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Электронная книга - «Les yeux jaunes des crocodiles». Краткое содержание книги:

Deux soeurs. La quarantaine. Iris, belle, très belle, riche, élégante, parisienne. Autrefois étudiante brillante, elle s'est mariée, et sa vie se résume en un tourbillon vain. Iris s'ennuie, rêve de devenir une autre. Joséphine est une littéraire, historienne spécialisée dans l'étude du XIIe siècle. Beaucoup moins belle, beaucoup moins à l'aise dans la vie. Mariée, elle a deux filles, vit en banlieue et se bat pour tenir debout. Un jour, à un dîner, Iris prétend qu'elle écrit. Entraînée par son mensonge, elle persuade sa soeur d'écrire un livre qu'elle signera, elle. Abandonnée par son mari, acculée par les dettes, Joséphine se soumet. Elle est habituée : depuis qu'elles sont enfants, Iris la magnifique la domine. Le destin de chaque soeur va basculer.
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— Chut ! Attends… On va bien voir.

— On ne peut pas voir, on est enfermés.

— T’es bête ! Attends… C’est peut-être le Grand Lapin Blanc.

C’était Philippe. Ils entendirent sa voix. Il parlait au téléphone. En anglais.

— Tu crois qu’il joue avec nous ? Il connaît le MISS ?

— Chut !

Il posa la main sur la bouche de Zoé et tous deux écoutèrent, en retenant leur souffle.

— She didn’t write the book, John, her sister wrote it for her. I am sure of it…

— Qu’est-ce qu’il dit ?

— Attends !

— Yes, she’s done it before ! She’s such a liar. She made her sister write the book and she is taking advantage of it ! It’s a big hit here in France… no ! really ! I’m not kidding !

— Qu’est-ce qu’il dit ? Je comprends rien !

— T’es chiante, Zoé ! Attends. Je te traduirai après. Tu vas me faire perdre des phrases.

— So let’s do it. In New York… At the film festival. I know for sure he’s going to be there. Can you manage everything ? OK… We talk soon. Let me know…

Il raccrocha.

Les deux enfants restèrent pétrifiés dans l’armoire. Ils n’osaient pas bouger, à peine chuchoter. Philippe alluma alors sa chaîne hi-fi et une musique classique s’éleva, leur permettant de parler.

— Qu’est-ce qu’il a dit ? Qu’est-ce qu’il a dit ? insista Zoé en enlevant ses lunettes rondes.

— Il dit que ma mère n’a pas écrit le livre. Que c’est ta mère qui l’a écrit. Il dit que ma mère a déjà fait ça, que c’est une grosse menteuse.

— Tu le crois ?

— S’il le dit, c’est que c’est vrai… Il ment pas, lui, j’en suis sûr.

— C’est sûr que le XIIe siècle, c’est plutôt maman. Alors elle aurait écrit le livre et c’est ta mère… Mais pourquoi, Alex, pourquoi ?

— J’en sais rien…

— On pourrait demander au Grand Lapin Blanc ?

Alexandre la considéra sérieusement.

— Non, on va rester encore un peu ; peut-être qu’il va téléphoner encore !

Ils entendaient Philippe marcher dans le bureau. Il s’arrêta. Ils comprirent qu’il était en train d’allumer un cigare et sentirent bientôt l’odeur de tabac envahir la pièce.

— Ça pue ! protesta Zoé. Faut sortir. Ça me pique le nez…

— Attends qu’il s’en aille d’abord. Faut pas qu’on se fasse voir… Y aurait plus de MISS après. Un endroit secret, s’il est découvert il existe plus… Retiens-toi et attends.

Ils n’eurent pas à attendre longtemps. Philippe quitta son bureau pour demander à Carmen où étaient les enfants.

Ils sortirent de l’armoire sans faire de bruit et allèrent dans la chambre d’Alexandre où Philippe les trouva, assis par terre, en train de lire des BD.

— Ça va, les enfants ?

Ils se regardèrent, gênés.

— Je vous fais peur ? Vous voulez qu’on regarde un film ensemble ? Y a pas école demain, vous pouvez vous coucher tard.

Ils approuvèrent, soulagés, et se disputèrent sur le choix du film. Alexandre ayant choisi Matrix et Zoé, La Belle au bois dormant, Philippe les réconcilia en proposant de revoir L’assassin habite au 21.

— Comme ça, Zoé, tu seras contente. Tu vas avoir un peu peur, mais tu sais que ça finira bien.

Ils s’installèrent devant la télévision et, pendant que Philippe mettait le film, les deux enfants se lancèrent un regard lourd de connivence.

