Les yeux jaunes des crocodiles
- Автор: Pancol Katherine
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Les yeux jaunes des crocodiles». Краткое содержание книги:
— Tu demanderas quoi ?
— Tout un attirail pour me faire belle. Comme Hortense.
— Mais t’es belle déjà !
— Non, pas comme Hortense…
— T’as pas de personnalité ! Tu veux tout faire comme Hortense.
— Et toi, t’as pas de personnalité, tu fais tout comme ton père ! Tu crois que j’ai pas remarqué ?
Ils se séparèrent, vexés, et Zoé alla retrouver Max qui était tombé en arrêt devant une femme nue de Renoir.
— La meuf à oilpé ! Savais pas qu’ils avaient des trucs comme ça dans les musées.
Zoé gloussa et le poussa du coude.
— Dis pas ça à ma tante, elle va tourner de l’œil.
— Je m’en fous. J’ai marqué trois tableaux déjà !
— T’as marqué où ?
— Là…
Il lui montra la paume de sa main où il avait noté trois tableaux de Renoir.
— Tu peux pas choisir trois fois le même peintre, tu triches.
— Moi, j’aime bien ses gonzesses à ce mec-là. Elles sont confortables et elles ont l’air gentilles et heureuses de vivre.
Pendant le déjeuner, Iris eut beaucoup de mal à faire parler Max.
— Tu n’as vraiment pas beaucoup de vocabulaire, mon chéri, ne put-elle s’empêcher de dire. Ce n’est pas de ta faute, note, c’est une histoire d’éducation !
— Ouais… mais je sais des choses que vous savez pas, moi ! Des choses où on n’a pas besoin de vocabulaire. Ça sert à quoi le vocabulaire ?
— Ça sert à t’aider dans ta pensée. À mettre des mots sur des émotions, des sensations… Tu clarifies ta tête en sachant mettre le bon mot sur la bonne chose. Et en te clarifiant la tête, tu te fais une personnalité, tu apprends à penser, tu deviens quelqu’un.
— Mais j’ai pas peur, moi ! On me respecte, moi ! On me marche pas sur les pieds, moi !
— Ce n’est pas ce que je voulais dire…, commença Iris qui décida d’abandonner la conversation.
Il y avait un fossé entre ce garçon et elle et elle n’était pas sûre de vouloir le combler. Pour ne pas faire de jaloux, elle décida d’accorder aux trois gamins le choix d’un cadeau et ils partirent dans le Marais regarder les boutiques. Vivement que cette corvée finisse, que Jo termine le livre, que je le porte à Serrurier et qu’on se retrouve, en famille, à Deauville. On attendra ensemble qu’il l’ait lu et qu’il donne son avis. Là-bas, il y aura Carmen ou Babette et je n’aurai pas à supporter l’humeur de ces gamins tous les jours. Elle avait réussi à convaincre Joséphine de passer le mois de juillet avec eux. « S’il y a des modifications à faire, tu seras sur place, ce sera plus pratique. » Joséphine avait accepté, de mauvaise grâce. « Tu n’aimes pas notre maison ?
— Si, si, avait répondu Joséphine, c’est juste que j’aimerais bien ne pas passer toutes mes vacances avec vous. J’ai l’impression d’être une enfant attardée. »
En déambulant dans les rues du Marais, Zoé, prise de remords, se rapprocha à nouveau d’Alexandre et glissa sa main dans la sienne.
— Qu’est-ce que tu veux ? bougonna Alexandre.
— Je vais te dire un secret…
— Je m’en fiche, de tes secrets !
— Non mais celui-là, c’est un énorme secret.
Alexandre faiblit. Il était triste de devoir partager sa cousine avec ce Max Barthillet qu’on lui imposait à chaque sortie. Je peux pas le saquer, celui-là, en plus il fait comme si j’existais pas ! Tout ça parce qu’il vit en banlieue et moi, à Paris. Il me prend pour un petit bourge et il me méprise. C’était bien mieux quand j’avais Zoé pour moi tout seul.
— C’est quoi ton secret ?
— Ah, tu vois que ça t’intéresse ! Mais tu le dis à personne, promis, juré ?
— D’accord…
— Alors voilà… Gary, le fils de Shirley, c’est un « royal ».
Zoé raconta tout : la soirée devant la télé, les photos sur Internet, William, Harry, Diana, le prince Charles. Alexandre haussa les épaules en disant que c’était du bidon.
