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Электронная книга - «Les yeux jaunes des crocodiles». Краткое содержание книги:

Deux soeurs. La quarantaine. Iris, belle, très belle, riche, élégante, parisienne. Autrefois étudiante brillante, elle s'est mariée, et sa vie se résume en un tourbillon vain. Iris s'ennuie, rêve de devenir une autre. Joséphine est une littéraire, historienne spécialisée dans l'étude du XIIe siècle. Beaucoup moins belle, beaucoup moins à l'aise dans la vie. Mariée, elle a deux filles, vit en banlieue et se bat pour tenir debout. Un jour, à un dîner, Iris prétend qu'elle écrit. Entraînée par son mensonge, elle persuade sa soeur d'écrire un livre qu'elle signera, elle. Abandonnée par son mari, acculée par les dettes, Joséphine se soumet. Elle est habituée : depuis qu'elles sont enfants, Iris la magnifique la domine. Le destin de chaque soeur va basculer.
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— Oh ben alors…, grogna Christine Barthillet. Si on peut plus discuter.

— Vous devriez chercher du travail, vous lever le matin, vous habiller, vous occuper de votre fils et me donner un coup de main. Ça ne vous est jamais venu à l’idée, ça ?

— Je croyais que vous aimiez bien vous occuper des gens. Je vous laissais faire…

Joséphine se reprit et, posant les coudes sur la table comme si elle s’installait pour mener des négociations, elle poursuivit :

— Écoutez… Je suis débordée de travail, je n’ai pas que ça à faire. Nous sommes le 10 juin, je veux qu’à la fin du mois vous soyez partie. Avec ou sans Alberto ! Je veux bien, parce que je suis bonne poire, garder Max le temps que vous trouviez une vraie solution mais je ne veux plus jamais, vous m’entendez, plus jamais m’occuper de vous.

— Je crois que j’ai compris…, murmura Christine Barthillet en poussant un soupir d’incomprise.

— Eh bien, c’est tant mieux parce que je n’étais pas prête à vous faire un dessin ! La gentillesse a ses limites et là, franchement, je crois que j’ai atteint les miennes…

Josiane vit arriver la petite Cortès. Ponctuelle comme chaque matin. Elle entrait dans l’entreprise de sa démarche balancée, une hanche à droite, une hanche à gauche, se déplaçant avec l’élégance et l’allure d’une gravure de mode. Chaque geste était juste mais étudié. Elle disait bonjour à chaque employé, souriait, prenait un air attentif et se souvenait de tous leurs noms. Chaque jour, un détail vestimentaire changeait mais, chaque jour, on ne pouvait qu’admirer ses longues jambes, sa taille fine, ses seins haut placés comme si elle avait appris à mettre chaque partie de son corps en valeur sans qu’on puisse l’accuser de le faire exprès. Pour travailler, elle attachait ses longs cheveux auburn et les lâchait d’un geste théâtral quand la journée était finie, plaçant des mèches derrière ses oreilles pour qu’on remarque l’ovale gracieux de son visage, l’éclat nacré de sa peau et la délicatesse de ses traits. Mais elle travaillait ! On peut pas dire qu’elle vole son pain, celle-là, c’est sûr. Ginette l’avait prise sous son aile et lui avait montré la gestion des stocks. La petite savait se servir d’un ordinateur et elle avait vite compris. Elle avait envie de passer à autre chose et tournait autour de Josiane.

— Qui s’occupe des achats ici ? lui demanda-t-elle avec un grand sourire que démentait l’éclat métallique de son regard.

— Chaval, répondit Josiane en s’éventant.

Il faisait une chaleur étouffante et Marcel n’avait pas encore fait installer de climatiseur dans les bureaux. Ça va me bloquer l’ovulation, cette chaleur !

— Je crois que je vais aller travailler avec lui… Les stocks, j’ai compris, c’est pas passionnant, j’aimerais bien apprendre autre chose.

Et toujours ce sourire artificiel qui me prend pour une bernique ! râla Josiane. Même Ginette et René n’y voient que du feu. Quant aux manutentionnaires, leurs langues raclent le béton de convoitise.

— T’as qu’à lui demander… Je suis sûre qu’il sera enchanté d’avoir une stagiaire comme toi.

— Parce que moi, ce qui m’intéresse, c’est de connaître les goûts des gens, et de les façonner. On peut vendre pas cher et vendre du beau !

— Parce que c’est moche ce qu’on vend ici ? ne put s’empêcher de demander Josiane, irritée par la condescendance de la gamine.

