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Электронная книга - «Les yeux jaunes des crocodiles». Краткое содержание книги:

Deux soeurs. La quarantaine. Iris, belle, très belle, riche, élégante, parisienne. Autrefois étudiante brillante, elle s'est mariée, et sa vie se résume en un tourbillon vain. Iris s'ennuie, rêve de devenir une autre. Joséphine est une littéraire, historienne spécialisée dans l'étude du XIIe siècle. Beaucoup moins belle, beaucoup moins à l'aise dans la vie. Mariée, elle a deux filles, vit en banlieue et se bat pour tenir debout. Un jour, à un dîner, Iris prétend qu'elle écrit. Entraînée par son mensonge, elle persuade sa soeur d'écrire un livre qu'elle signera, elle. Abandonnée par son mari, acculée par les dettes, Joséphine se soumet. Elle est habituée : depuis qu'elles sont enfants, Iris la magnifique la domine. Le destin de chaque soeur va basculer.
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— Sûrement pas propre. Il est vraiment sale. Il pourrait faire un effort !

— C’est votre côté gentleman anglais qui se bouche le nez. Gabor est un Slave, il vit avec son âme, pas dans un pressing !

— Dommage, j’aimais bien travailler avec vous.

— Quand vous passerez par Paris, faites-moi signe, on ira déjeuner ensemble. Et ce n’est pas une promesse en l’air.

— Je sais… j’ai appris à vous connaître. Vous êtes un homme délicat et fidèle. Au début, je vous trouvais un peu… coincé, old fashion, mais finalement vous êtes très attachant.

— Merci, John.

Ils avaient fini leur petit-déjeuner en parlant de cinéma, de Doris, la femme de John, qui se plaignait de ne jamais le voir, de ses enfants, de la vie qu’il menait. Puis ils s’étaient serré la main et s’étaient quittés. Philippe l’avait regardé s’éloigner avec mélancolie. Leurs rendez-vous à Roissy allaient lui manquer. Ils avaient un petit côté clandestin qui lui plaisait bien. Il sourit intérieurement et se moqua de lui, c’est bien ton seul côté aventurier, toi l’homme avec la raie sur le côté si bien tracée.

Iris bougea dans son sommeil et marmonna quelque chose que Philippe ne comprit pas. Il lui restait encore un mensonge, une illusion à laquelle se consacrer : Une si humble reine. Elle ne l’a pas écrit, j’en suis sûr. C’est Joséphine qui l’a écrit. Joséphine. Il l’avait appelée avant de partir pour New York afin qu’elle traduise un contrat et, très gentiment, elle avait décliné. « Il faut que je retourne à mon HDR. – Ton quoi ? – Mon dossier d’habilitation à diriger des recherches, lui avait-elle traduit. – Pourquoi que tu “retournes”, tu t’en es détournée récemment ? » Elle avait marqué un temps d’arrêt et avait répondu : « Tu fais attention à tout, Philippe ! Il faut que je surveille mes mots, tu es redoutable ! – Seulement avec les gens que j’aime, Jo… » Il y avait eu un silence gêné. Sa maladresse était devenue une grâce empreinte de mystère et de profondeur. Ses silences n’étaient plus confus mais perspicaces. Elle lui manquait. Il avait de plus en plus envie de lui parler, de se confier. Il lui arrivait de composer son numéro, puis il raccrochait.

Il regarda la belle endormie à ses côtés et se dit que son histoire d’amour avec Iris allait se dénouer bientôt et que de cela aussi, il faudrait qu’il s’occupe : il ne voulait pas perdre Alexandre. Mais allait-elle se battre pour le garder ? Ce n’était même pas sûr…

— Alors toi, tu m’étonneras toujours ! Tu plonges la tête dans un lavabo et tout ton passé revient ! Comme ça ! D’un coup d’évier magique !

— Je te jure que ça s’est passé comme je te l’ai raconté. Mais pour être tout à fait honnête, ça avait commencé avant… des bribes qui revenaient, des morceaux de puzzle qui flottaient, mais il en manquait toujours le centre, le sens…

— What a bitch, your mother ! Tu sais qu’on aurait pu la traduire en justice pour non-assistance à personne en danger.

— Que voulais-tu qu’elle fasse ? Elle ne pouvait en sauver qu’une. Elle a choisi Iris…

— Et tu prends sa défense, en plus.

— Je ne lui en veux pas. Ça m’est égal. J’ai survécu…

— Oui mais à quel prix !