C’est Luca qui lui en avait parlé, six mois auparavant : « En octobre prochain, il y aura un colloque sur le sacré au Moyen Âge, à Montpellier, j’y participe, vous devriez venir et intervenir. Une publication de plus, ce serait bien pour vous. » Elle partait le retrouver à Montpellier. Il parlait le vendredi. Elle avait été inscrite pour le samedi après-midi.

Il était revenu après avoir disparu tout l’été. Sans explication. Un beau jour, elle l’avait croisé à la bibliothèque. Elle n’avait pas osé poser de questions. Il avait demandé : « Vous avez passé un bel été ? Vous avez bonne mine, vous avez maigri, ça vous va bien… Je me suis acheté un portable, je déteste l’idée d’en avoir un mais je dois reconnaître que c’est pratique. Je ne savais pas où vous joindre cet été, je n’avais pas votre numéro. Nous sommes vraiment démodés tous les deux. »

Elle lui avait souri, émue de l’entendre dire « tous les deux », émue qu’il se compare à elle. Puis elle s’était reprise et avait vanté les charmes de l’été, Deauville, Paris au mois d’août, la bibliothèque presque vide, la circulation facile, les berges de la Seine, Paris Plage.

Il vint la chercher à la gare. Dans son éternel duffle-coat, le sourire aux lèvres, une barbe de trois jours qui ombrait ses joues creuses. Il avait l’air heureux qu’elle soit venue. Il s’empara de son sac et la conduisit vers la sortie en posant une main légère sur son épaule. Elle marchait en regardant à droite et à gauche si les gens l’apercevaient, flanquée d’un si bel homme. Elle remontait dans sa propre estime.

— Je me suis acheté un téléphone portable, moi aussi.

— Ah ! C’est bien… Vous me donnerez votre numéro.

Ils passèrent devant un kiosque : Une si humble reine s’étalait en vitrine sur toute une longueur de présentoir. Joséphine eut un sursaut.

— Vous avez vu ? dit Luca. Quel succès ! Je l’ai acheté suite au tapage qu’on en faisait et c’est pas mal du tout. Je ne lis jamais de romans récents mais celui-là, à cause de l’époque où il se passe, j’ai eu envie de le lire. Je l’ai dévoré. Très bien fait. Vous l’avez lu ?

Joséphine bredouilla oui et, changeant de sujet de conversation, lui demanda comment se passaient les conférences. Oui, les conférenciers étaient intéressants, oui, son intervention s’était bien passée, oui, il y aurait une publication.

— Et ce soir, si vous n’y voyez pas d’inconvénient, je vous invite à dîner. J’ai réservé une table dans un restaurant, au bord de mer. On m’en a dit le plus grand bien…

L’après-midi passa vite. Elle parla vingt minutes d’une voix claire et sûre dans un amphithéâtre, devant une trentaine de personnes. Se tint droite et fut surprise de sa nouvelle assurance. Certains collègues vinrent la féliciter. L’un d’eux fit allusion au succès d’Une si humble reine en se félicitant que le XIIe siècle soit enfin remis à l’honneur et débarrassé de ses clichés. « Bel ouvrage, beau travail », conclut-il en la quittant. Joséphine se demanda s’il parlait de son exposé ou du roman, puis se reprit en se disant que c’était la même personne qui les avait écrits. Je vais finir par l’oublier ! se dit-elle en rangeant ses papiers.

Elle retrouva Luca à l’hôtel. Ils prirent un taxi pour se rendre au restaurant sur la plage de Carnon et s’installèrent à une table près de la mer.

— Vous n’avez pas froid ? demanda-t-il en dépliant le menu.

— Non. Avec le chauffage extérieur qui me grille les épaules, ça va aller, répondit-elle en riant, montrant du menton le brasero qui servait de chauffage d’appoint.

— Vous allez finir en grillade ! Et on vous inscrira sur le menu.

Il rit et cela le changea beaucoup. Il avait l’air plus jeune et plus léger, débarrassé des ombres qui l’entouraient d’habitude.

Elle se sentait d’humeur gaie, désinvolte. Jeta un œil sur le menu et décida de prendre la même chose que lui. Il commanda le vin d’un air sérieux. C’est la première fois que je le vois aussi détendu, peut-être après tout est-il heureux d’être en ma compagnie.

Il lui posa des questions sur ses filles, lui demanda si elle avait toujours eu envie d’avoir des enfants ou si Hortense et Zoé avaient été les fruits d’un hasard conjugal. Elle le regarda, étonnée. Elle ne s’était jamais posé la question.

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