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Электронная книга - «Les yeux jaunes des crocodiles». Краткое содержание книги:

Deux soeurs. La quarantaine. Iris, belle, très belle, riche, élégante, parisienne. Autrefois étudiante brillante, elle s'est mariée, et sa vie se résume en un tourbillon vain. Iris s'ennuie, rêve de devenir une autre. Joséphine est une littéraire, historienne spécialisée dans l'étude du XIIe siècle. Beaucoup moins belle, beaucoup moins à l'aise dans la vie. Mariée, elle a deux filles, vit en banlieue et se bat pour tenir debout. Un jour, à un dîner, Iris prétend qu'elle écrit. Entraînée par son mensonge, elle persuade sa soeur d'écrire un livre qu'elle signera, elle. Abandonnée par son mari, acculée par les dettes, Joséphine se soumet. Elle est habituée : depuis qu'elles sont enfants, Iris la magnifique la domine. Le destin de chaque soeur va basculer.
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— Ma petite Josiane, commença Henriette d’une voix hésitante, je voulais vous demander quelque chose, mais je voudrais que ça reste strictement entre nous, que mon mari ne l’apprenne pas. Il pourrait se vexer que je passe ainsi par-dessus lui pour une affaire touchant son business…

Henriette Grobz aimait saupoudrer ses phrases de mots anglais. Elle trouvait que cela sonnait chic.

— Vous savez, les hommes n’aiment pas qu’on soit plus clairvoyantes qu’eux et, là, il me semble bien que mon mari se soit fourvoyé et…

Elle cherchait ses mots. Ce ne doit pas être très clair dans sa tête, se dit Josiane, sinon elle ne ferait pas la gentille. Elle a un service à me demander et elle tourne autour du pot comme une poule aveugle.

— Vous gênez pas, dit Josiane en repérant la qualité du sac d’Henriette.

Sûr que c’est pas du plastique, ça. Elle n’achète que du croco, cette vieille bique ! Ça lui va bien, elle boufferait sa propre fille, s’il le fallait.

Henriette sortit une photo de son sac et la présenta à Josiane.

— Connaissez-vous cette femme ? L’avez-vous déjà vue au bureau ?

Josiane jeta un œil sur la belle jeune femme brune à la poitrine avantageuse qu’Henriette Grobz venait de lui mettre sous le nez et secoua la tête négativement.

— A priori, non… Jamais vue ici.

— Vous êtes sûre ? demanda Henriette. Regardez-la de plus près.

Josiane prit la photo entre ses mains et eut un choc. En effet, elle avait été un peu vite en besogne. À côté de la belle brune, un peu caché, se tenait Marcel, épanoui et béat, le bras passé autour de la taille de l’inconnue. Pas de doute ! C’était bien lui. Elle reconnut la chevalière de Marcel, cette bague qu’il s’était offerte pour fêter son premier milliard. Un monument de mauvais goût : énorme, avec un rubis planté au milieu d’un entrelacs doré qui dessinait ses initiales. Il en était très fier. Il la tripotait tout le temps, la faisait tourner. Il disait que ça l’aidait à réfléchir.

Henriette s’aperçut du changement d’attitude de Josiane et demanda :

— Ah ! Vous l’avez reconnue, n’est-ce pas.

— C’est que… Vous permettez que je fasse une photocopie ?

— Faites donc, ma petite… Mais ne la laissez pas traîner. Je sais que monsieur Grobz est à Shanghai, mais je ne voudrais pas qu’il tombe dessus à son retour.

Josiane se leva et alla poser la photo sous le couvercle de la photocopieuse. Profitant de ce qu’Henriette lui tournait le dos, elle retourna la photo et découvrit un cœur bien dessiné et, de l’écriture de Marcel, les mots « Natacha, Natacha, Natacha ». C’était bien lui. Elle n’avait pas la berlue. Elle bloqua sa salive et réfléchit rapidement. Il ne fallait pas qu’Henriette Grobz s’aperçoive de son trouble.

— Je vais aller voir dans le fichier parce que je crois avoir vu cette femme, une fois, dans ce bureau… Avec votre mari…

Henriette Grobz l’encourageait à parler avec des petits signes de la tête. Elle scandait chaque mot de Josiane en inclinant son chapeau.

— Son nom… Son nom… Je ne me souviens plus très bien… Il l’appelait Tacha, tacha quelque chose…

— Natacha ? Ce pourrait être ça ?

