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Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem

Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem». Краткое содержание книги:

Ce roman met en scène les tentatives criminelles des Habits Noirs (que couvre Lecoq, alors devenu chef de la Sûreté) contre la famille de Champmas, et contre la richissime mais avare paysanne Mathurine Goret. L'appât, dans les deux cas, est le «faux Louis XVII», rôle rempli parmi les Habits noirs par plusieurs personnages successifs. Celui-ci, qu'on appelle aussi M. Nicolas, séduit d'abord Ysole de Champmas, fille bâtarde du général de Champmas, et se sert de sa complicité inconsciente pour tenter de tuer sa soeur légitime, Suavita…
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– J’ai bien pensé que vous n’auriez point le cœur à l’appétit!

Pendant qu’il réfléchissait, Suavita dégagea son bras doucement et retourna vers la table où elle prit la plume de nouveau.

Paul ne faisait plus attention à elle.

Il se perdait en un dédale de pensées où nul fil ne pouvait le guider. Suavita, encore une fois, mouilla sa plume d’encre. Sa main molle et indécise, comme celle d’un enfant qui ébauche son premier essai d’écriture, balbutia lentement sur le papier. Elle fit plusieurs tentatives et déchira plusieurs feuilles, mais, enfin, elle bondit sur ses pieds et s’élança vers Paul en agitant le lambeau de papier qu’elle tenait à la main.

Paul le prit et lut avec peine, tracés en caractères mal formés, ces deux seuls mots: «mon père».

Il ne comprit point.

Il crut que la fillette l’appelait son père, et cela fit naître en lui une singulière émotion, où il y avait de la joie et du regret. Il tendit les bras à Suavita qui le repoussa avec colère.

Le regard de l’enfant transperçait sa pensée et devinait son erreur.

Ce ne furent plus ses yeux seuls, ce fut tout son être qui protesta, disant, criant en quelque sorte, tant la mimique fut véhémente:

– Pas vous! pas vous!

– Tâche de t’expliquer, chérie, dit Paul. Voyons, essaie!

C’était difficile. Les signes, ici, ne suffisaient point. Les signes ne racontent pas, quand, au point de départ de la pantomime, il n’y a pas un fait acquis, servant de lien entre les deux intelligences.

Et il fallait ici raconter.

La pauvre fille avait mis trop de temps à tracer ce mot: «mon père», qui était la réponse directe à la dernière interrogation de Pauclass="underline" Qui vous a dit cela? Qui avez-vous vu?

Paul avait été distrait depuis lors par d’autres pensées; il ne se souvenait plus de sa question.

Suavita essaya de raconter. Elle entreprit avec une fougue inouïe d’expliquer ce qui n’était pas explicable: l’entrée d’un étranger dans la maison, sa surprise, sa joie à la vue de son père, la douleur terrible qui lui avait brisé l’âme en apprenant que Paul était accusé du meurtre de Thérèse Soûlas… Je vous le dis: l’impossible!

Et pendant qu’elle s’efforçait, Paul, ébloui par la multiplicité de ses gestes intraduisibles, par l’éloquence de ses yeux, par la passion qui jaillissait hors d’elle, admirait cette transformation.

Tout renaissait chez Suavita, la vie, l’intelligence, la force, tout, excepté le pouvoir de parler.

Et encore il y avait un symptôme étrange.

Depuis le jour où Paul l’avait couchée pour la première fois sur le pauvre lit de sa mansarde, dans la rue de Jérusalem, Paul ne se souvenait point d’avoir jamais vu la fillette faire effort pour parler.

Et maintenant ces efforts se renouvelaient, se rapprochaient. Dans l’impatience, dans la douleur qu’elle avait de n’être point comprise, Suavita montrait sa bouche avec désespoir.

Il semblait qu’un lien allait se briser, une parole s’élancer… Le domestique normand ouvrit la porte et dit:

– Il y a une dame qui attend dehors. Elle est venue à cheval.

Ce fut comme un souffle de tempête qui balaya la tendre émotion de Paul.

