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Электронная книга - «Les yeux jaunes des crocodiles». Краткое содержание книги:

Deux soeurs. La quarantaine. Iris, belle, très belle, riche, élégante, parisienne. Autrefois étudiante brillante, elle s'est mariée, et sa vie se résume en un tourbillon vain. Iris s'ennuie, rêve de devenir une autre. Joséphine est une littéraire, historienne spécialisée dans l'étude du XIIe siècle. Beaucoup moins belle, beaucoup moins à l'aise dans la vie. Mariée, elle a deux filles, vit en banlieue et se bat pour tenir debout. Un jour, à un dîner, Iris prétend qu'elle écrit. Entraînée par son mensonge, elle persuade sa soeur d'écrire un livre qu'elle signera, elle. Abandonnée par son mari, acculée par les dettes, Joséphine se soumet. Elle est habituée : depuis qu'elles sont enfants, Iris la magnifique la domine. Le destin de chaque soeur va basculer.
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Elle releva la tête. Sa colère était partie.

Elle étendit les bras vers le ciel et envoya tout son amour, toute sa joie vers les étoiles. Elle n’enviait pas Iris. Iris sait que le livre, c’est moi qui l’ai écrit. Elle le sait. Sa belle gloire repose sur un mensonge.

Une douceur paisible l’envahit. Il lui restait son dossier d’habilitation à diriger des recherches. Il fallait qu’elle y travaille. Je vais retourner en bibliothèque, retrouver les vieux grimoires, les livres d’histoire.

Et puis, un jour, j’écrirai un autre livre.

Un livre qui sera à moi, rien qu’à moi.

Vous en dites quoi, les étoiles ?

Marcel Grobz sortit de l’aéroport et monta dans la voiture à côté de son chauffeur, après avoir jeté ses valises dans le coffre.

— Je suis épuisé, mon petit Gilles ! Je suis trop âgé pour ces longs voyages en avion.

— C’est sûr, patron. Un mois de tournée avec tous les changements d’hôtels et les décalages horaires, ça vous arrange pas !

— On se pèle, ici ! Fin octobre et voilà les glaciers qui s’annoncent. Là-bas, au moins, les cerisiers souriaient… J’ai pas l’air trop déglingué ?

Gilles lança un rapide regard vers Marcel Grobz et conclut que non, le patron avait l’air d’une canne à pêche bien droite.

— T’es sympa ! Elle a quelques bourrelets mal placés, la canne à pêche. J’ai beau courir comme un dératé, ils restent bien accrochés. Sinon quoi de neuf ? Tu m’as acheté les journaux ?

— Ils sont sur la banquette arrière. Votre belle-fille, madame Dupin, elle fait un malheur avec son livre…

— Parce qu’elle a écrit un bouquin ?

— Même ma mère elle l’a acheté, et elle s’est régalée !

— Putain, je vais en entendre parler ! Et sinon…

— Sinon, rien. J’ai fait faire la révision de la voiture comme vous me l’aviez demandé. Tout baigne. On va où ?

— Au bureau.

— Vous passez pas par chez vous d’abord ?

— Au bureau, je t’ai dit…

Retrouver Josiane. Chaque fois qu’il l’avait eue au téléphone, elle avait été froide. À peine audible, à peine aimable. Oui, non, sais pas, j’vais voir, on en parlera à ton retour. Si ça se trouve, elle a revu ce grand échalas de Chaval ! Il a le vice au corps, celui-là.

— T’as des nouvelles de Chaval ?

Son chauffeur, Gilles Larmoyer, était un copain de Chaval. Gilles et Chaval faisaient souvent des virées ensemble dans les boîtes de nuit. Gilles lui racontait leurs nuits agitées, les boîtes à partouzes, « un cul à droite, un cul à gauche, avec Chaval, on se régale », les petits matins où ils remettaient leur cravate, Chaval pour venir travailler, Gilles pour conduire la voiture. Gilles n’avait aucune ambition. Marcel avait essayé de lui mettre le pied à l’étrier mais Gilles n’aimait qu’une chose : les voitures. Pour lui faire plaisir, Marcel en changeait tous les deux ans.

— Ah ! Vous ne savez pas ?

Marcel s’examinait dans le miroir du pare-soleil. Ce n’est pas des valises que j’ai sous les yeux mais des malles avec soufflets et poignées !

— Savoir quoi ?

— Chaval. Il est tombé raide siphonné de votre nièce…

— La petite Hortense ?

— Celle-là même ! Et il en bave ! Je vous dis pas… À quatre pattes, elle le fait ramper ! Il mangerait son chapeau s’il en avait un. Ça doit faire six mois qu’il essaie de la culbuter et que dalle ! Il finit le travail chez lui à la main tous les soirs. Elle le rend fou.

