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Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem

Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem». Краткое содержание книги:

Ce roman met en scène les tentatives criminelles des Habits Noirs (que couvre Lecoq, alors devenu chef de la Sûreté) contre la famille de Champmas, et contre la richissime mais avare paysanne Mathurine Goret. L'appât, dans les deux cas, est le «faux Louis XVII», rôle rempli parmi les Habits noirs par plusieurs personnages successifs. Celui-ci, qu'on appelle aussi M. Nicolas, séduit d'abord Ysole de Champmas, fille bâtarde du général de Champmas, et se sert de sa complicité inconsciente pour tenter de tuer sa soeur légitime, Suavita…
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– Oh! je vous aime. Je vous aime comme un damné!

Sa voix parut éveiller Mlle de Champmas, qui se redressa à demi.

– Monsieur le baron, demanda-t-elle d’un accent indifférent, pourquoi cachiez-vous ma sœur chez vous? Je veux le savoir.

– Votre sœur! répéta Paul dont l’esprit harassé ne cherchait même pas à comprendre.

– Voilà trois ans et plusieurs mois, reprit Ysole, que vous avez chez vous Suavita de Champmas.

Les yeux seuls de Paul Labre exprimèrent son étonnement.

– Je l’ai bien cherchée, poursuivit Ysole parlant pour elle-même, mais voilà longtemps que je ne la cherchais plus. Je l’ai bien aimée, mais je n’aime plus rien. Si je vous parle d’elle, c’est que l’homme qui veut vous perdre vous a dénoncé ce soir même au général, disant: le baron d’Arcis a tué Thérèse Soûlas, parce que Thérèse Soûlas avait découvert le rapt commis par lui sur la personne de la plus jeune des demoiselles de Champmas.

– Thérèse connaissait-elle votre sœur? demanda Paul.

Et avant qu’Ysole pût répondre il ajouta:

– Depuis ces trois ans et ces quelques mois, Thérèse voyait l’enfant tous les jours. C’est Thérèse qui me disait sans cesse: N’ouvrez votre maison à personne! Ceux qui ont intérêt à faire disparaître cette pauvre enfant doivent la chercher. Veillez sur elle, puisque vous l’avez sauvée!

– On avait donc voulu l’assassiner? demanda Ysole à voix basse. Paul fit en quelques paroles le récit de ce qui s’était passé sous la pointe de la Cité, cette nuit où il avait résolu d’en finir avec la vie. Ysole l’écouta d’un air distrait.

– J’avais dit une fois à Thérèse, pensa-t-elle, tout haut: «Si ma sœur revenait, je serais chassée.» Thérèse m’aimait trop! Cette parole l’a perdue.

Elle se leva.

– J’ai fait ce que je devais ici, prononça-t-elle avec ce calme étrange qui ne l’avait pas une seule fois abandonnée. Adieu.

Paul s’élança entre elle et la porte et se mit à genoux.

– Quoi! fit-elle, d’un ton où l’indignation, cette fois, perçait: après tout ce que je vous ai dit!

– Est-ce que je vous crois! s’écria Paul en lui saisissant les deux mains; est-ce que je ne vois pas ce qu’il y a en vous de noblesse et de fierté!

Elle sourit avec une amertume si poignante que Paul recula.

– J’aurais été bonne fille chez ma mère, dit-elle, raillant douloureusement; j’aurais écouté sa pauvre histoire en pleurant et je me serais défiée de ceux qui flattent les filles. Chez mon père, j’ai été mauvaise, parce qu’une voix m’y disait: Tu viens de loin et d’en bas. Je retourne d’où je suis venue, mais plus loin… et plus bas!

Elle fit un pas; Paul se traîna sur ses genoux.

– Restez! supplia-t-il d’une voix qui râlait dans sa gorge. Est-ce que vous espérez me fuir? Où vous irez, j’irai…

– Vous! dit-elle.

Il y avait dans ce seul mot tout un horrible désespoir. Paul se tordait les mains et se roulait à ses pieds.