Suavita l’entoura de ses bras, et ses grands yeux si éloquents supplièrent:

– Ne va pas! Oh! ne va pas, je t’en prie!

Il se dégagea doucement et sortit en disant:

– Attends-moi, je vais revenir.

Son cœur bondissait dans sa poitrine et le nom d’Ysole montait jusqu’à ses lèvres.

XX «Broken heart»

Les Anglais disent: «Mourir d’un cœur brisé» (broken heart), comme s’ils parlaient de la phtisie ou du typhus. Ils croient à l’amour mieux que nous, païens en fait de sentiment, qui expliquons tout par la rupture d’un anévrisme.

Suavita se laissa choir sur un siège.

Elle était si pâle qu’on eût dit une morte, une pauvre morte du cœur brisé.

Elle ne savait pas le nom de sa rivale; jamais elle ne l’avait vue; mais elle savait qu’elle avait une rivale.

Une rivale aimée.

Et elle savait que sa rivale était là.

Bien souvent, elle se l’était représentée, brillante et belle, trop belle, hélas! puisque Paul l’adorait.

Bien souvent aussi elle s’était demandé: Peut-elle l’aimer comme je l’aime?

C’était une âme douce et tendre; son amour avait la sainte ardeur d’une religion; elle vivait par cet amour comme les fleurs vivent de rayons et de rosée.

Cette transformation que Paul admirait naguère était son propre ouvrage. Rien qu’à l’aimer, rien qu’à le lui dire, Paul aurait eu le pouvoir de rompre le lien qui garrottait la pensée de Suavita. Elle était de celles qui ressuscitent sous la première caresse.

Elle resta longtemps immobile et comme écrasée sous le poids de son angoisse. Elle ne pleurait point, ses grands yeux éteints regardaient le vide.

Elle écoutait pourtant; et il semblait qu’elle eût peur d’entendre.

Un bruit de portes ouvertes et fermées vint de l’intérieur de la maison; Suavita tressaillit faiblement. Son regard se tourna vers la place occupée naguère par Paul, auprès d’elle.

Tout ce qu’un cœur d’enfant peut contenir de douleur naïve et profonde était dans ce regard.

Ses belles petites mains blanches se croisèrent sur ses genoux et sa tête s’inclina davantage, laissant pendre les boucles affaissées de ses doux cheveux.

Ses larmes jaillirent seulement quand un son de voix de femme, perçant les cloisons, rompit le silence qui régnait dans la chambre à coucher.

Dans la ruelle du lit de Paul, pendait un petit crucifix qui lui venait de sa mère.

Suavita quitta sa chaise d’un pas pénible et alla vers le lit où elle s’agenouilla.

Mais elle ne put pas prier.

Elle gagna lentement la porte par où Paul était sorti.

Au-delà de cette porte il y avait une antichambre, puis c’était le salon.

Les voix venaient du salon.

La voix de Paul et l’autre voix…

Paul était en effet dans le salon, debout, en face de Mlle Ysole de Champmas qui se tenait assise sur le canapé.

Il y avait deux lampes allumées sur la cheminée qui suffisaient à peine à éclairer cette grande pièce d’aspect sombre et meublée parcimonieusement; mais leurs rayons tombaient sur la fière beauté d’Ysole qui semblait ressortir plus frappante dans ce cadre et que Paul Labre couvrait d’un regard ébloui.

Où était la tendre émotion qui naguère lui faisait battre si doucement le cœur? Où était la pensée de sa pauvre petite Blondette?

Il contemplait Ysole; dans l’univers entier, il n’y avait pour lui qu’Ysole.

Ysole avait les yeux baissés. La ligne hardie de ses sourcils se contractait.

– Monsieur le baron, dit-elle, je cherche mes paroles. Je sais ce que vous avez fait pour moi, et il me serait cruel de vous causer un chagrin désormais.

Paul comprenait, puisque son cœur oppressé lui faisait mal, mais il tentait un effort désespéré pour repousser la lumière.

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