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Электронная книга - «Les yeux jaunes des crocodiles». Краткое содержание книги:

Deux soeurs. La quarantaine. Iris, belle, très belle, riche, élégante, parisienne. Autrefois étudiante brillante, elle s'est mariée, et sa vie se résume en un tourbillon vain. Iris s'ennuie, rêve de devenir une autre. Joséphine est une littéraire, historienne spécialisée dans l'étude du XIIe siècle. Beaucoup moins belle, beaucoup moins à l'aise dans la vie. Mariée, elle a deux filles, vit en banlieue et se bat pour tenir debout. Un jour, à un dîner, Iris prétend qu'elle écrit. Entraînée par son mensonge, elle persuade sa soeur d'écrire un livre qu'elle signera, elle. Abandonnée par son mari, acculée par les dettes, Joséphine se soumet. Elle est habituée : depuis qu'elles sont enfants, Iris la magnifique la domine. Le destin de chaque soeur va basculer.
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— À mon avis, non !

Zoé regarda sa mère qui n’avait rien dit.

— Mais c’est horrible, maman, c’est horrible. J’écrirai jamais de livre, moi, et j’irai jamais à la télé !

— Tu as raison, c’est horrible…, parvint à dire Joséphine avant de se précipiter dans les toilettes de Shirley pour vomir.

— Fin du film et suite au prochain numéro ! lança Shirley en éteignant la télé. Car, à mon avis, ça ne fait que commencer.

Ils entendirent la chasse d’eau se déclencher dans les toilettes et Joséphine revint, livide, en s’essuyant la bouche du revers de la main.

— Pourquoi elle est malade, maman ? chuchota Zoé à Shirley.

— C’est de voir ta tante se conduire comme ça ! Allez, vous mettez la table et je sors mon poulet de grain qui doit être en train de rissoler au four. Encore heureux qu’elle soit passée la première sinon il aurait été carbonisé.

Gary se leva le premier et ce fut un mètre quatre-vingt-douze qui se déplia d’un seul coup. Joséphine n’arrivait pas à s’habituer. Elle ne l’avait pas reconnu quand il était revenu en septembre. Elle l’avait aperçu de dos dans le hall de l’immeuble et avait pensé que c’était un nouveau locataire. Il avait encore grandi et dépassait sa mère d’une tête et demie. Il avait forci aussi. Ses épaules semblaient à l’étroit dans sa chemise à carreaux ouverte sur un tee-shirt noir où on pouvait lire « Fuck Bush ». Il n’avait plus rien de l’adolescent qu’elle avait quitté début juillet. Ses cheveux noirs mi-longs encadraient son visage et soulignaient le vert de ses yeux, ses dents blanches et bien alignées. Une barbe légère marquait son menton. Sa voix avait mué. Presque dix-sept ans ! Il était devenu un homme mais conservait encore, par moments, la grâce maladroite de l’adolescent qui surgissait dans un sourire, une manière d’enfoncer les mains dans ses poches ou de se dandiner d’un pied sur l’autre. Encore quelques mois, et il passera définitivement du côté des adultes, avait-elle pensé en le regardant évoluer. Il a une classe naturelle, se déplace avec élégance, il est, peut-être, vraiment « royal », après tout !

— Je ne sais pas si je vais pouvoir avaler quoi que ce soit, dit Joséphine, en se mettant à table.

Shirley se pencha à l’oreille de Jo et chuchota « reprends-toi, ils vont se demander pourquoi tu te mets dans cet état ! ».

Shirley avait parlé à Gary du secret de Joséphine. « Mais tu le dis à personne ! – Promis juré ! » avait-il répondu. Elle pouvait lui faire confiance : il savait tenir un secret.

Ils avaient passé un été magnifique, ensemble. Deux semaines à Londres et quatre semaines en Écosse, dans un manoir qu’un ami leur avait prêté. Ils avaient chassé, pêché, fait de grandes balades dans les collines vertes. Gary passait toutes ses soirées avec Emma, une jeune fille qui travaillait dans la journée au pub du village. Un soir, il était rentré et avait dit à sa mère « I did it » avec un sourire de fauve rassasié. Ils avaient trinqué à la nouvelle vie de Gary. « La première fois, avait dit Shirley, ce n’est jamais terrible mais après, tu vas voir, ça va devenir de mieux en mieux ! – C’était pas mal ! Depuis le temps que j’en mourais d’envie ! Tu sais, c’est drôle mais j’ai l’impression que je suis à égalité avec mon père maintenant. » Il avait failli ajouter : Parle-moi de lui, mais elle avait vu la question mourir sur ses lèvres. Tous les soirs il partait retrouver Emma qui habitait une petite chambre au-dessus de la taverne. Shirley allumait un feu dans la grande salle des armures et, recroquevillée sur le canapé placé face au feu, elle prenait un livre. Parfois, elle rejoignait l’homme. Il était venu passer deux ou trois week-ends avec elle. Ils se retrouvaient dans l’aile ouest du château, quand il faisait nuit. Il n’avait jamais croisé Gary.