— Je me sens si forte, depuis que je suis débarrassée de ce passé. C’est un cadeau du ciel, tu sais…

— Arrête de me parler du ciel avec des yeux d’ange.

— Je suis sûre que j’ai un ange gardien qui veille sur moi…

— Et qu’est-ce qu’il faisait, ton ange gardien, ces dernières années ? Il se tricotait de nouvelles ailes ?

— Il m’a appris la patience, l’obstination, l’endurance, il m’a donné le courage d’écrire le livre, il m’a donné l’argent du livre qui me délivre des soucis quotidiens… Je l’aime bien, mon ange. Tu n’as pas besoin d’argent, par hasard ? Parce que je vais devenir très riche et je n’entends pas être grippe-sou !

— Arrête, je suis richissime.

Shirley haussa les épaules, croisa et décroisa les jambes, énervée.

Elles étaient chez le coiffeur et recommençaient la cérémonie des mèches. Elles bavardaient, transformées en arbres de Noël, des papillotes argentées sur la tête.

— Et les étoiles, tu leur parles toujours ?

— Je parle à Dieu directement quand je leur parle… Quand j’ai un problème, je prie, je Lui demande de m’aider, de me donner la force et Il le fait. Il me répond toujours.

— Jo, tu files un mauvais coton…

— Shirley, je vais très bien. Ne t’inquiète pas pour moi.

— Tes propos sont de plus en plus bizarres. Luca te bat froid, tu perds la tête, tu la plonges dans un lavabo et tu en ressors guérie d’un traumatisme ancien. Tu te prendrais pas pour Bernadette Soubirous, des fois ?

Joséphine soupira et rectifia :

— Luca me bat froid, je crois mourir, je revis l’abandon tragique de mon enfance et je recolle les morceaux, autre version.

— En tous les cas, celui-là, j’espère qu’il n’aura pas le culot de te rappeler.

— C’est dommage, je crois que j’étais amoureuse. J’étais si bien avec lui. Ça ne m’était pas arrivé depuis longtemps… depuis Antoine !

— Tu as des nouvelles d’Antoine ?

— Il envoie des mails aux filles. Toujours les mêmes histoires de crocodiles. Au moins, il est payé et il rembourse son emprunt. Il ne vit pas sa vie, Antoine, il la rêve, les yeux grands ouverts.

— Un jour, il va s’écraser contre un mur.

— Je ne le souhaite pas. Mylène sera là…

— Celle-là, c’est une dure à cuire ! Mais je l’aime bien…

— Moi aussi. Je ne suis plus jalouse du tout…

Elles étaient sur le point de chanter les louanges de Mylène quand on vint les chercher pour leur ôter leurs boules de Noël. Elles filèrent toutes les deux au bac à shampooing et renversèrent la tête, silencieuses, les yeux fermés, vagabondant dans leurs pensées.

Joséphine insista pour payer. Shirley refusa. Elles se disputèrent à la caisse, sous les yeux amusés de Denise. Ce fut Jo qui l’emporta.

Elles repartirent, se mirant dans les vitrines, se complimentant sur leur bonne mine.

— Tu te souviens, il y a un an, quand tu m’as traînée faire des mèches pour la première fois… On avait été agressées dans cette rue…

— Je t’avais défendue !

— Et j’avais été étonnée par ta force. Shirley, je t’en supplie, dis-moi ton secret… J’y pense tout le temps.

— T’as qu’à demander à Dieu, Il te répondra.

— On ne plaisante pas avec Dieu ! Non, dis-moi, toi. Moi je te dis tout, tout le temps je te fais confiance, et toi, tu restes muette. Je suis grande, tu dis toi-même que j’ai changé. Tu peux me faire confiance maintenant.

Shirley se retourna vers Joséphine et la regarda gravement.

— Il ne s’agit pas que de moi, Jo. Je mets d’autres personnes en péril. Et quand je dis péril, je ferais mieux de dire grand danger, secousses sismiques, tremblement de terre…

— On ne peut pas vivre tout le temps avec un secret.

— Moi, j’y arrive très bien. Sincèrement, Jo, je ne peux pas. Ne me demande pas l’impossible…

— Je ne saurais pas taire ce que Gary tait depuis longtemps ? Tu me juges si faible ? Regarde ce que ça m’a aidée que tu saches pour le livre…

— Moi, je n’ai pas besoin d’être aidée, je vis avec depuis que je suis toute petite. J’ai été élevée dans le secret. C’est ma nature…

— Ça fait huit ans que je te connais. Personne n’est jamais venu me mettre un couteau sur la gorge en me posant des questions sur toi.

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