Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне

Электронная книга - «Les yeux jaunes des crocodiles». Краткое содержание книги:

Deux soeurs. La quarantaine. Iris, belle, très belle, riche, élégante, parisienne. Autrefois étudiante brillante, elle s'est mariée, et sa vie se résume en un tourbillon vain. Iris s'ennuie, rêve de devenir une autre. Joséphine est une littéraire, historienne spécialisée dans l'étude du XIIe siècle. Beaucoup moins belle, beaucoup moins à l'aise dans la vie. Mariée, elle a deux filles, vit en banlieue et se bat pour tenir debout. Un jour, à un dîner, Iris prétend qu'elle écrit. Entraînée par son mensonge, elle persuade sa soeur d'écrire un livre qu'elle signera, elle. Abandonnée par son mari, acculée par les dettes, Joséphine se soumet. Elle est habituée : depuis qu'elles sont enfants, Iris la magnifique la domine. Le destin de chaque soeur va basculer.
1 ... 112 113 114 115 116 117 118 119 120 ... 145
Перейти на страницу:

— Changeons de sujet ou on va se disputer. Tu ne l’as jamais aimée.

— Si. Il y a très longtemps. Mais je n’aime pas comment elle traite les gens. Elle manipule les uns, elle exploite les autres, elle n’a pas un gramme de cœur.

— Toi, dès qu’on touche à ton fils…

— Drapeau blanc ! On arrête. Tu viens avec moi livrer mes gâteaux ?

Marcel Grobz, emmitouflé dans un pardessus en tweed et une écharpe jaune écossaise, était assis sur un banc, sous la glycine de la cour, et regardait d’un œil morne les sarments noueux et secs où perlaient des gouttes de pluie. Josiane était partie. Elle avait disparu depuis quinze jours. Elle s’était baissée, avait empoigné son sac de voyage et clic, clac, de ses petits talons pointus, elle avait pris la porte. Clic, clac sur les pavés de la cour, clic, clac en poussant la grille. Il n’avait pas eu la force de lui courir après. Écrasé de chagrin, il avait suivi le bruit des talons et s’était laissé tomber sur la chaise devant le bureau de Josiane. Depuis, il s’asseyait partout où il pouvait, dès qu’il avait un moment de répit, et entendait le bruit sec et résolu des talons de Josiane. Ça lui tordait le cœur.

Une feuille morte se détacha d’un arbre et tomba en tourbillonnant à ses pieds. Il se pencha, la ramassa, la froissa entre ses doigts. Sans Josiane, il n’avait plus envie de se battre. Et Dieu sait qu’il avait besoin de toutes ses forces, en ce moment. Il livrait la bataille la plus dure de sa carrière. Pour elle, pour eux, pour ce bébé dont ils n’arrêtaient pas de parler et qui se faisait désirer.

Ginette l’aperçut par la fenêtre de l’atelier, gara son chariot élévateur et vint le retrouver sur le banc. Elle s’essuya les mains sur sa salopette et, lui donnant une bourrade dans le dos, s’assit à côté de lui.

— Ça va pas fort, hein, mon pauvre vieux ?

— Non. Sans elle, j’arque plus…

— Fallait pas la laisser partir. Tu pousses, Marcel, tu pousses ! Je la comprends… Elle en peut plus d’attendre, la pauvre môme !

— Et tu crois que ça me fait plaisir de la faire attendre ?

— Il ne tient qu’à toi que les choses se règlent. Depuis que tu en parles et que tu ne fais rien ! Forcément, elle pense qu’il y a une couille dans le pâté. T’as qu’à demander le divorce et tout s’arrangera.

— Je peux pas demander le divorce en ce moment, je suis sur un énorme coup ! Tu n’en parles à personne, Ginette, promis ? Même pas à René…

— Promis. Tu me connais, je suis aussi bavarde qu’une pierre tombale !

— Je suis sur le point de racheter le plus gros fabricant asiatique de meubles et d’articles de maison. C’est énorme, énorme ! J’ai hypothéqué tous mes biens, je suis à poil et je ne peux pas me payer le luxe d’une séparation avec Henriette ; elle me demanderait immédiatement ce à quoi elle a droit : la moitié de ma fortune ! Ça fait un an et demi que l’affaire est dans les tuyaux. Personne ne le sait. Je dois agir dans le plus grand secret. Ça traîne, ça traîne, j’ai engagé un bataillon d’avocats et j’ai beau essayer de précipiter le mouvement, je n’y arrive pas. Pourquoi crois-tu que je viens de passer un mois plein en Chine ? Pour mon plaisir ?

— Pourquoi tu lui as pas dit ?

Marcel grimaça et se renfonça dans son manteau.

