Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне

Электронная книга - «Les yeux jaunes des crocodiles». Краткое содержание книги:

Deux soeurs. La quarantaine. Iris, belle, très belle, riche, élégante, parisienne. Autrefois étudiante brillante, elle s'est mariée, et sa vie se résume en un tourbillon vain. Iris s'ennuie, rêve de devenir une autre. Joséphine est une littéraire, historienne spécialisée dans l'étude du XIIe siècle. Beaucoup moins belle, beaucoup moins à l'aise dans la vie. Mariée, elle a deux filles, vit en banlieue et se bat pour tenir debout. Un jour, à un dîner, Iris prétend qu'elle écrit. Entraînée par son mensonge, elle persuade sa soeur d'écrire un livre qu'elle signera, elle. Abandonnée par son mari, acculée par les dettes, Joséphine se soumet. Elle est habituée : depuis qu'elles sont enfants, Iris la magnifique la domine. Le destin de chaque soeur va basculer.
1 ... 110 111 112 113 114 115 116 117 118 ... 145
Перейти на страницу:

— En fait, vous savez, je ne réfléchissais pas beaucoup avant. C’est depuis ma séparation d’avec Antoine que la vie est devenue plus compliquée. Plus intéressante aussi… Avant, je me laissais vivre, je suivais mon petit bonhomme de chemin : je me suis mariée, j’ai eu des enfants et je me serais bien vue vieillir avec mon mari, puis devenir grand-mère. Une petite vie sans histoire. C’est la séparation qui m’a réveillée…

— Et le réveil a été dur ?

— Assez dur, oui.

— Vous vous rappelez quand nous sommes allés au cinéma, la première fois, vous m’aviez dit que vous écriviez un livre et puis vous vous êtes reprise, je voulais savoir si c’était une erreur de langage ou…

— J’avais dit ça ? demanda Joséphine pour gagner du temps.

— Oui. Vous devriez écrire, vous avez une manière très vivante de parler de l’histoire ancienne. Je vous ai écoutée, cet après-midi.

— Et vous ? Pourquoi n’écrivez-vous pas ?

— Parce que pour écrire, il faut se mettre à son compte. Avoir un point de vue. Savoir qui on est… Et ça, je ne le sais pas encore.

— Pourtant, vous donnez l’impression inverse…

— Ah oui ?

Il avait levé un sourcil douloureux et jouait avec son verre de vin.

— Alors on va dire que les apparences sont trompeuses… D’ailleurs, les apparences sont presque toujours trompeuses. Vous savez, nous avons quelque chose en commun, tous les deux, nous sommes des solitaires… Je vous observe à la bibliothèque, vous ne parlez à personne, je suis très flatté que vous vous soyez intéressée à moi.

Elle rougit et balbutia :

— Vous vous moquez de moi !

— Non, je suis sérieux. Vous travaillez, les yeux rivés à vos bouquins, et repartez comme une petite souris. Sauf quand vous renversez des livres !

Joséphine se mit à rire.

Il régnait un air d’irréalité autour de ce dîner. Elle n’arrivait pas à croire que c’était elle, assise en face de lui, sur cette terrasse au bord de la mer. Sa timidité la quittait, elle avait envie de se confier, de parler. Le restaurant s’était rempli et un brouhaha sonore avait remplacé le calme du début de soirée. Ils étaient obligés de se pencher l’un vers l’autre pour parler, cela renforçait leur intimité.

— Luca, je voudrais vous poser une question très personnelle…

Elle mit son audace sur le compte du vin, de l’air marin, de cette fin d’été qui traînait sur les nappes blanches, des jupes courtes des femmes. Elle se sentait bien. Tout ce qui l’entourait semblait pénétré du même bien-être. La buée de la nuit dessinait des festons sur le parquet en bois et elle y lisait un message d’encouragement. Elle avait l’impression, inhabituelle pour elle, d’être en accord avec le décor. Elle sentait le bonheur à portée de main et ne voulait pas le laisser passer.

— Vous ne vous êtes jamais marié ? Vous n’avez jamais eu envie d’avoir des enfants ?

Il ne répondit pas. Il se rembrunit, ses yeux glissèrent au loin et ses lèvres se pincèrent en deux traits fermés, amers.

— Je préférerais ne pas répondre, Joséphine…

Elle eut de nouveau cette sensation pénible d’avoir commis un impair.

— Je suis désolée, je ne voulais pas vous blesser.

