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Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem

Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem». Краткое содержание книги:

Ce roman met en scène les tentatives criminelles des Habits Noirs (que couvre Lecoq, alors devenu chef de la Sûreté) contre la famille de Champmas, et contre la richissime mais avare paysanne Mathurine Goret. L'appât, dans les deux cas, est le «faux Louis XVII», rôle rempli parmi les Habits noirs par plusieurs personnages successifs. Celui-ci, qu'on appelle aussi M. Nicolas, séduit d'abord Ysole de Champmas, fille bâtarde du général de Champmas, et se sert de sa complicité inconsciente pour tenter de tuer sa soeur légitime, Suavita…
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Il pensait: Elle se reproche d’être venue. Cette glaciale froideur est la revanche de sa fierté.

– Je suis venue, reprit Mlle Champmas, comme si elle eût voulu répondre à ces mots qui n’avaient point été prononcés, parce que mon devoir était de venir. Je n’ai pas agi loyalement envers vous, monsieur le baron. Je vous ai confessé la faute qui pèse sur ma vie, je vous ai avoué qu’il ne m’était pas permis de prétendre à la main d’un galant homme… Je vous prie de ne point m’interrompre; j’ai de la peine à exprimer ma pensée… Mais je vous ai trompé en ajoutant que je pourrais vous aimer un jour à venir.

Paul Labre ouvrit la bouche; elle lui imposa silence d’un geste.

– Je vous ai trompé encore, poursuivit-elle, en vous cachant qu’un lien nouveau et actuel m’attachait à un autre que vous.

– Vous aimez! s’écria Paul.

– Je ne sais si j’aime, répliqua Ysole d’un ton morne, et qu’importe cela? Il y a bien longtemps, celui qui pervertit mon intelligence et mon cœur – l’homme vers qui je vous ai envoyé pour le tuer – entama la tranquillité de mon âme en m’apprenant que j’occupais une place, non pas usurpée, mais factice dans la maison de mon père. J’étais orgueilleuse, je devins ambitieuse. Ma perte fut de vouloir m’élever en dehors de cette famille où j’étais entrée par la charité d’une sainte. J’ignore pourquoi je vous dis ces choses qui ne vous regardent point. Il semble que j’aie besoin d’expliquer aux autres comme à moi-même les motifs de ma chute et d’expliquer aussi pourquoi le froid pardon de mon père ne m’a pas arrêtée sur la pente de ma profonde perdition.

– Mais vous n’êtes pas perdue! s’écria Paul, plus respectueux en face de cette confession volontaire qui lui semblait partir d’un grand cœur. Ysole… mademoiselle… Votre repentir vous relève…

– Je ne me repens pas, interrompit-elle d’une voix sèche et brève qui sonna comme si elle fût tombée d’une bouche de marbre. J’aime et je respecte mon père; le séjour de sa maison me fait horreur. J’y entrai par l’aumône de l’épouse légitime, j’y reste par le pardon qui vient de la pitié. Je hais le pardon et l’aumône.

Elle prononça ces derniers mots avec une sourde énergie. Ses yeux brûlaient à travers la frange recourbée de ses cils. Elle était miraculeusement belle. Paul devenait ivre à la regarder.

– Je suis venue, reprit-elle, parce que j’ai appris aujourd’hui des choses qui vous concernent et que j’ignorais lors de notre première entrevue. Dans ma pensée, je ne devais plus vous revoir.

– Quoi! balbutia Paul.

– Je souffre, dit-elle, épargnez-moi. J’ai eu compassion de votre jeunesse, de votre bravoure, de votre loyauté. J’éprouve pour vous un sentiment qui m’était inconnu: je vous admire en ayant pitié de vous.

– Oh! vous m’aimerez, mademoiselle… commença Paul.

– Jamais! prononça-t-elle d’un accent ferme et calme.

Son geste impérieux défendit toute réplique.

Elle passa la main sur son front et poursuivit:

– Ceci n’est pas une conversation. Répondre me fatigue. Je suis venue pour parler, j’exige qu’on m’écoute.

Du doigt elle montra un siège à Paul, qui s’assit.

– J’ai un amant, dit-elle, comme si elle eût pris plaisir à tuer, par la brutalité des mots, la chevaleresque tendresse qu’elle avait inspirée. J’ai été la maîtresse d’un imposteur, et je ne sais pas si celui à qui j’appartiens est un honnête homme.

