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Электронная книга - «Les yeux jaunes des crocodiles». Краткое содержание книги:

Deux soeurs. La quarantaine. Iris, belle, très belle, riche, élégante, parisienne. Autrefois étudiante brillante, elle s'est mariée, et sa vie se résume en un tourbillon vain. Iris s'ennuie, rêve de devenir une autre. Joséphine est une littéraire, historienne spécialisée dans l'étude du XIIe siècle. Beaucoup moins belle, beaucoup moins à l'aise dans la vie. Mariée, elle a deux filles, vit en banlieue et se bat pour tenir debout. Un jour, à un dîner, Iris prétend qu'elle écrit. Entraînée par son mensonge, elle persuade sa soeur d'écrire un livre qu'elle signera, elle. Abandonnée par son mari, acculée par les dettes, Joséphine se soumet. Elle est habituée : depuis qu'elles sont enfants, Iris la magnifique la domine. Le destin de chaque soeur va basculer.
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— Comment je vais faire tout ça ?

— Aucune idée. On a dit qu’on se répartissait les rôles. À ton tour !

Elle tentait de parler de manière désinvolte mais le cœur n’y était pas.

Le soir même, Philippe, Iris et Jo allèrent dîner au Cirro’s. Philippe gara sa grosse berline entre deux voitures sur le front de mer. Iris et Joséphine se tortillèrent pour en sortir. Iris effleura de la main la carrosserie d’une voiture rouge décapotable. Un homme brun, en veste de daim beige, à la fine moustache, rugit : « Faites attention ! C’est ma voiture ! »

Iris le toisa et ne répondit pas.

— Quel imbécile ! murmura-t-elle en s’éloignant. Pour un peu, il aurait fallu faire un constat. Ce que les hommes sont chatouilleux avec leur voiture ! Je te parie qu’il va dîner sur son capot pour que personne ne l’approche.

Elle s’éloigna en faisant claquer ses mules Prada et Joséphine la suivit en courbant le dos. Luca prenait le bus. Luca portait une vieille parka. Luca se rasait un jour sur trois. Luca ne rugissait pas. Il était revenu à la bibliothèque fin juin et ils avaient repris leurs longues pauses à la cafétéria.

« Que faites-vous cet été ? avait-il demandé en plongeant ses yeux tristes dans les siens. – Je vais chez ma sœur au mois de juillet, à Deauville. Au mois d’août, je ne sais pas. Les filles seront chez leur père… – Je vous attendrai alors. Je reste ici tout l’été. Je vais pouvoir travailler en paix. J’aime l’été à Paris. On se croirait dans une ville étrangère. Et puis, la bibliothèque est vide, on n’attend plus pour avoir les livres… »

Ils s’étaient donné rendez-vous début août et Joséphine était repartie, heureuse à l’idée de le revoir.

Iris commanda du champagne et leva le verre à la santé du livre.

— Ce soir, je me sens comme la marraine d’un bateau qui va s’élancer dans les flots, lâcha-t-elle, pompeuse. Je souhaite au livre longue vie et prospérité…

Philippe et Joséphine trinquèrent avec elle. Ils goûtèrent en silence leurs coupes de champagne rosé. Une légère buée glaçait le bord des verres, l’ourlant d’une couleur irisée. Le téléphone de Philippe sonna. Il regarda le numéro du perturbateur et déclara « je suis obligé de le prendre ». Il se leva et alla discuter sur les planches. Iris plongea alors la main dans son sac et en sortit une belle enveloppe blanche cartonnée.

— Pour toi, Jo. Pour que, pour toi aussi, ce soir soit une fête !

— Qu’est-ce que c’est ? demanda Joséphine, étonnée.

— Un petit cadeau… qui te rendra la vie plus légère !

Joséphine prit l’enveloppe, l’ouvrit, en sortit une carte gansée de rose où était écrit en lettres dorées de la grande écriture d’Iris : « Happy you ! Happy book ! Happy life ! » Un chèque était plié à l’intérieur de la carte. Vingt-cinq mille euros. Joséphine rougit et remit le tout dans l’enveloppe, mortifiée. Le prix de mon silence. Elle se mordit les lèvres pour ne pas pleurer.

Elle n’eut pas le cœur à balbutier un remerciement. Elle aperçut Philippe qui l’observait de loin ; il avait terminé sa conversation et revenait vers elles. Elle se força à sourire.

Iris s’était levée et faisait de grands gestes en direction d’une jeune fille qui se dirigeait vers une table au bord de la plage.

— Eh ! Mais c’est Hortense ! Qu’est-ce qu’elle fait là ?