— Depuis l’histoire avec Chaval, j’ai moins confiance. C’est pas que je l’aime moins, non, mais je me méfie. Je suis vieux, elle est jeune, elle peut retomber dans les bras de Chaval, friande de chair fraîche. Un vieil instinct qui me vient de l’enfance. J’ai appris à redouter le pire, à guetter la trahison. Alors je préfère qu’elle me prenne pour un badouille…

— C’est sûr qu’elle pense que tu pètes de trouille et que tu la quitteras jamais, la Chapeautée !

— Après quand tout sera signé, j’aurai les coudées franches. Je me suis débrouillé pour qu’elle n’ait rien à voir dans la nouvelle organisation, pas la moindre participation dans le chiffre d’affaires ni dans la gestion, je lui ferai une rente confortable jusqu’à la fin de ses jours, je lui laisserai l’appartement, elle ne manquera de rien, je ne serai pas chien, je t’assure…

— Je le sais, Marcel. T’es un brave gars…

— Mais si Josiane est pas là, à quoi ça sert tout ça ? À rien…

Il ramassa une autre feuille morte, joua un moment en la faisant tourner entre ses doigts puis la balança à terre.

— J’attendais tellement cet enfant. J’attendais tellement de vivre avec elle ! C’était mon petit moteur à moi. Qu’on boulotte tous les deux, tranquilles, peinards avec le petit dans les jambes. Toute ma vie, j’ai rêvé d’avoir un enfant et là, je croyais toucher au but…

Ginette enfonça ses mains dans les poches de sa salopette et respira un bon coup.

— Bon, Marcel. J’ai deux nouvelles pour toi : une bonne et une mauvaise. Tu commences par laquelle ?

— La mauvaise. Au point où j’en suis… J’arrête pas d’amortir !

— La mauvaise, c’est que je ne sais pas où elle est. Aucune idée. Elle m’a rien dit, pas téléphoné, pas le moindre souffle de vie de sa part…

— Ah ! laissa échapper Marcel dans un soupir déçu. Je pensais que tu savais, que tu me disais rien parce qu’elle te l’avait demandé. Je comptais même te cuisiner, tu vois…

— Elle m’a pas appelée… Elle doit vraiment être en pétard. Elle me met dans le même sac que toi.

Il laissa tomber sa tête entre ses jambes et attendit un moment. Puis il se redressa, et le regard vide, demanda :

— Et la bonne ?

— La bonne ? C’est qu’elle est enceinte. De trois mois. Elle allait sûrement te le dire quand vous vous êtes embrouillés…

La bouche de Marcel s’arrondit en un oh ! de surprise émerveillée et son regard eut l’innocence de celui d’un enfant. Il bégaya, balança la tête, les épaules. Son corps se mit à vibrer comme si le bébé reposait en lui et dansait dans son ventre. Il saisit la main de Ginette, la serra à lui briser les os.

— Tu peux répéter, dis, tu peux répéter…

— Elle est enceinte, Marcel. Et folle de joie… Elle l’a appris peu de temps après ton départ en Chine et, s’il n’y avait pas eu la visite de la Chapeautée avec la photo de la Russe, elle te l’aurait claironné au téléphone que tu en aurais eu les tympans percés…

— Elle est enceinte ! Elle est enceinte ! Merci, mon Dieu, merci !

Il regardait le ciel en joignant les mains et les phalanges de ses doigts blanchissaient tellement il les serrait fort. Il balança encore la tête entre les jambes comme pour verser à terre le trop-plein d’attente et d’angoisse de ces derniers mois. On dirait un grand singe, pensa Ginette avec affection. Soudain il se raidit, son regard se durcit et, se tournant vers Ginette, il demanda :

— Elle va le garder ?

— Elle avait les guibolles qui tricotaient de joie quand elle me l’a appris. Et les jours qui ont suivi, elle marchait sur le bord lisse des pavés pour ne pas incommoder le bébé ! Alors, tu penses…

— Je vais être papa, mon Dieu ! Ginette, tu te rends compte…

Il l’avait prise dans ses bras et lui frictionnait la tête.

— Du calme, Marcel. Du calme. J’ai pas envie de devenir chauve, moi !

— Mais ça change tout ! J’étais en train de me laisser aller, j’avais arrêté l’entraînement et les vitamines, je reprends tout à partir d’aujourd’hui. Si elle est enceinte, elle va revenir… Elle va pas rester toute seule avec son petit baigneur dans le tiroir. J’ai toute la layette dans mon bureau, j’ai le berceau, la poussette, le tire-lait, les talkies-walkies, j’ai même le train électrique ! Elle le sait, elle va revenir… Elle ne va pas se garder sa joie pour elle toute seule. C’est pas une radichonne ! Elle sait combien j’y tiens, à ce mouflet.

1 ... 112 113 114 115 116 117 118 119 120 ... 145
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)