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Электронная книга - «Les yeux jaunes des crocodiles». Краткое содержание книги:

Deux soeurs. La quarantaine. Iris, belle, très belle, riche, élégante, parisienne. Autrefois étudiante brillante, elle s'est mariée, et sa vie se résume en un tourbillon vain. Iris s'ennuie, rêve de devenir une autre. Joséphine est une littéraire, historienne spécialisée dans l'étude du XIIe siècle. Beaucoup moins belle, beaucoup moins à l'aise dans la vie. Mariée, elle a deux filles, vit en banlieue et se bat pour tenir debout. Un jour, à un dîner, Iris prétend qu'elle écrit. Entraînée par son mensonge, elle persuade sa soeur d'écrire un livre qu'elle signera, elle. Abandonnée par son mari, acculée par les dettes, Joséphine se soumet. Elle est habituée : depuis qu'elles sont enfants, Iris la magnifique la domine. Le destin de chaque soeur va basculer.
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Ce n’était pas son cas.

Ses rêves de milliardaire en sacs et en terrines prenaient l’eau. Les crocodiles se révélaient une matière première aléatoire : obèses, impuissants, exigeants. Ils ne voulaient manger que du poulet ou de la chair humaine. Ils laissaient pourrir au soleil ce qui n’était pas à leur goût ! C’est à croire qu’ils ont été élevés dans un cinq étoiles, pestait Antoine en faisant déverser des tombereaux de riz agrémentés d’un mélange spécial d’huîtres et d’algues qu’il faisait venir de Sao Paulo. Ils n’y touchaient pas. Ni au canard ni aux fricassées de poisson. Ils exigeaient du poulet. Quand on leur présentait leur pâtée, ils détournaient la tête.

— Non, mais je rêve ! grinça Antoine. Ils sont si gras qu’ils n’arrivent même plus à chevaucher les femelles, t’as vu ça ? Elles ont beau les abreuver de caresses, c’est à peine s’ils soulèvent une paupière.

— Ils se marrent à te regarder t’énerver tout seul. Ils savent bien que ce sont eux les gagnants…

— Ils vont pas gagner longtemps s’ils continuent à grossir comme ça.

— Pfft ! Tu seras mort depuis longtemps qu’ils seront encore là, bien plantés sur leurs pattes. Ça peut vivre cent ans, ces bêtes-là !

— Sauf si je les zigouille tous !

— Parce que tu crois que ce serait une solution ?

— Y a pas de solution, Mylène, je me suis fait avoir comme un bleu ! Wei, il s’en fout, il s’en sortira toujours, mais moi… J’ai investi dans un parc d’ovipares obèses et impuissants.

En outre, Antoine s’était aperçu que les femelles livrées par les Thaïlandais étaient presque toutes ménopausées. Il avait appelé le directeur de l’élevage, celui-là même qui avait rempli le Boeing des soixante-dix crocodiles, et s’était plaint. Le Thaïlandais avait assuré : « Forty eggs a day ! Forty eggs a day ! – Zero egg a day », avait hurlé Antoine dans le récepteur. – Ah, avait conclu le Thaïlandais, they must be grand mothers then ! You are not lucky, we put the wrong ones in the plane, we didn’t know… »

Des crocodiles ménopausées ! Et avec ça, il fallait qu’il fasse exploser la natalité ! L’usine avait ralenti sa fabrication de maroquinerie et le taux de remplissage des conserves avait été divisé par deux. Si ça se trouve, ce qui va marcher, c’est l’industrialisation des antibiotiques, mais là, je n’ai pas de contrat. Je suis marron ! Saloperies de reptiles !

Il tira une nouvelle fois en l’air. Le crocodile leva une paupière.

Mylène haussa les épaules et décida de regagner son bureau. Elle avait des mails à relire avant de les envoyer à Paris en vue de nouvelles commandes. Le maquillage se vendait beaucoup mieux que les produits de soins, plus coûteux et plus difficiles à conserver par grande chaleur. Tant mieux ! Les maquillages, je les achète en gros passage de l’Industrie à Paris et je fais quatre fois la culbute. Elles y voient que du feu, mes clientes. Jamais elles ne discutent le prix ! Elles vénèrent le bâton de rouge ou le fard à paupières et se saignent les veines pour s’enluminer la face. Le produit-vedette : mon fond de teint blanc. Elles adorent ! Elles se transforment en petites poupées rondes et blafardes. À peine posée sur les étagères, la marchandise disparaît, happée par leurs petites mains avides. Mister Wei m’a proposé une association. Cinquante-cinquante. J’apporte le savoir-faire, la philosophie, l’esprit, le bon goût français, il s’occupe, lui, de fabriquer et de vendre. Il dit que ça ne coûtera rien à produire. Il faut que j’en parle à Antoine. Il a tellement de soucis que j’ai peur de l’encombrer avec mes projets.