— Hortense ? se reprit Joséphine.

— Mais oui… regarde.

Elle cria en direction d’Hortense. Hortense s’arrêta et vint vers eux.

— Qu’est-ce que tu fais là, ma chérie ? demanda Iris.

— J’étais venue vous faire un petit coucou ! Babette m’a dit que vous dîniez ici et je ne voulais pas rester seule avec les deux petits…

— Assieds-toi avec nous, dit Iris en lui montrant un fauteuil.

— Non, merci… Je vais aller retrouver mes copains qui sont au bar à côté.

Elle fit le tour de la table, embrassa sa tante, sa mère, son oncle et demanda à Joséphine :

— Tu me donnes la permission, maman chérie ? Tu es très en beauté, ce soir !

— Tu trouves ? dit Joséphine. Pourtant je n’ai rien de spécial. Si, j’ai couru ce matin, c’est peut-être ça…

— Ce doit être ça ! Allez… À tout à l’heure ! Amusez-vous bien.

Joséphine la regarda disparaître, intriguée. Elle me cache quelque chose. Ce n’est pas normal qu’Hortense me fasse un compliment.

— Allez, dit Philippe. À la santé du livre !

Ils reprirent leurs coupes. Le garçon apporta les cartes pour qu’ils commandent.

— Nous vous recommandons les écrevisses, ce soir, elles sont délicieuses…

— Au fait, demanda Philippe, il s’appelle comment ce livre ?

Joséphine et Iris se regardèrent, abasourdies. Elles n’avaient pas pensé au titre.

— Zut ! dit Jo. C’est vrai, ça, je n’ai pas pensé au titre !

— Pourtant, je t’ai consultée souvent ! la coupa Iris. Tu m’as toujours dit que tu étais très bonne pour les titres et tu ne m’en as pas trouvé un !

Elle tenta d’effacer la gaffe de Joséphine. Insista, dit :

— Depuis le temps que je t’ai passé le manuscrit en te suppliant de me faire des suggestions, et rien ! rien de rien ! Tu m’avais promis, Jo, ce n’est pas sympa !

Joséphine, le nez plongé dans la carte, n’osait regarder Philippe. Il la dévisageait sans rien dire, le regard lourd de colère. Cette scène lui rappelait une autre scène, il y a quinze ans. L’ambition est une passion dévastatrice, pensa-t-il. L’avare se repaît de son or, le débauché se repaît de chair, l’orgueilleux se bouffit de vanité, mais l’ambitieux qui n’a pas réussi, de quoi se nourrit-il si ce n’est de lui-même ? Il se ronge, il se détruit lentement, rien ne peut apaiser sa soif de briller, de réussir. Il est prêt à se vendre ou à s’emparer de l’âme et du talent des autres pour se hisser jusqu’au succès. Pour qu’enfin on l’applaudisse. Ce qu’elle ne parvenait pas à faire elle-même, Iris le faisait faire par les autres et endossait une gloire obtenue par procuration. Cela avait failli marcher une fois. Elle récidivait et, cette fois-ci, la victime était consentante. Son regard tomba sur Joséphine qui se dissimulait derrière la carte.

— Tu as la mauvaise carte, Jo. C’est celle des vins…

Elle bafouilla, murmura « je suis désolée, je me suis trompée ».

Philippe vint à son secours.

— Ce n’est pas grave ! On ne va pas gâcher ta fête, n’est-ce pas, ma chérie ? dit-il en se retournant vers Iris.

Il avait légèrement appuyé sur le « ta » puis sa voix était remontée en une douce ironie pour finir dans ce « ma chérie » suave et mordant.

— Allez, Jo, poursuivit-il, souris ! On le trouvera, ce titre.

Ils trinquèrent à nouveau pendant que le garçon revenait se placer à leurs côtés pour prendre la commande. Un léger vent s’était levé, les franges des parasols tremblaient, le sable se déplaçait en frissonnant. On respirait l’odeur de la mer que dissimulaient des bosquets de verdure plantés dans de grandes jardinières en bois blanc. Une fraîcheur subite descendit sur les épaules des dîneurs. Iris trembla et resserra son châle sur les épaules.

— On est venus pour faire la fête, non ? Alors au succès du livre et à notre succès à tous les trois !

Quatrième partie

— Qu’est-ce que vous faites que les autres ne font pas ?

— Je tète encore ma mère.

— Que manque-t-il à votre bonheur ?

— Un habit de carmélite.

— D’où venez-vous ?

— Je suis tombée du ciel.

— Êtes-vous heureuse ?

— Oui… pour quelqu’un qui veut se suicider tous les jours.

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