Marcel éclata de rire, soulagé. Donc ce n’était pas Chaval qui embrouillait Josiane. Il sortit son portable et appela le bureau.

— Choupette, c’est moi. Je suis dans la voiture, j’arrive… Ça va ?

— Ça va…

— T’es pas contente de me voir ?

— Je danse de joie !

Elle raccrocha.

— Un problème, patron ?

— C’est Josiane. Elle me bat froid. Elle m’a envoyé à la balançoire.

— Oh ! Les bonnes femmes… Suffit qu’elles aient leurs ragnagnas et elles font la poire sans qu’on sache pourquoi.

— Ben alors, elle les a depuis un mois ses ragnagnas. Et c’est un poirier qu’elle va me livrer !

Il se carra dans le siège de la voiture et décida de piquer un somme.

— Réveille-moi avant d’arriver, que j’aie le temps de me dégourdir !

Quand elle le vit entrer, Josiane ne se dérida pas. Elle ne leva même pas la tête de son bureau. Il ouvrit les bras pour l’étreindre, elle le repoussa.

— Ton courrier t’attend sur le bureau. La liste des appels aussi. J’ai tout trié.

Il ouvrit la porte de son bureau, s’y installa et découvrit sur le tas de lettres une photo posée bien à plat : la fille du Lido avec les deux yeux crevés. Il s’en saisit et ressortit, hilare.

— C’est à cause de ça, Choupette, que tu me fais la tête depuis des lunes ?

— J’vois pas ce qu’il y a de drôle. Enfin, moi, ça me fait pas rire !

— Mais tu y es pas du tout. Pas du tout ! C’était pour entourlouper, l’Henriette ! J’avais appris par René qu’elle était venue traîner ici un jour, un jour qu’y avait personne et pour cause, c’était le 1er mai ! Je me suis dit que c’était du gros louche, j’ai bien vérifié mes papiers et je me suis aperçu qu’une enveloppe avait été ouverte et sûrement photocopiée : celle des frais de l’Ukrainien. La pauvre méchante ! Elle a cru mettre la main sur l’existence d’une poule avec abus de bien social, en plus. Elle croit me tenir ! J’ai décidé de lui donner la réplique. J’ai laissé traîner dans ma chambre cette photo prise un soir au Lido avec un gros client, y a belle lurette, un soir où tu n’avais pas voulu m’accompagner. J’ai inventé un nom, et hop ! va chercher, Henriette, va chercher ! Et ça a marché. Et toi, tu as mouliné pendant un mois à cause de ça ?

Josiane le contemplait, méfiante.

— Et tu crois que je vais gober ça ?

— Pourquoi je te mentirais, Choupette ? Je la connais pas, cette fille. J’ai pris la pose pour la photo, pour rigoler, mais c’est tout… Rappelle-toi, c’est un soir où t’avais pas voulu sortir, il y a au moins un an et demi, t’étais fatiguée…

Un soir où je voyais Chaval, se rappela Josiane. Pauvre gros vieux ! Il a raison. Elle avait prétexté une migraine et l’avait laissé aller tout seul faire ses libations avec ses clients.

Il se rapprocha du bureau de Josiane et buta dans un sac de voyage.

— C’est quoi ce sac ?

— J’avais l’intention de me faire la malle. J’attendais qu’on s’explique et je mettais les voiles…

— Mais t’es folle ! T’as le cerveau qui ballonne !

— Je suis fragile, nuance.

— Tu me fais vraiment pas confiance.

— C’est pas un article que j’ai souvent eu en magasin, la confiance…

— Ben, va falloir t’habituer. Parce que je suis là et bien là ! Et rien que pour toi, ma petite poulette ! Tu es toute ma vie.

Il l’avait prise dans ses bras et la berçait en marmonnant « mais qu’elle est bête ! mais qu’elle est bête ! et moi qui me mets la rate au court-bouillon pendant un mois à cause de tes silences au téléphone ! ».

Elle se laissait aller contre lui, attendant qu’il ait fini de ronronner pour lui annoncer la bonne nouvelle, confirmée par la mort d’une lapine foudroyée en laboratoire. Une émotion à la fois, se disait-elle, je le laisse redescendre sur terre et à peine a-t-il posé la pointe des pieds que je le renvois direct au ciel en annonçant l’arrivée du petit Grobz.

— Surtout que, Choupette, avec la photo je faisais coup double. Je la roulais dans le nanan et en plus, j’écartais de toi les soupçons. Tu comprends au cas où t’aies le gros ventre… Elle n’y voyait que du feu ! Elle pensait à la Natacha et pas à toi. Tu grossissais tranquille sous ses yeux pendant qu’elle reniflait la mauvaise piste.

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