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Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem

Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem». Краткое содержание книги:

Ce roman met en scène les tentatives criminelles des Habits Noirs (que couvre Lecoq, alors devenu chef de la Sûreté) contre la famille de Champmas, et contre la richissime mais avare paysanne Mathurine Goret. L'appât, dans les deux cas, est le «faux Louis XVII», rôle rempli parmi les Habits noirs par plusieurs personnages successifs. Celui-ci, qu'on appelle aussi M. Nicolas, séduit d'abord Ysole de Champmas, fille bâtarde du général de Champmas, et se sert de sa complicité inconsciente pour tenter de tuer sa soeur légitime, Suavita…
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Lecoq avait la main dans celle du prince; ils semblaient être les meilleurs amis du monde.

– Tout cela, dit Lecoq, est admirablement arrangé. Vous avez tout réglé, tout prévu, le diable lui-même ne trouverait pas à mordre dans votre plan. Où est Louveau?… Tiens! tiens! le Paul Labre a trouvé un second: le général!

Le doigt du prince désigna furtivement le taillis, à droite de la plate-forme, en réponse à cette question: Où est Louveau?

– Bonne portée! approuva Lecoq. Et vous êtes sûr de la gendarmerie?

– Le mot d’ordre est venu de Paris, répondit le beau Nicolas; on me ménage à outrance. Et, après tout, le général n’est que toléré.

M. Lecoq lui serra encore la main.

– En vérité, fit-il, c’est dommage de n’avoir pas de spectateurs pour une comédie si bien montée!

Le fils de saint Louis répliqua:

– Nous aurons pour spectateurs tous nos amis, car je les ai suppliés de venir.

Lecoq sourit.

Le colonel murmura avec une tendre émotion:

– Moi, j’ai toujours soutenu que notre Nicolas avait du talent, beaucoup de talent. L’union fait la force; aimez-vous comme des frères. Et en besogne, mes chéris! Après la séance, je déjeunerai avec bien du plaisir.

Les deux groupes se rencontrèrent au centre du rond-point. Le général de Champmas salua le colonel Bozzo avec une respectueuse courtoisie. Le colonel lui dit:

– Un bien joli temps, ce matin, général. Je ne voulais pas croire que ce fût vous.

– J’éprouve le même étonnement à vous voir ici, répondit M. de Champmas.

– Messieurs, déclara Lecoq avec importance, je vous prie de ne point motiver votre surprise réciproque. Sur le terrain, chacun doit s’abstenir de toute parole pouvant blesser l’un ou l’autre des deux adversaires. Il vous avait, en vérité, l’air d’un raffiné d’honneur.

– Attendez-vous quelqu’un, monsieur le baron? ajouta-t-il. La présence d’un seul témoin ne me paraît pas régulière.

– Un seul témoin suffit pour faire une déclaration, repartit M. de Champmas.

– Ah! ah! fit Lecoq, il ne s’agit que d’une déclaration? Alors, s’il vous plaît, pourquoi cet objet?

Il désigna d’un geste moqueur la boîte de combat que le général tenait à la main.

– Pour vous, si vous êtes un honnête homme, monsieur, répliqua gravement M. de Champmas. Je suis habitué à estimer, à vénérer le colonel Bozzo, que j’ai rencontré autrefois dans des circonstances qui l’honorent et dans un monde que je respecte. Vous, je ne vous connais pas; mais je connais celui-ci, ajouta-t-il en se tournant tout d’une pièce vers le prince: on ne se bat pas avec un homme de sa sorte.

La «scène du duel», comme l’avait désignée d’avance notre ami Pistolet, ne se dessinait pas d’une façon ordinaire.

Paul Labre avait les yeux sur le beau Nicolas qui affectait un air de superbe indifférence.

– Connaissez-vous la véritable position sociale de l’homme que vous outragez, monsieur? demanda Lecoq avec emphase.

– Oui, répondit le général, je la connais.

– Auriez-vous vraiment quelque sérieuse objection?… commença encore Lecoq.

