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Электронная книга - «Les yeux jaunes des crocodiles». Краткое содержание книги:

Deux soeurs. La quarantaine. Iris, belle, très belle, riche, élégante, parisienne. Autrefois étudiante brillante, elle s'est mariée, et sa vie se résume en un tourbillon vain. Iris s'ennuie, rêve de devenir une autre. Joséphine est une littéraire, historienne spécialisée dans l'étude du XIIe siècle. Beaucoup moins belle, beaucoup moins à l'aise dans la vie. Mariée, elle a deux filles, vit en banlieue et se bat pour tenir debout. Un jour, à un dîner, Iris prétend qu'elle écrit. Entraînée par son mensonge, elle persuade sa soeur d'écrire un livre qu'elle signera, elle. Abandonnée par son mari, acculée par les dettes, Joséphine se soumet. Elle est habituée : depuis qu'elles sont enfants, Iris la magnifique la domine. Le destin de chaque soeur va basculer.
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Pendant que je faisais grève, j’ai donné un coup de main à Mylène. C’est une fille bien, tu sais. Et pleine de ressources. Elle se tue à la tâche, travaille douze heures d’affilée tous les jours, même le dimanche ! Sa boutique ne désemplit pas. Elle gagne un fric fou. L’ouverture a été un triomphe et, depuis, le succès ne s’est pas ralenti. Les Chinoises claquent tout leur argent pour devenir aussi belles que les Occidentales. Elle fait des soins et vend des produits de maquillage. Elle a dû aller deux fois en France pour se ravitailler. Pendant qu’elle était absente, j’ai tenu la boutique et, ma foi, cela m’a donné des idées. Attends-toi à ce que je devienne riche et important, quitte, s’il le faut, à aller vivre en Chine ! Car il est évident que si les Chinois nous inondent de produits fabriqués à bas prix, on peut leur clouer le bec en leur vendant notre savoir-faire !

Ça y est ! se dit Joséphine, catastrophée. Il voit encore trop grand, trop rapidement. Il n’a rien compris.

Je ne bois presque plus. Juste un whisky le soir quand le soleil se couche. Mais c’est tout, je te le promets… Bref, je suis un homme heureux et je touche enfin au but ! Je pense d’ailleurs que nous allons devoir divorcer. Ce serait plus pratique si je dois me lancer dans de nouvelles activités…

Divorcer ! Le mot porta un coup à Joséphine. Divorcer… Elle n’y avait jamais pensé. « Mais tu es mon mari, dit-elle à haute voix en regardant l’écran. On s’est engagés pour le meilleur et pour le pire. »

Je parle aux filles régulièrement et elles ont l’air d’aller très bien. Je suis très content. J’espère que les Barthillet sont enfin partis et que tu vas cesser de jouer les saint-bernards ! Ces gens-là sont des parasites de la société. Et de très mauvais exemples pour nos filles…

Mais pour qui se prend-il ? Parce que sa copine fait fortune avec des points noirs et des fonds de teint, il me fait la leçon !

Il faudra qu’on discute des vacances de cet été. Je ne sais pas encore comment je vais m’organiser. Je ne pense pas pouvoir m’éloigner des crocodiles. Je devrais avoir mes premières portées. Dis-moi ce que tu as prévu et je m’alignerai. Je t’embrasse fort, Antoine.

P-S : Maintenant que je gagne de l’argent, je vais pouvoir payer mon emprunt. Tu n’as plus de souci à te faire. Je vais appeler Faugeron. Il va falloir qu’il me parle sur un autre ton, celui-là !

P-S : Hier, à la télé, j’ai découvert que je pouvais suivre « Questions pour un champion » ! C’est retransmis avec un jour de décalage ! C’est pas génial ?

Joséphine haussa les épaules. La lecture du mail d’Antoine avait fait naître des sentiments si contradictoires qu’elle demeura bête devant son écran.

Elle regarda l’heure. Iris rentrerait avec les enfants. Madame Barthillet reviendrait de son rendez-vous avec Alberto. Hortense de sa journée de travail chez Chef. Fini la tranquillité ! Demain, elle recommencerait. Elle avait hâte de recommencer.

Elle ferma l’ordinateur et se leva pour préparer le dîner. Le téléphone sonna. C’était Hortense.

— Je vais rentrer un peu tard. Il y a un pot organisé à l’atelier…

— Qu’est-ce que tu appelles « un peu tard » ?

— Je ne sais pas… Ne m’attendez pas pour dîner. Je n’aurai pas faim.