— Pas du bidon, du vrai, Alex, je te jure ! D’ailleurs, rien que pour te prouver que c’est la vérité : Hortense y croit. Elle est devenue toute gentille avec Gary maintenant. Elle lui parle plus de haut, elle le considère… Avant, elle le photographiait même pas !
— Tu parles aussi mal que lui, maintenant…
— C’est pas beau d’être jaloux.
— C’est pas beau de raconter des mensonges.
— Mais c’est pas des mensonges, hurla Zoé, c’est la vérité…
Elle alla chercher Max et lui demanda de témoigner. Max assura à Alexandre que tout était vrai.
— Mais lui, Gary, qu’est-ce qu’il dit ? demanda Alexandre.
— Il dit rien… Il dit qu’on s’est trompés. Il dit comme sa mère, qu’il a un sosie, mais nous, on y croit pas au coup du sosie, hein, Max ?
Max opina, sérieux.
— Et toi, tu crois que c’est vrai ? demanda Alexandre à Max.
— Ben oui… puisque je les ai vus. À la télé et sur Internet. J’ai peut-être pas de vocabulaire mais j’ai des yeux !
Alexandre sourit.
— Elle t’a vexé, ma mère ?
— Ben oui, grave… C’est pas parce qu’elle pète dans le blé qu’il faut tacler ceux qui n’en ont pas !
— Ça, c’est sûr. C’est pas de ta faute.
— C’est pas la faute de ma mère, non plus. Elle me gave avec ses discours de bourgeoise ! Bouffonne !
— Hé ! T’arrêtes, parce que c’est ma mère…
— Oh ! Vous allez pas vous disputer… Allez, faites la paix !
Alexandre et Max se donnèrent une bourrade. Ils marchèrent un moment tous les trois. Iris les héla en leur demandant de l’attendre, elle avait vu un chemisier en vitrine. Ils s’arrêtèrent et Max demanda à Alexandre :
— T’as quoi comme portable, toi ?
Alexandre sortit son portable et Max poussa un cri.
— Le même que moi, mec ! Le même ! Et comme sonnerie ?
— J’en ai plusieurs. Ça dépend qui m’appelle…
— Tu me les fais écouter ? On pourrait s’en échanger…
Les deux garçons se mirent à faire sonner leurs portables, laissant Zoé de côté.
— Moi, je sais ce que je veux, marmonna Zoé. Je veux un portable. J’irai au marché aux voleurs à Colombes et j’en volerai un !
Joséphine se réveilla la première et descendit préparer son petit-déjeuner. Elle appréciait ces matins où elle était seule dans la grande cuisine dont la baie vitrée donnait sur la plage. Elle glissait les tartines dans le toasteur, faisait chauffer l’eau du thé, sortait le beurre salé et les confitures. Parfois elle se faisait cuire un œuf sur le plat avec une saucisse ou du bacon. Elle déjeunait en regardant la mer.
Ses personnages lui manquaient. Florine, Guillaume, Thibaut, Baudouin, Guibert, Tancrède, Isabeau et les autres. J’ai été injuste avec ce pauvre Baudouin. À peine était-il entré en scène que je l’ai exécuté. Tout ça parce que j’étais en colère contre Shirley. Guibert la faisait frissonner. Elle était comme Florine : subjuguée. Parfois, la nuit, elle rêvait qu’il venait l’embrasser, elle sentait son odeur, ses lèvres chaudes et douces sur les siennes, elle répondait à son baiser et il posait un poignard sur sa gorge. Elle se réveillait en frissonnant. Les hommes étaient si violents à l’époque ! Elle se souvenait d’une scène qu’elle avait lue dans un manuscrit ancien. Un mari qui assiste à l’accouchement de sa femme. « Plus de cent kilos de chair, de sang et d’irascibilité. Dans une main un long et gros tisonnier, dans l’autre une cafetière énorme plein de liquide bouillant. Le bébé était un garçon et le père se décrispa, il se mit à pleurer, à prier et à rire. » Les femmes n’étaient bonnes qu’à enfanter. Isabeau chante une comptine qui en dit long : « Ma mère prétend qu’elle m’a donnée à un homme de cœur. Quel cœur est-ce donc là ? Il m’enfonce son dard dans le ventre et me bat comme sa mule. » Elle avait rendu son manuscrit à Iris qui l’avait porté à Serrurier. Chaque fois que le téléphone sonnait, les deux sœurs sursautaient.