— Absolument ! Natacha…

— Son nom de famille, je ne l’ai pas. Mais j’ai bien peur que ce soit une espionne de la concurrence envoyée à monsieur Grobz pour le troubler et lui voler quelques secrets de fabrication. Il est si ballot, il se ferait avoir comme un gosse ! Une belle femme et il perd la tête !

C’est cela, pensa Josiane, maîtrisant sa colère, tu crèves de trouille qu’il te quitte avec cette pétasse et tu m’inventes une histoire d’espionne venue de l’Est ! Une rouleuse qui viendrait du froid !

— Écoutez, madame Grobz, je vais vérifier dans mon fichier et si je trouve un renseignement qui peut vous intéresser, je vous préviens…

— Merci, ma petite Josiane, vous êtes très aimable.

— C’est normal, madame, après tout je suis à votre service.

Josiane lui sourit de la manière la plus obséquieuse qui fût, et la raccompagna jusqu’à la porte.

— Dites-moi, ma petite Josiane, vous ne lui direz rien, c’est bien sûr ?

— Ne craignez rien… Je sais garder les secrets.

— Vous êtes très aimable.

Eh bien, je vais l’être un peu moins avec lui quand il reviendra, se promit Josiane en revenant s’asseoir. Il peut se pointer, la gueule enfarinée, tout frétillant, frais rincé de son jogging, il ne va pas être déçu, le roi de l’embrouille.

Elle planta la plume de son stylo sur le visage de la belle Natacha et lui creva les yeux.

— Arrête-toi là, ordonna Hortense en pointant du doigt l’angle de la rue.

— Si je veux…

— Tu veux qu’on continue à se voir ou pas ?

— T’es bête, je plaisantais…

— Si ma mère ou Zoé me voyait avec toi, ce serait la fin des petits pois.

— Mais elle me connaît pas, elle m’a jamais vu.

— Elle me connaît, moi. Elle aura vite fait le rapprochement. Elle est retardée mais elle sait additionner un et un.

Chaval se gara et coupa le contact. Il passa un bras autour des épaules d’Hortense et l’attira à lui.

— Embrasse-moi.

Elle lui donna un rapide baiser et chercha à ouvrir la portière.

— Mieux que ça !

— Qu’est-ce que t’es relou !

— Dis donc… Tu disais pas ça tout à l’heure quand tu faisais marcher ma carte bleue.

— C’était tout à l’heure.

Il glissa une main sous son tee-shirt, chercha à attraper un sein.

— Arrête, Chaval, arrête.

— J’ai un prénom, je te rappelle. Je déteste quand tu m’appelles Chaval.

— C’est ton nom… Tu l’aimes pas ?

— J’aimerais que tu sois un peu plus douce, un peu plus tendre…

— Désolée, mec, c’est pas mon truc.

— C’est quoi ton truc, Hortense ? Tu donnes rien, pas un gramme de ta petite personne…

— Si t’es pas content, on arrête. Je t’ai rien demandé, moi, c’est toi qui es venu me chercher ! Toi qui me suis partout comme un toutou !

Il enfouit son visage dans ses longs cheveux, respira l’odeur de sa peau, de son parfum, et murmura :

— Tu me rends fou ! C’est pas de ma faute. S’il te plaît, ne sois pas méchante… J’ai tellement envie de toi. Je te paierai tout ce que tu voudras.

Hortense leva les yeux au ciel. Qu’est-ce qu’il était pénible ! Il allait même arriver à la dégoûter du shopping !

— Il est sept heures et demie, il faut que je rentre.

— On se voit quand ?

— Sais pas. Je vais essayer de monter un bateau pour samedi soir, mais c’est pas dit que ça marche…

— J’ai deux invitations pour une soirée Galiano, vendredi soir… Ça te dit ?

— John Galiano ?

Hortense écarquillait des yeux grands comme des soucoupes de Martiens.

— Himself ! Si tu veux, je t’emmène.

— D’accord. J’inventerai un truc !

— Mais il faut que tu sois très très gentille avec moi…

Hortense soupira et s’étirant dans un mouvement de chatte lassée :

— Toujours des conditions ! Si tu crois que ça donne envie…

— Hortense, ça fait trois mois que tu me mènes en bateau. La patience a ses limites…

— Moi, je n’ai aucune limite, figure-toi ! C’est ce qui fait mon charme et c’est pour ça que tu t’intéresses à moi.

Chaval posa les mains sur le volant de son coupé Alfa Romeo et grogna :

— J’en ai marre que tu joue les vierges effarouchées.

— Je coucherai avec toi quand je l’aurai décidé et, pour le moment, il n’en est pas question. C’est clair ?

— Ça a le mérite d’être direct, au moins.

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