Le général l’interrompit, disant d’une voix nettement accentuée:

– Cet homme est un imposteur, cet homme est affilié à une association de malfaiteurs dont il est peut-être le chef et qui porte un nom redouté: les Habits Noirs; cet homme a essayé de m’assassiner; cet homme a assassiné Jean Labre, frère de M. le baron d’Arcis.

Le colonel joignit ses mains maigres et tremblantes.

– Les Habits Noirs! répéta-t-il avec une sainte horreur. Ah! grand Dieu!

M. Lecoq le calma du geste; le prince souriait avec dédain.

– Ce n’est pas encore commencé, dit une voix chuchotant derrière la haie d’un champ voisin. Arrivez!

C’était le neveu du Molard, appelant le chevalier et la chevalière Le Camus de La Prunelaye qui se hâtaient maritalement à travers les blés coupés.

Le neveu du Molard et le chevalier étaient armés en guerre.

Dans le sentier qui descendait la rampe, on put voir les deux jeunes messieurs Portier de La Grille, munis chacun d’un fusil et de deux pistolets, qui se glissaient à pas de loup.

En même temps, au sommet du belvédère, la silhouette de l’ancien élève de l’école, M. Lefébure, futur ministre des Travaux publics, se dessina. Il avait un sabre et une lorgnette de spectacle.

Partout, sur les six routes, on voyait maintenant un mouvement de gens à pied, à cheval et en voiture. La conspiration venait au secours de son chef.

– Parfait! dit Lecoq à l’oreille du prince. Ah! mon gaillard, c’est mené!

– Il a du talent comme un ange! murmura le colonel, qui ajouta en serrant le bras de Lecoq:

– Toi, l’Amitié, je n’aime pas ton air. Tu montes un coup.

– Allons donc! fit M. Lecoq. Voici les gendarmes. Il était radieux.

Et, en effet, une escouade de gendarmerie à cheval sortait du bois en ce moment. Le brigadier qui commandait n’était pas Chamoiseau.

À quelques pas de l’escouade, les autorités de La Ferté-Macé marchaient en bon ordre.

– Superbe! dit Lecoq, magnifique! complet!

– Mes chers messieurs, reprit-il en s’adressant à Paul Labre et au général, j’ai ouï causer vaguement de ces Habits Noirs. Ce sont d’adroits coquins, à ce qu’il paraît, car on ne les voit pas souvent en cour d’assises. Parlons net, maintenant que nous ne sommes plus seuls, car je ne vous cache pas que l’idée d’un duel nous paraissait aussi absurde qu’à vous, et la chose singulière, c’est que nous avions les mêmes motifs pour cela. Vous avez prononcé les premiers le mot «assassinat», nous le répétons après vous; mais il ne s’agit plus de l’honorable comte de Champmas, dont la santé me paraît parfaite, ni de feu M. Jean Labre, de qui M. le baron d’Arcis a bel et bien hérité, il s’agit d’un meurtre malheureusement certain et actuel, du meurtre de Thérèse Soûlas. Et je voudrais exprimer ma pensée sans blesser le général; mais nous ne nous serions pas attendus à le voir du côté du meurtrier.

Sur le visage de Paul il y avait une pâleur mortelle. Il voyait le piège ouvert sous ses pas: il sentait la main irrésistible qui l’y poussait.

Il n’avait pas encore prononcé une parole; il dit:

– Ces hommes sont-ils donc vraiment plus forts que la vérité et que la loi!

– Ils font ce qu’ils peuvent, murmura le vieux colonel à l’oreille du prince dont il s’était rapproché. C’est une jolie aventure. As-tu vu, mon bon chéri, comme l’Amitié a été de franc-jeu? Il t’adore!

– Sur Dieu, sur la mémoire de son père, sur tout ce qui est sacré, s’écria en ce moment Paul Labre, révolté contre le mensonge qui l’écrasait, je jure que cet homme a tué Thérèse Soûlas comme il a tué mon bien-aimé frère!

Il y eut autour de lui un grand murmure, car la foule s’était formée.

Les gendarmes, immobiles maintenant, avaient laissé passer l’autorité, à savoir: M. le juge de paix, son greffier et le commissaire de police.

Ces trois fonctionnaires avaient salué le fils de saint Louis avec une sorte de dévotion.

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