Elle regarda Gary qui finissait de mettre la table. Elle surprit un regard d’Hortense sur lui et jubila. Ah ! il ne va plus être le jeune chien haletant qu’il était autrefois. Well done, my son !

Quelque chose a changé en Gary, se disait Hortense. Bien sûr, il a grandi, s’est développé, mais il y a autre chose. Comme s’il avait gagné une autonomie nouvelle. Comme s’il n’était plus à sa merci. Je n’aime pas que mes soupirants m’ignorent, pensa-t-elle en tripotant son portable enfoncé dans la poche de son jean.

Elle aussi elle a changé, pensa Shirley en la regardant. Elle était jolie, elle est devenue dangereuse. Elle diffuse une sensualité trouble. Il n’y a que Jo pour ne pas s’en apercevoir et la traiter encore en petite fille. Elle arrosa le poulet avec le jus du plat, constata qu’il était bien cuit, bien doré, et le déposa sur la table. Elle demanda qui voulait du blanc, qui voulait les cuisses. Les filles et Gary levèrent la main en réclamant du blanc.

— On se garde les cuisses pour nous ? dit Shirley à Jo qui considérait le poulet d’un air dégoûté.

— Je te donne ma part, dit Jo, repoussant son assiette.

— Maman, il faut que tu manges…, ordonna Zoé. Tu as beaucoup trop maigri, c’est pas joli, tu sais, tu n’as plus tes fossettes.

— T’as fait le régime de madame Barthillet ? demanda Shirley en servant les morceaux de blanc.

— J’ai travaillé en août et j’ai pas beaucoup mangé. Il a fait si chaud…

Et j’ai passé mon temps à guetter Luca à la bibliothèque, à me consumer d’attente, je ne pouvais plus rien avaler.

— Il est pas sorti un peu vite, ce livre ? demanda Shirley.

— L’éditeur a préféré tenter le coup pour la rentrée.

— C’est qu’il devait être bien sûr de lui.

— Ou d’elle ! Et la preuve : il a eu raison…, grommela Jo.

— Tu as des nouvelles des Barthillet ? demanda Shirley, soucieuse de changer de sujet de conversation.

— Aucune et je m’en porte très bien.

— Max n’est pas revenu au collège, soupira Zoé.

— C’est très bien. Il avait une très mauvaise influence sur toi.

— C’est pas un mauvais type, Jo, intervint Gary. Il est juste paumé… Faut dire qu’avec les parents qu’il se trimbale, il est pas gâté ! Maintenant, il s’occupe des brebis de son père. Il doit pas se marrer tous les jours. J’ai un pote qui le connaît bien et qui a eu des nouvelles. Il a arrêté l’école et s’est reconverti dans le fromage ! Good luck !

— Au moins, il bosse, dit Hortense. Ça devient rare aujourd’hui. Je me suis inscrite à l’option théâtre, moi ! Ça va m’aider pour me poser dans la vie…

— Comme si tu manquais d’assurance, pouffa Shirley. Moi, j’aurais plutôt pris des cours d’humilité.

— Très drôle, Shirley ! Tu me fais tordre de rire.

— Je te taquine, chérie…

— D’ailleurs, maman, il faudrait que je m’abonne à quelques journaux, que je sois au courant des dernières tendances. Hier, avec un ami, nous sommes allés chez Colette et c’était trop bien !

— Pas de problème, ma chérie. Je t’abonnerai… C’est quoi, « Colette » ?

— Un magasin hyper-branché ! J’ai vu une petite veste Prada trop mignonne. Un peu chère mais très belle… Évidemment, ici, je me ferais un peu remarquer mais quand nous habiterons Paris, ce sera parfait.

Shirley lâcha son os de poulet et se tourna vers Jo.

— Vous allez déménager ?

— Hortense en a très envie et…

— Moi je veux pas aller à Paris, grogna Zoé, mais moi on me demande pas mon avis !

— Tu partirais d’ici ? demanda Shirley.

— Ce n’est pas fait, Shirley. Faudrait que je gagne beaucoup d’argent…

— Ça risque d’arriver plus vite que tu ne crois, dit Shirley en jetant un coup d’œil à la télévision éteinte.

— Shirley ! protesta Joséphine pour la faire taire.

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