– Restez, dit-il encore, laissant parler son délire. Je comprends votre mère et je la remercie de m’avoir fait passer pour un criminel. Il faut penser à vous seulement, et il ne faut aimer que vous! L’enfant ira chez son père, et Dieu sait qu’elle rentrera pure comme les anges dans la maison d’un honnête homme! Vous, Ysole, vous, la plus belle, la seule belle, l’adorée, qui donc oserait murmurer la centième partie de ce que vous avez dit tout haut? Je suis brave: ce sont vos paroles; entre vous et l’outrage, il y aura mon cœur: ceci, au-dehors; au-dedans, votre maison sera un temple, le sanctuaire où je vous aimerai, prosterné! Ysole! je sens que Dieu me dit de vous idolâtrer ainsi; votre salut et le mien sont dans cet amour qui m’enivre, qui me rend mes espoirs de la terre et du ciel! Soyez à moi, Ysole soyez ma femme… Oh! bien-aimée! il y a des larmes dans vos yeux. Ayez pitié! ayez pitié!

Il baisait le bas de sa robe en pleurant.

Ysole l’avait écouté, glacée d’abord, puis un soupir avait gonflé les belles lignes de sa poitrine. Quand il se tut, affaissé sur lui-même et pantelant, les paupières d’Ysole étaient, en effet, humides.

Deux larmes roulèrent lentement sur l’admirable pâleur de sa joue. Elle se pencha jusqu’à lui et de ses lèvres froides elle lui effleura le front en murmurant:

– Jamais!

Au moment même où Paul Labre recevait ce douloureux baiser, il tressaillait à l’accent d’une voix qui lui était inconnue, et qui dit en un cri d’angoisse déchirante:

– C’est Ysole! c’est ma sœur!

La porte qui conduisait à la chambre de Paul venait de s’ouvrir. C’était Suavita qui parlait.

Derrière elle, la tête grave et triste du général comte de Champmas se montra.

XXI Le dernier mot d’Ysole

Il n’est pas besoin d’expliquer désormais le sens des deux mots: «Mon père», tracés avec tant d’efforts par la pauvre muette pendant son entretien avec Paul.

Elle avait voulu dire à Pauclass="underline" «J’ai vu mon père.»

Elle l’avait voulu malgré la défense expresse du général.

Suavita serait morte pour son père; pour Paul elle eût donné bien plus que sa vie.

C’était un grand et profond amour, une de ces passions instinctives qui semblent marquées par le sort. Pour celles qui aiment ainsi, rien n’existe en dehors de l’homme aimé.

Elles vivent par lui, elles meurent en lui.

Le général avait pénétré dans la maison de Paul Labre non point en corrompant les domestiques, mais en se servant de l’effroi causé par le meurtre de Thérèse Soûlas. Les «gens de Paris» avaient pris la peine de propager la nouvelle de ce meurtre dans tous les environs, et, bien entendu, ils avaient dirigé les soupçons vers le baron d’Arcis, qui devait payer la loi.

Le général, profitant du trouble excité par cette accusation, rapidement propagée, avait pesé de tout le poids de son nom et de son âge sur le valet normand et la servante.

Là-bas, on n’a pas confiance: telle est la règle. Défiance et Normandie riment sans en avoir l’air. Les imputations les plus absurdes, dirigées contre le plus saint des hommes, ne passent jamais, dans ces campagnes prudentes, sans trouver des personnes de foi pour y croire.

Le général, lui, n’y croyait pas, nous le savons. Dans sa droite conscience quelque chose se révoltait contre les assertions de la lettre anonyme, reçue si à propos et dont le rédacteur semblait si minutieusement versé dans tous les détails de cette sombre affaire.

Le général avait mis en usage l’épouvante des domestiques de Paul comme on emploie un moyen extrême. Il en avait le droit, puisqu’il s’agissait pour lui de retrouver sa fille.

Nous avons vu que le valet et la servante avaient obéi à ses injonctions en laissant croire à Paul Labre que personne n’était venu en son absence.

Une fois introduit dans la maison, le général avait commencé et poursuivi son enquête privée avec résolution et sang-froid. Les domestiques n’avaient pu lui cacher longtemps la présence de Suavita, qui l’avait reconnu tout de suite et s’était pâmée de joie dans ses bras.

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