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Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem

Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem». Краткое содержание книги:

Ce roman met en scène les tentatives criminelles des Habits Noirs (que couvre Lecoq, alors devenu chef de la Sûreté) contre la famille de Champmas, et contre la richissime mais avare paysanne Mathurine Goret. L'appât, dans les deux cas, est le «faux Louis XVII», rôle rempli parmi les Habits noirs par plusieurs personnages successifs. Celui-ci, qu'on appelle aussi M. Nicolas, séduit d'abord Ysole de Champmas, fille bâtarde du général de Champmas, et se sert de sa complicité inconsciente pour tenter de tuer sa soeur légitime, Suavita…
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Au premier moment, au jet de flamme qui avait illuminé les yeux de l’enfant, quand il avait prononcé le nom de Paul, le général se sentit le cœur serré. Il crut, à tout le moins, à une partie des accusations de la lettre anonyme; mais il y a dans l’innocence du cœur, encore plus que dans la virginité du corps, un éclat qui témoigne hautement et qui éblouit comme l’évidence.

Suavita, cette pure enfant, ne pouvait défendre Paul Labre qu’elle ne savait pas encore accusé; mais la limpidité immaculée de son regard valait tous les plaidoyers du monde.

Ce jeune, ce doux regard parla, quand elle connut l’accusation portée contre son ami.

Ce fut une scène étrange et qui serait curieuse à raconter que l’interrogatoire de Blondette, heureuse d’abord entre les bras de son père retrouvé, puis indignée et révoltée, puis hautaine et dédaignant presque de répondre aux questions qui lui semblaient offenser Paul.

Bien que le général ne fût point, comme ce dernier, habitué à traduire les signes de la fillette, il y avait dans ses grands yeux une éloquence tellement irrésistible, une si vive expression dans ses gestes que cette explication muette avait fait déjà tomber bien des doutes.

Après une heure de pantomime, entrecoupée de colères et de caresses, le général sut une grande partie de ce qu’il voulait savoir.

Blondette, en quelque sorte, lui raconta son histoire.

Le comte de Champmas vit successivement, dans ce récit figuré, sa chère petite fille bâillonnée, empaquetée, lancée à l’eau d’un endroit fort élevé, gelée par le froid, paralysée par la terreur, sauvée, réchauffée, soignée…

Les yeux de Suavita ajoutaient ici: Par un ange!

Le général vit encore l’enfant couchée sur ce lit étranger: une pauvre petite morte qui renaissait, mais privée de la raison et n’ayant plus de paroles pour dire au moins le nom de sa famille.

Ceci le frappa, car il se demandait déjà comment Paul Labre, son voisin, n’avait point couronné le bienfait en lui rendant sa fille.

Paul Labre n’avait pu parler, puisqu’il ne savait pas.

À la fin de l’entrevue, bien des choses pourtant restaient inexplicables.

Ce fut le général qui, au retour de Paul, envoya Suavita près de lui.

Il avait droit de savoir. Il épia, il étudia ce tête-à-tête qui lui montra à nu le cœur de sa fille: son bien unique désormais et la dernière joie de sa vie.

Il étudia et il épia cet autre tête-à-tête, si différent du premier qui avait lieu au salon, entre Ysole et Paul.

C’était encore sa fille, cette créature si belle et si terriblement condamnée: il avait droit de savoir.

Au moment où il entrait au salon derrière Suavita, il savait tout, jusqu’au rôle douteux joué par cette infortunée femme, Thérèse Soûlas.

Suavita avait épié aussi, bien qu’elle n’eût pas droit.

Elle s’était laissée souffrir longtemps dans la chambre à coucher; elle était si doucement esclave! Mais, à la fin, l’écho de ces deux voix émues lui avait monté au cerveau: elle était devenue folle.

Malgré elle, sa main tremblante avait ouvert la porte de la chambre à coucher.

L’antichambre n’était pas éclairée, et son père, qui n’avait pas quitté ce poste depuis le commencement de l’entrevue, s’était rangé pour lui donner passage.

Le pas de Suavita était pénible et bien chancelant, tandis qu’elle gagnait la porte du salon.