— Oh mais non, Josiane… j’ai pas dit ça.

— Non, mais tu l’as laissé entendre ! Va voir Chaval… Il te prendra sûrement mais dépêche-toi, il part à la fin du mois. Son bureau est à l’étage du dessus.

Hortense la remercia en lui décochant un nouveau sourire tout aussi fabriqué qui laissa Josiane de glace. Ça va être intéressant le choc entre ces deux-là ! pensa-t-elle. Je me demande qui va manger l’autre.

Elle regarda par la fenêtre pour voir si la voiture de Chaval était dans la cour. Elle y était. Garée comme un mercredi, en plein milieu ! Les autres n’avaient qu’à se débrouiller pour se trouver une place.

Le voyant du téléphone s’alluma et elle décrocha. C’était Henriette Grobz qui cherchait son mari.

— Il n’est pas encore arrivé, répondit Josiane. Il avait un rendez-vous aux Batignolles et devrait être là vers dix heures…

En fait, il faisait son jogging comme tous les matins. Il arrivait trempé de sueur au bureau, prenait une douche chez René, avalait ses vitamines, se changeait et attaquait la journée avec l’énergie d’un jeune homme.

Henriette Grobz grommela qu’il la rappelle dès qu’il serait arrivé. Josiane promit de lui faire la commission. Henriette raccrocha sans dire au revoir ni merci et Josiane eut un pincement au cœur. Elle aurait dû être habituée après toutes ces années mais elle ne s’y faisait pas. Il y a des petites humiliations qui vous marquent plus sûrement qu’une grande baffe dans la gueule et elle, elle me fait des pinçons depuis trop longtemps. Ah ! tout ça va changer bientôt et alors… Alors, rien du tout, se reprit-elle, je m’en fous du Cure-dents, elle aura fait son malheur toute seule.

Pendant qu’Hortense faisait ses armes dans l’entreprise de Chef, Zoé, Alexandre et Max traînaient dans les salles du musée d’Orsay. Iris les y avait emmenés, de bon matin, espérant que les chefs-d’œuvre impressionnistes auraient raison de la turbulence des enfants. Elle ne supportait plus le Jardin d’Acclimatation, les queues devant les attractions, les cris, la poussière, les peluches minables qu’il fallait trimbaler parce qu’ils les avaient gagnées et les exhibaient comme des trophées. Il est temps que Jo termine et que je retrouve ma vie d’avant. Je n’en peux plus de ces ados en chaleur ! Alexandre, passe encore, mais les deux autres ! Qu’est-ce qu’ils sont mal élevés ! La petite Zoé, autrefois charmante, est devenue un monstre. Ce doit être l’influence de Max. Après la visite du musée, elle les emmènerait déjeuner au café Marly et les interrogerait sur ce qu’ils avaient vu. Elle leur avait demandé de choisir chacun trois tableaux et d’en parler. Celui qui s’exprimerait le mieux aurait droit à un cadeau. Comme ça, je pourrai, moi aussi, faire un peu de shopping. Ça me détendra. C’est Philippe qui avait eu l’idée du musée. Hier soir, en se couchant, il lui avait dit : « Pourquoi tu ne les emmènes pas à Orsay, j’y suis allé avec Alexandre et il a beaucoup apprécié. » Un peu plus tard, avant d’éteindre, il avait ajouté : « Et ton livre à toi, il avance ?

— À pas de géant.

— Tu me le feras lire ?

— Promis, dès que j’aurai fini.

— Eh bien ! Finis-le vite comme ça j’aurai de la lecture, cet été. »

Elle avait cru déceler une pointe d’ironie dans la voix de Philippe.

En attendant, ils déambulaient dans les salles du musée d’Orsay. Alexandre regardait les tableaux, avançant, reculant, pour se faire une idée, Max traînait les pieds en raclant la pointe de ses baskets sur le parquet et Zoé hésitait entre imiter son copain ou son cousin.

— Depuis que Max habite chez vous, tu me parles plus, se plaignit Alexandre à Zoé qui était venue se placer à ses côtés alors qu’il regardait une toile de Manet.

— C’est pas vrai… Je t’aime tout pareil.

— Non. T’as changé… J’aime pas ce vert que tu mets sur tes yeux… Je trouve ça vulgaire. Ça te vieillit. C’est consternant !

— Tu choisis quoi comme toiles ?

— Je sais pas encore…

— Moi, j’aimerais bien gagner. Je sais ce que je demanderai comme cadeau à ta mère !

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