Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне

Электронная книга - «Les yeux jaunes des crocodiles». Краткое содержание книги:

Deux soeurs. La quarantaine. Iris, belle, très belle, riche, élégante, parisienne. Autrefois étudiante brillante, elle s'est mariée, et sa vie se résume en un tourbillon vain. Iris s'ennuie, rêve de devenir une autre. Joséphine est une littéraire, historienne spécialisée dans l'étude du XIIe siècle. Beaucoup moins belle, beaucoup moins à l'aise dans la vie. Mariée, elle a deux filles, vit en banlieue et se bat pour tenir debout. Un jour, à un dîner, Iris prétend qu'elle écrit. Entraînée par son mensonge, elle persuade sa soeur d'écrire un livre qu'elle signera, elle. Abandonnée par son mari, acculée par les dettes, Joséphine se soumet. Elle est habituée : depuis qu'elles sont enfants, Iris la magnifique la domine. Le destin de chaque soeur va basculer.
1 ... 96 97 98 99 100 101 102 103 104 ... 145
Перейти на страницу:

Iris avait commandé deux coupes de champagne. Une jeune femme en robe longue jouait de la harpe de ses longs doigts effilés.

— Qu’as-tu fait cette semaine à Paris ?

— J’ai bossé…

— Raconte-moi.

— Oh ! Iris, ce n’est pas intéressant et puis, quand je suis ici, je n’ai pas envie de parler de mes affaires.

Ils s’étaient installés au bord de la terrasse. Philippe observait un oiseau : il essayait de transporter un morceau de pain de mie qui avait dû tomber de l’assiette que le serveur avait déposée en apportant les coupes de champagne.

— Comment va le beau maître Bleuet ?

— Toujours aussi efficace.

Et de plus en plus imbu de lui-même ! L’autre jour, dans l’avion qui l’emmenait à New York en première classe, mécontent de la cuisson de son steak, il avait rédigé un message de récrimination qu’il avait placé dans l’enveloppe Air France, prévue pour les commentaires sur le voyage. Avant de refermer l’enveloppe, il avait joint sa carte de visite et… le steak ! Air France lui avait doublé ses miles.

— Ça t’ennuie si j’enlève ma veste et desserre ma cravate ?

Elle lui avait souri et lui avait donné une petite caresse de la main sur la joue. Une caresse qui dénotait une certaine habitude conjugale. De l’affection, de la tendresse certes, mais aussi une manière de le ravaler au rang d’enfant impatient. Il ne supportait pas qu’elle le traite en enfant. Oui, je sais, pensa-t-il, tu es belle, tu es magnifique, tu as les yeux les plus profondément bleus du monde, des yeux à exemplaire unique, un port de sultane anorexique, ta beauté n’est altérée par aucun souci, tu règnes, souveraine et sereine, sur mon amour et vérifies d’une petite tape de la main sur ma joue que je suis toujours ton obligé. Tout cela, autrefois, m’a ému, envoûté, je prenais ta condescendance affectueuse pour un gage d’amour mais, vois-tu, Iris, je m’ennuie maintenant avec toi, je m’ennuie parce que toute cette beauté repose sur des mensonges. Je t’ai connue à cause d’un mensonge et tu n’as cessé de me mentir depuis. J’ai cru, au début, que j’allais te changer mais tu ne changeras jamais car tu es satisfaite de ce que tu es.

Il eut un petit sourire en se mordant la lèvre et Iris se méprit.

— Tu ne me dis jamais rien…

— Que veux-tu que je te dise ? demanda-t-il en suivant le déhanchement de l’oiseau qui s’était emparé du morceau de pain et essayait de le placer dans son bec.

Iris lança un noyau d’olive sur l’oiseau qui tenta de s’envoler, tout en emportant son butin. Ses efforts pour décoller étaient risibles.

— Tu es méchante ! C’est peut-être le dîner de toute sa famille.

— C’est toi qui es méchant ! Tu ne me parles plus.

Elle se renfrogna, fit l’enfant, bouda mais il se détourna et ses yeux revinrent sur l’oiseau qui, constatant qu’il n’était plus assailli, avait déposé son fardeau et tâchait de le couper en deux en donnant des petits coups de bec. Philippe sourit, se détendit et étira les bras en poussant un soupir de soulagement.

— Ah ! Enfin loin de Paris !

