoir raccroché, il écrivit quelques notes sur son papier et releva enfin la tête vers ses collègues :
— Une bonne et une mauvaise nouvelle !
Peu de suspens, ils avaient déjà compris en partie, sans pour autant savoir quelle était la bonne nouvelle…
— La bonne, c’est qu’on a retrouvé madame Ben Hamid, elle nous attend à la morgue ! La mauvaise, c’est qu’elle a un alibi en béton. Elle était déjà morte quand son fils a été assassiné.
7
Girard s’était fait communiquer les actes concernant la découverte du cadavre, rédigés comme pour l’hôpital Necker par un officier de police judiciaire de permanence. Le jeune OPJ y avait mentionné les premières constatations et investigations. À la lecture de ces procès-verbaux, le commandant ne pouvait s’empêcher de jeter un œil de professeur tatillon ne traquant pas seulement les fautes de français, mais surtout celles de procédure et les omissions plus ou moins volontaires. Surchargés, les flics de quartier évitaient d’ouvrir trop de portes de manière à clôturer rapidement leur travail. L’inverse de la Crim’ qui partait tous azimuts dans le cadre d’une enquête au long cours, à charge et à décharge, dirigée ensuite par un juge d’instruction. Des détails sans importance au départ, pouvaient ensuite compromettre un travail de plusieurs années lorsque celui-ci serait examiné à la loupe par un avocat pénaliste attaché à défendre bec et ongles son client.
Le commandant mit Charles Trenet en sourdine, se cala dans son fauteuil et rajusta ses lunettes. Pour commencer, il décida de ne pas entrer dans les détails et se contenta de survoler les premiers actes. D’abord se faire une idée précise des conditions dans lesquelles le corps avait été découvert et ce qu’on pouvait en tirer comme conclusion :
« Paris, le vingt-six janvier de l’an deux mille seize. Nous, Claude Vasseur, lieutenant de police, officier de police judiciaire, sommes mis en présence du corps de X féminin, 1,65 m, yeux marron, cheveux bruns frisés tombant sur les épaules, corpulence mince, oreilles percées au niveau des lobes, pas de cicatrice ni de signe particulier… le corps est rigide et froid… le visage est tuméfié, ainsi qu’une grande partie du corps… le bras gauche est arraché au niveau de l’épaule, l’état de la blessure laisse supposer que le corps a été déchiqueté par une hélice de bateau… L’examen des vêtements : une robe longue de couleur noire (étiquette en arabe), taille médium, une culotte taille 36 sans marque, et un soutien-gorge noir, sans étiquette de marque ni de taille… n’apporte la découverte d’aucun élément d’identité… »
Le rapport d’autopsie était plus précis : « Le corps de X féminin, enregistré à l’IML sous la référence 34/2016 repose sur la table d’autopsie… En préalable, le Docteur Galibert, médecin légiste requis pour procéder à l’autopsie, nous indique que l’examen radiographique du corps n’a fait apparaître la présence d’aucun corps étranger. Après examen de la blessure à l’épaule gauche, le praticien confirme que les déchirures des chairs et des os peuvent résulter d’une blessure causée par une hélice de bateau… post mortem… Les incisions profondes pratiquées sur le corps mettent en évidence des ecchymoses… il est noté plusieurs hématomes à la face interne du bras, compatibles avec des lésions de prise…, la présence d’un oedème pulmonaire est aussi compatible avec une noyade… le médecin nous indique que la mort remonte à vingt-quatre heures tout au plus… Des examens de toxicologie analytique complémentaires ont été demandés, et devraient parvenir dans quelques jours, susceptibles de confirmer des probabilités d’ingestion d’un sédatif puissant, genre Rohypnol ».