Paul parlait. Hélas! Jamais Suavita ne l’avait entendu parler ainsi.

Sa voix était changée, il semblait que ce fût une autre voix.

Suavita écoutait avec une navrante angoisse ces paroles passionnées, inconnues, dont chacune lui perçait le cœur comme un coup de poignard.

Elle se sentit mourir.

Et, avant de tomber, elle voulut voir – voir en face – sa rivale heureuse et détestée.

La chaîne qui la faisait muette se brisa au choc de sa douleur indicible; elle parla – mais elle tomba foudroyée.

Paul, stupéfait, et Ysole qui ne voyait point encore son père, s’élancèrent en même temps pour la relever.

Ysole recula devant le visage sévère du général.

Paul seul approcha.

Le général ne le repoussa point, mais il releva Suavita sans lui.

Et quand il l’eut entre ses bras, il regarda Ysole et montra de son doigt tendu la porte de sortie.

Le rouge monta au front de Paul, Ysole lui dit:

– Je vous défends de parler pour moi.

Puis elle resta un instant les yeux fixés sur le comte de Champmas. Il n’y avait dans ce regard ni humilité, ni forfanterie.

– Monsieur, dit-elle, je suis votre fille, et je vous respecte; je vous aimais davantage avant le mal que je vous ai fait sans le vouloir. J’aime cette enfant dont j’ai été le malheur et je lui rends son héritage. Ne soyez pas impitoyable envers moi; ma mère est morte misérablement et je vis comme elle est morte. Ce n’est pas ma mère qui alla vous chercher dans votre château, c’est vous qui vîntes la prendre dans sa chaumière. Moi, je n’avais pas demandé ce nom de Champmas que je vous rends; je n’avais pas sollicité, dans votre maison noble, la place que je n’y ai point su tenir.

«Avant de savoir, monsieur, que Thérèse était ma mère, je l’ai entendue plus d’une fois qui se disait à elle-même: «Il ne faut point toucher à la famille.» J’ai été bien longtemps à la comprendre; quand je l’ai comprise, j’ai trouvé avec étonnement la même pensée en moi. Toucher à l’arche porte malheur; vous y avez touché, je suis punie. Il y a eu mensonge écrit sur le livre où tout doit être vérité: vous êtes puni. Dieu a pardonné seulement à celle qui fut complice saintement, sans intérêt et au prix d’un sacrifice. Dieu a pardonné à ma mère.

Elle s’arrêta. Le général avait déposé Suavita sur le canapé.

Paul Labre restait fasciné devant Ysole qui reprit:

– Monsieur, vous ne me chasserez point; il n’est pas besoin: je vais m’exiler moi-même. Monsieur, souvenez-vous que sans vous j’aurais connu ma mère. La maison de l’honneur elle-même ne vaut rien pour les filles qui n’ont pas de mère. Je ne vous maudis pas. Adieu!

– Aidez-moi, prononça tout bas le comte de Champmas.

Il montrait Suavita.

Ysole s’agenouilla près du divan et fit respirer à sa sœur son flacon de sels.

– Voulez-vous me permettre de l’embrasser avant qu’elle s’éveille? dit-elle de cette voix profonde et douce qui remuait le cœur de Paul Labre dans ses fibres les mieux cachées.

Le général fit un signe affirmatif. Ysole baisa les deux joues de Suavita.

– Qu’elle soit heureuse! murmura-t-elle; qu’elle soit aimée et qu’elle aime!

Ces mots s’exhalèrent de sa bouche, pieux comme une prière. Paul appuya ses deux mains contre sa poitrine.

– Elle a respiré, dit Ysole, qui mit sur le front de l’enfant un troisième baiser.

Elle se releva et ajouta en regardant de nouveau son père tête levée:

– Monsieur, quoique je ne sois pas coupable envers vous, je vous demande pardon. Mme la comtesse de Clare, qui m’a perdue, n’était pas la parente de Thérèse Soûlas, mais bien celle du général comte de Champmas.

Un rouge de sang remplaça la pâleur qui couvrait les joues du général.

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