Il l’observa du coin de l’œil : elle boudait toujours. Il connaissait cette attitude qui criait occupe-toi de moi, regarde-moi, je suis le centre de la Terre. Elle n’est plus le centre de la Terre. Je me suis lassé. Je me lasse de tout : de mes affaires, de mes collaborateurs, du mariage. Maître Bleuet m’a apporté une affaire formidable et je l’ai à peine écouté. Je n’aime plus le couple que nous formons. Ces derniers mois ont été particulièrement creux et vides. Est-ce moi qui ai changé ou bien est-ce elle ? Est-ce moi qui ne me contente plus des restes qu’elle veut bien m’accorder ? En tous les cas, force est de constater qu’il ne se passe plus rien. Et pourtant, ça dure. Nous passons l’été ensemble, en famille. Serons-nous encore ensemble l’été prochain ? Ou aurai-je tourné la page ? Je n’ai rien à lui reprocher, pourtant. Beaucoup d’hommes doivent m’envier. Certains mariages sécrètent un ennui si doux qu’il en devient anesthésiant. On reste parce qu’on n’a pas la force ni l’énergie de partir. Il y a quelques mois, je ne sais pas pourquoi, je me suis réveillé. À cause de ma rencontre avec John Goodfellow ? Ou l’ai-je rencontré parce que justement je m’étais réveillé ?

L’oiseau avait réussi à scinder son repas en deux et s’envola si vite que bientôt il disparut dans le bleu du ciel. Philippe regarda la moitié laissée à terre : il reviendra, il reviendra, on revient toujours vers son butin.

— Papa ! Papa ! Tu me feras conduire aujourd’hui ? hurla Alexandre en apercevant son père sur la terrasse.

— Promis, mon fils ! On y va quand tu veux…

— Et on emmène Zoé ! Elle veut pas croire que je sais conduire…

— Demande à Jo si elle est d’accord.

Alexandre retourna dans la cuisine et demanda l’autorisation à Joséphine qui la donna avec joie. Depuis qu’elle n’était plus en permanence avec Max, Zoé était redevenue la petite fille d’avant. Elle était retombée dans son âge, ne parlait plus de maquillage ni de garçons. Elle avait repris ses anciennes habitudes avec Alexandre ; ils avaient mis au point un langage secret qui n’était secret que pour eux. The dog is barking signifiait attention danger, the dog is sleeping, tout va bien, the dog is running away, et si on allait se promener ? Les parents faisaient semblant de ne pas comprendre et les enfants prenaient un air mystérieux.

Joséphine avait reçu une carte postale de madame Barthillet. Alberto lui avait trouvé un meublé rue des Martyrs, non loin de son entreprise. Elle lui donnait sa nouvelle adresse. « Tout va bien. Il fait beau. Max passe l’été chez son père qui fait du fromage de chèvre dans le Massif central avec sa copine. Il aime beaucoup travailler avec les bêtes et son père parle de le garder ce qui m’arrangerait bien. Je vous souhaite le meilleur, Christine Barthillet. »

— On est quel jour aujourd’hui ? demanda Joséphine à Babette qui entrait dans la cuisine.

— Le 11 juillet… C’est pas encore le jour de faire péter les pétards !

« Il est un peu tôt pour faire péter les pétards. » Dans deux jours, ce serait l’anniversaire de la mort de son père. Elle n’oubliait jamais cette date.

— Qu’est-ce qu’on fait pour le déjeuner ? Vous avez une idée ? demanda Babette.

— Aucune… Vous voulez que j’aille au marché ?

— Non. Je vais y aller, je suis habituée… C’était juste pour savoir s’il y avait un truc qui vous ferait plaisir.

Carmen prenait ses vacances en juillet. À Paris. Elle s’occupait de sa vieille mère, une duègne irascible qui souffrait d’emphysème mais avait toute sa tête. Elle avait réduit sa fille en esclavage, l’avait empêchée de faire sa vie. Joséphine était plus à l’aise avec Babette. Carmen l’intimidait. Ses manières de gouvernante stylée la paralysaient. Elle avait toujours l’impression d’avoir le dos rond ou un doigt dans le nez, en sa présence.

— Vous êtes gentille, Babette… Comment va votre fille ?

— Marilyn ? Ça va. Elle finit un diplôme pour être secrétaire de direction. Elle a du plomb dans la cervelle, elle. C’est pas comme moi !

— Vous êtes fière d’elle…

— J’en reviens pas d’avoir une gosse intelligente ! Et gentille ! J’ai tiré le bon numéro. On sait jamais avant de les avoir, hein ?

Elle avait ouvert le frigidaire et faisait le point sur ce qu’il manquait. Elle revint s’asseoir pour faire une liste des courses, chercha un crayon, tâtonna parmi les objets posés sur la table, se souvint soudain qu’elle en avait un pour tenir ses cheveux et le prit en éclatant de rire.

— Ce que je peux être gourde ! J’oublie tout. Tiens, ça me fait penser : j’ai trouvé ça dans la poche de jean de votre fille. Il a failli passer à la machine !

1 ... 96 97 98 99 100 101 102 103 104 ... 145
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)