Le soir même, pendant que Pong les servait en silence, Mylène annonça qu’elle avait envoyé un projet de contrat à mister Wei et qu’elle songeait à s’associer avec lui.

— Tu as signé ?

— Non, pas encore mais c’est quasiment fait…

— Tu m’en as pas parlé !

— Si, mon chéri, je t’en ai parlé, mais tu m’as pas écoutée… Tu pensais que c’était un amusement de petite fille ! Il y a beaucoup d’argent à la clé, tu sais.

— Tu as pris conseil auprès de quelqu’un avant de signer ?

— J’ai fait établir un contrat très simple, avec le montant des investissements, celui des pourcentages, un dépôt de licence à mon nom, payé par Wei… Un truc très clair que je peux comprendre.

Elle eut un petit rire étouffé pour montrer à Antoine qu’elle n’était pas dupe de son inexpérience.

— Tu as entrepris des études de droit ? demanda Antoine d’un ton narquois. Passe-moi le sel, veux-tu… C’est un ragoût de quoi, ça ? Ça n’a aucun goût !

— De l’antilope…

— Ben, c’est dégueulasse.

— J’ai pas vraiment le temps de faire la cuisine maintenant…

— Ben, je préférais quand t’avais le temps ! T’aurais mieux fait d’ouvrir un restaurant…

— Tu vois : on ne peut pas parler sérieusement.

— Vas-y, je t’écoute.

— Voilà : à mon dernier voyage à Paris, je suis allée consulter un avocat spécialisé. Sur les Champs-Élysées…

— Et tu as eu son nom par qui ?

— J’ai appelé la secrétaire de ton beau-père. Josiane, elle s’appelle. Très gentille. On a sympathisé. J’ai dit que j’appelais de ta part, que t’avais besoin d’un renseignement, du nom d’un bon avocat, un bien rusé habitué à discuter avec les plus gros requins de la planète…

— Et…

— Ça n’a pas fait un pli : elle m’a donné un nom, un téléphone, et j’ai appelé. Comme je venais de la part de Marcel Grobz, il a été très gentil et a accepté de s’occuper de mon affaire. Il m’a même invitée à dîner ; on est allés dans un cabaret russe tout près de son bureau.

— Tu as fait ça ? Tu t’es servie des relations de Chef alors que tu ne le connais pas ? Alors que si ça se trouve, il te déteste.

— Pourquoi il me détesterait ? Je lui ai rien fait…

— Je te rappelle que, à cause de toi, j’ai planté là ma femme et mes deux filles ! Tu sembles l’oublier…

— C’est pas moi qui t’ai demandé de partir. C’est toi qui es parti tout seul… Toi qui m’as embarquée dans cette aventure !

— Parce que tu le regrettes maintenant ?

— Non. Je ne regrette rien. Ça ne sert à rien de regretter. J’essaie de m’en sortir, c’est tout. Et tu n’as pas à m’en vouloir pour ça…

Ils se disputaient à voix basse pour ne pas éveiller les soupçons de Pong. Ils se disputaient en souriant, mais chaque mot chuchoté était une flèche empoisonnée. Comment ça a commencé ? se demanda Antoine en reprenant du vin. Je rumine trop. Je devrais faire comme tout le monde, et ne pas penser. Gagner de l’argent mais surtout ne pas penser. C’est en Afrique que j’ai été le plus heureux et j’ai cru qu’en y revenant, je serais heureux à nouveau. Tout recommencer ici. J’ai emmené cette adorable petite garce qui disait qu’elle allait veiller sur moi. Foutaises ! Il n’y a que moi qui peux veiller sur moi et je me sabote avec méthode et acharnement. Pourquoi le lui reprocher ? Ce n’est pas de sa faute. J’ai enfilé des habits trop grands pour moi. Jo a raison. Elles ont toutes raisons. Il eut un sourire ironique, un sourire qui se moquait de lui, mais Mylène se méprit.

— Oh ! Ne sois pas fâché ! Je t’aime tellement. J’ai tout quitté pour te suivre. Je serais allée n’importe où… Je veux juste m’occuper. Je ne suis pas habituée à ne rien faire. J’ai toujours travaillé, depuis que je suis toute petite…

Elle arrondissait la bouche telle une petite fille prise en train de faire un gros mensonge et qui proteste de son innocence. Ses grands yeux bleus le regardaient avec une candeur qui l’énerva.

— Et il a pas essayé de te sauter après le cabaret ?

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