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Электронная книга - «Les yeux jaunes des crocodiles». Краткое содержание книги:

Deux soeurs. La quarantaine. Iris, belle, très belle, riche, élégante, parisienne. Autrefois étudiante brillante, elle s'est mariée, et sa vie se résume en un tourbillon vain. Iris s'ennuie, rêve de devenir une autre. Joséphine est une littéraire, historienne spécialisée dans l'étude du XIIe siècle. Beaucoup moins belle, beaucoup moins à l'aise dans la vie. Mariée, elle a deux filles, vit en banlieue et se bat pour tenir debout. Un jour, à un dîner, Iris prétend qu'elle écrit. Entraînée par son mensonge, elle persuade sa soeur d'écrire un livre qu'elle signera, elle. Abandonnée par son mari, acculée par les dettes, Joséphine se soumet. Elle est habituée : depuis qu'elles sont enfants, Iris la magnifique la domine. Le destin de chaque soeur va basculer.
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Puis il s’était retourné vers une petite femme blonde, menue, habillée d’une jupe longue de Gitane et d’un petit tee-shirt blanc. Une femme un peu effacée mais belle qui se tenait dans l’ombre du géant et souriait.

— Elisa… my wife, avait-il dit en prenant sa femme par l’épaule et en la présentant à Iris.

Elisa s’était inclinée, avait dit « how are you, nice to meet you ». Iris l’avait regardée, les yeux écarquillés de stupeur. « Tu… Tu… es marié ? » avait-elle demandé d’une petite voix tremblante au géant. Gabor avait éclaté de rire et avait ajouté : « Yes and I have three kids ! » Puis, lâchant Iris comme on repose un objet un instant convoité, il avait empoigné sa femme et l’avait assise à côté de lui. D’autres personnes s’étaient approchées, il s’était relevé, avait repris ses embrassades avec le même entrain, la même chaleur, Hé ! Jack !, Hé ! Terry ! Hé ! Roberta !, les prenant dans ses bras, les soulevant de terre, donnant à chacun l’impression d’être la seule personne au monde qui comptait, puis, se tournant vers sa femme, il les lui présentait en la maintenant fermement à ses côtés. Quelle générosité ! Quelle force ! n’avait pu s’empêcher de penser Philippe. Il ressemble à ses films : débraillé et fulgurant. C’est un projecteur. Il vous propulse dans la lumière d’un bel élan sincère, puissant, généreux, puis vous remet dans l’ombre quand il détourne son regard. Il semble tout accorder à une personne et, l’instant d’après, son attention se déplace et il donne tout à une autre, abandonnant la précédente à une solitude douloureuse.

Iris s’était rassise. Elle n’avait plus dit un mot.

Et maintenant, dans la cabine première classe d’Air France, elle dormait. Ou faisait semblant de dormir. Le retour va être rude, pensa Philippe.

John Goodfellow avait œuvré de manière magistrale. C’est lui qui avait suivi Gabor Minar à la trace, lui qui avait convaincu son producteur de le faire venir à New York, lui qui s’était assuré qu’il serait là au dîner du Waldorf. Ça avait été dur d’arranger cette rencontre. Ça leur avait pris près de deux ans. Il y avait eu trois tentatives ratées : à Cannes, à Deauville et à Los Angeles. L’homme était volatil. Il disait qu’il viendrait et, à la dernière minute, il changeait ses plans et s’envolait pour une autre destination. John avait dû faire miroiter au producteur et à son protégé une rencontre avec le numéro 1 d’un studio américain pour être sûr qu’il serait là. Puis convaincre l’Américain de se rendre à New York, l’appâter avec la promesse d’avoir Gabor Minar pour son prochain film. Des mensonges soigneusement élaborés en passant par des intermédiaires soigneusement choisis. Un château branlant de mensonges. Jusqu’à la dernière minute, l’oiseau aurait pu s’envoler.

Le lendemain, en fin de matinée, quand ils s’étaient rejoints au bar du Waldorf, Philippe l’avait félicité :

— Good job, John !

— Jamais vu un homme aussi dur à localiser ! s’était exclamé John. Et pourtant, je suis habitué. Mais lui ! Il change d’endroit tout le temps. Vous avez vu sa femme ? Elle est belle, hein ? Parfois, elle me fait pitié, elle a l’air épuisé. Je suis passée par elle, entre autres contacts. Je crois qu’elle aimerait bien qu’ils se fixent quelque part. C’est une femme intelligente, elle a compris comment il fonctionnait et elle le suit partout. Dans l’ombre. Jamais une photo d’elle ni de leurs enfants dans la presse. À peine si on sait qu’il est marié ! Sous ses apparences bohèmes, l’homme est un fidèle. Obsédé par son travail, il ne batifole pas. Ou peut-être une ou deux broutilles avec une script ou une maquilleuse, des soirs où il est ivre. Rien qui puisse faire de l’ombre à sa femme. Il la respecte infiniment. Il l’aime. Elle est sa charpente. Il a trouvé son alter ego et je vais vous étonner, mais je crois que c’est un sentimental. Je pense qu’au départ elle était comme lui mais elle a vite compris qu’il n’y avait pas de place pour deux génies tourbillonnants dans le couple. Elle est hongroise comme lui. Cosmopolite comme lui. Artiste comme lui. Folle comme lui, mais la tête vissée sur les épaules quand il le faut. Elle le suit. Avec les bagages, les enfants, une sorte de gouvernante qui fait partie de la famille. Les enfants vont à l’école quand leur père se pose, le temps d’un tournage, de l’écriture d’un film. Ils parlent toutes les langues mais je ne crois pas qu’ils savent les écrire ! On m’a dit qu’un de ses fils voulait être footballeur et pour ça, y a pas besoin de faire de longues études !

Il avait éclaté de rire. Avait commandé du jus d’orange et du café.

— Vous n’avez pas d’autre boulot pour moi ?

— Désolé, John, je n’ai qu’une femme. Et encore, je ne sais pas pour combien de temps.

Ils avaient ri.

— Elle a réagi comment ?

Philippe posa un doigt sur ses lèvres closes.

— Rien. Silence total. Elle n’a pas dit un mot depuis hier soir.

— Ça vous a beaucoup fait souffrir, cette histoire, n’est-ce pas ?

— Vous ne savez pas ce que c’est, John, que de vivre en permanence à trois. Et avec un fantôme, en plus. Parce qu’elle l’idéalisait ! Il était devenu parfait : beau, intelligent, célèbre, riche, captivant, fascinant…

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