Paul se redressa:

– Assez, mademoiselle, murmura-t-il bien bas, tant il avait honte. Il n’est pas besoin de ces cruels mensonges pour me prouver le désir que vous avez de m’écarter de votre route.

Elle sourit tristement et lui prit la main qu’il retirait.

– Je ne veux pas que vous m’aimiez, dit-elle, c’est vrai, mais je n’ai pas menti. L’homme dont je vous parle est mon maître et c’est ma haine qui m’a donnée à lui. Nous partageons la même haine, et quand il m’a dit: «Le baron d’Arcis vous aime comme les chevaliers de l’ancien temps, allez vers lui, désignez-lui celui qu’il faut frapper, il frappera», je suis venue.

Cette fois Paul demeura muet. Son sang avait froid dans ses veines.

– Et je vous ai dit: Frappez! poursuivit Mlle de Champmas dont la voix devenait plus morne à mesure qu’elle parlait. Vous avez agi selon votre nature qui est la générosité même; vous avez provoqué le prince au milieu même de la cour que rassemble autour de lui sa nouvelle imposture. En faisant cela, vous avez mis votre vie en danger, non pas par l’épée, mais par la loi: je ne veux pas de cela.

«Je l’ai dit à celui qui m’avait envoyée vers vous. Il ne le veut pas non plus, parce que vous lui êtes indifférent, et qu’il déteste votre adversaire.

«Il m’a répondu: Retournez auprès de M. le baron d’Arcis et apprenez-lui que le locataire du Château-Neuf-Goret, celui qu’on appelle M. Nicolas, le prince, le fils de saint Louis, etc., et qui a beaucoup d’autres noms encore est l’assassin de Jean Labre.

– Mon frère! s’écria Paul qui se leva droit sur ses pieds à cette révélation inopinée.

– Et, pour preuve de cette assertion, continua Mlle de Champmas sans s’animer, dites-lui (c’est toujours l’ennemi du prince qui parle), dites-lui qu’on a tendu tout autour de lui des filets auxquels il n’eût point échappé sans l’avis que vous lui donnez. Nicolas avait eu vent des efforts que le baron d’Arcis fait pour trouver le meurtrier de son frère. Il se défend; je ne verrais pas de mal à cela, s’il ne me gênait. Nous nous sommes réconciliés aujourd’hui, c’est le bon moment de frapper. Voici son plan de défense: il a fait assassiner aujourd’hui même la femme Thérèse Soûlas (ici la voix d’Ysole trembla légèrement) et le baron d’Arcis sera accusé de ce meurtre.

– On me l’a déjà dit! murmura Paul Labre, qui se mit à marcher lentement.

Il essayait d’établir un ordre dans ses idées, mais c’était en vain: sa pensée le fuyait.

En marchant, il répétait au-dedans de lui-même le nom de son frère, et le courroux appelé ne venait pas. Son cœur restait inerte comme son esprit. Il n’y avait qu’un point sensible dans tout son être, c’était son amour, obstiné, victorieux, mortel. Comme autrefois, la passion de se tuer lui vint, mais le courage lui manquait maintenant.

Elle était là, il la voyait, il était emporté vers elle par une irrésistible folie.

Ysole avait penché sa tête sur sa main.

Quand Paul, parvenu à l’autre bout de la chambre, se retourna, heureux de l’envelopper une fois encore d’un regard avide et ardent, il s’arrêta.

C’était la pose favorite de Blondette qu’Ysole avait prise par hasard.

On ne peut dire que l’image de l’enfant passa devant les yeux de Paul; ce fut Ysole elle-même qui la lui rappela: elles se ressemblaient vaguement, comme il arrive presque toujours entre deux sœurs.

Depuis quelques secondes, Mlle Ysole de Champmas se taisait; en ce moment, elle murmura:

– Thérèse Soûlas! Je ne lui ai pas même dit, non, je ne lui ai pas dit une seule fois: je crois que vous êtes ma mère. S’il y a un Dieu, le châtiment doit être terrible pour celles qui n’ont pas de cœur.

Paul, appuyé à l’angle de la cheminée et séparé d’elle par toute la longueur de la salle, éleva ses mains jointes convulsivement et dit avec désespoir:

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