— Hortense, comment vas-tu rentrer ?

— On me raccompagnera.

— C’est qui, « on » ?

— Je ne sais pas. Je trouverai bien quelqu’un ! Ma petite maman chérie, s’il te plaît… Ne me gâche pas ma joie ! Je suis si contente de travailler et tout le monde paraît enchanté de moi. On m’a fait plein de compliments.

Joséphine regarda sa montre. Il était sept heures du soir.

— D’accord, mais tu ne rentres pas après…

Elle hésita. C’était la première fois que sa fille lui demandait l’autorisation de sortir, elle ne savait pas ce qu’il convenait de dire.

— Dix heures ? D’accord, maman chérie, je serai là à dix heures, ne te fais pas de souci… Tu vois, si j’avais un portable, ce serait plus pratique. Tu pourrais me joindre tout le temps et tu serais rassurée. Enfin…

Sa voix était retombée et Joséphine pouvait imaginer la moue qu’elle faisait. Hortense raccrocha. Joséphine resta abasourdie. Téléphoner à Chef pour lui demander de veiller à mettre Hortense dans un taxi ? Hortense serait furieuse qu’elle fasse le gendarme derrière son dos. De plus, elle n’avait plus parlé à Chef depuis la brouille avec sa mère…

Elle demeura près du téléphone en se mordant les doigts. Elle sentait un nouveau danger se profiler : gérer la liberté d’Hortense. Elle esquissa un petit sourire ; deux mots qui n’allaient vraiment pas ensemble, « gérer » et « Hortense ». Elle n’avait jamais su « gérer » Hortense. Elle était toujours étonnée quand sa fille lui obéissait.

Elle entendit une clé tourner dans la serrure de la porte d’entrée, madame Barthillet entra dans la cuisine et se laissa tomber sur une chaise.

— Ça y est !

— Ça y est quoi ?

— Il s’appelle Alberto Modesto et il a un pied bot.

— C’est joli, Alberto Modesto…

— Oui mais un pied bot, c’est pas joli du tout. C’est bien ma chance ! Je tombe sur un infirme.

— Enfin, Christine, ce n’est pas grave !

— C’est pas vous qui serez obligée de marcher dans la rue à côté d’une chaussure géante ! Je vais avoir l’air de quoi, moi ?

Joséphine la considéra, stupéfaite.

— Et encore, je m’en suis aperçue parce que j’ai rusé ! Sinon il m’aurait encore flouée. Quand je suis arrivée au café, il était là, tout bien habillé, tout bien parfumé, assis sur sa chaise, le col de sa chemise ouverte et un petit paquet-cadeau… Tenez !

Elle tendit sa main, exhibant ce qui ressemblait à un petit diamant à son annulaire.

— On s’embrasse, il me fait des compliments sur ma tenue, il commande une menthe à l’eau pour lui et un café pour moi et on parle, et on parle… Il dit qu’il s’attache de plus en plus à moi, qu’il a bien réfléchi, qu’il va me louer cet appartement dont j’ai tant besoin. Alors je l’embrasse comme du bon pain, je me pends à son cou, je gigote, bref, je me rends ridicule ! Lui, il boit du petit-lait et il ne me propose toujours pas d’aller à l’hôtel. Le temps passe, je commence à me dire que c’est pas normal et je prétexte un rendez-vous pour lever le camp. Là, Alberto me baise la main et me dit la prochaine fois, on achète le journal et on fait les petites annonces ensemble. Je me lève et je vais me poster au coin de la rue en attendant qu’il décanille. C’est comme ça que je l’ai vu passer. Avec son pied bot ! On dirait qu’il a le pied pris dans une boîte à outils ! Il boite, madame Joséphine, il boite ! Il est tout de travers !

— Et alors ? Il a le droit de vivre, non ?

Joséphine avait rugi son dégoût.

— Il a le droit d’avoir un pied bot puisque vous avez le droit de l’escroquer.

Christine Barthillet écoutait Joséphine, bouche bée.

— Ben, madame Joséphine… Faut pas vous mettre en colère.

— Vous voulez que je vous dise : vous me dégoûtez ! Si ce n’était pas pour Max, je vous mettrais à la porte ! Vous habitez chez moi, vous ne faites rien, absolument rien, vous passez votre temps à roucouler sur Internet ou à mâcher du chewing-gum devant la télé et vous râlez parce que votre amoureux n’est pas conforme à l’idée que vous vous en faisiez. Vous êtes lamentable… Vous n’avez ni cœur ni dignité.

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