— Vous ne m’avez pas blessé. Après tout, c’est moi qui ai commencé à vous poser des questions personnelles…

Mais si on ne parle que de généralités ou du Moyen Âge, on ne saura jamais rien l’un de l’autre, protesta-t-elle sans mot dire. Cet été encore, en feuilletant les journaux, elle l’avait repéré dans des publicités, dont une pour un parfum masculin ; il tenait dans ses bras une longue femme brune aux cheveux longs qui renversait la tête en riant, laissant apercevoir une taille fine et musclée. Elle s’était arrêtée longuement sur cette publicité : il y avait dans les yeux de Luca une intensité qu’elle ne lui avait encore jamais vue. Un désir grave et impérieux. Les hommes vont avoir envie d’acheter cette eau de toilette pour lui ressembler. Elle s’était demandé si elle n’allait pas se laisser pousser les cheveux comme la fille brune.

— Je vous ai vu cet été dans une campagne pour une eau de toilette, je crois, lança-t-elle, désirant changer de sujet.

— Ne parlons pas de ça, voulez-vous ?

Son regard était redevenu secret, impénétrable. Il tourna la tête vers l’intérieur du restaurant comme s’il attendait quelqu’un. L’homme aimable, enjoué, qui lui parlait quelques minutes avant était parti et il ne restait qu’un étranger.

— Il fait froid, vous ne voulez pas rentrer ?

Dans le taxi qui les ramenait à l’hôtel, Joséphine l’observait. Il se tenait dans un coin et regardait par la fenêtre.

— Je suis désolée, je n’aurais pas dû vous poser ces questions. On était si bien, juste avant que je parle, je me suis laissée aller…

Il la regarda avec infiniment de douceur, de lassitude et, l’attirant vers lui, passa son bras autour de sa taille.

— Vous êtes délicieuse, Joséphine. Vous ne savez pas à quel point vous me touchez. Ne changez pas, s’il vous plaît, ne changez pas !

Il avait prononcé ces derniers mots comme une supplique. Joséphine fut surprise de l’intensité qu’il y avait dans sa voix.

Il lui releva la tête, plaça un doigt sous son menton et, la forçant à le regarder dans les yeux, ajouta :

— C’est moi qui suis impossible. Je vais mieux quand vous êtes là. Vous m’apaisez, j’aime parler avec vous…

Elle posa la tête sur son épaule et se laissa aller. Elle respirait son odeur, cherchant à identifier la verveine et le citron, le bois de santal et l’écorce d’oranger, se demandant si c’était le même parfum que celui de la publicité. Les réverbères des avenues défilaient par la fenêtre ; elle souhaitait que la promenade dans la nuit ne se termine jamais. Le bras de Luca autour de sa taille, le silence de la nuit, le bercement régulier de la voiture et les arbres maigres qui se dressaient, blafards dans les phares. Elle s’abandonna sans plus réfléchir quand il l’embrassa. Un long baiser doux, tendre qui ne s’interrompit que parce que le taxi s’était arrêté devant l’hôtel.

Ils prirent leur clé en silence, montèrent au troisième étage où se trouvaient leurs chambres et quand Luca, sur le seuil de sa chambre, étendit le bras pour entrer, elle le laissa faire.

Elle le laissa faire quand il posa ses mains sur ses épaules et reprit son baiser.

Elle le laissa faire quand il souleva son pull pour la caresser.

Elle le laissa faire…

Mais, alors qu’elle était sur le point de s’oublier contre lui, l’image de la femme brune de la publicité revint s’imposer entre Luca et elle. Elle vit sa taille fine, son ventre bronzé, musclé, ses bras délicats rejetés en arrière ; elle serra les dents, rentra son ventre, l’aspira de toutes ses forces pour qu’il ne sente pas les bourrelets de sa taille, je suis grosse, je suis moche, il va me déshabiller, il va s’en apercevoir… Elle s’imagina nue contre lui : une mère de famille avec des cheveux fins et plats, des petits boutons dans le dos, une taille épaisse, une grosse culotte de coton blanc…

Elle le repoussa et murmura « non, non, non, s’il vous plaît, non ».

Il se redressa, étonné. Se reprit. S’excusa et, prenant un ton léger, déclara :

— Je ne vous importunerai pas. N’en parlons plus. On se retrouve demain au petit-déjeuner ?

Elle hocha la tête, la bouche pleine de larmes, et le regarda disparaître.

— Nulle, Shirley ! J’ai été nulle. Il était là contre moi, il m’embrassait, c’était si bon, si bon et moi, je n’ai pensé qu’à mes bourrelets, à ma culotte en coton blanc… Il est parti et j’ai pleuré, pleuré… Le lendemain, au petit-déjeuner, on a repris comme si de rien n’était. Lui très poli, très doux, me passant la panière de croissants, me demandant si j’avais bien dormi, à quelle heure était mon train. Et moi, refusant de manger un seul croissant par haine du bourrelet envahissant. C’est le rêve de ma vie, cet homme, et je le repousse ! Je suis folle, je crois que je suis folle… C’est fini, il ne m’arrivera plus rien. Ma vie est finie.

1 ... 110 111 112 113 114 115 116 117 118 ... 145
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)