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Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem

Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem». Краткое содержание книги:

Ce roman met en scène les tentatives criminelles des Habits Noirs (que couvre Lecoq, alors devenu chef de la Sûreté) contre la famille de Champmas, et contre la richissime mais avare paysanne Mathurine Goret. L'appât, dans les deux cas, est le «faux Louis XVII», rôle rempli parmi les Habits noirs par plusieurs personnages successifs. Celui-ci, qu'on appelle aussi M. Nicolas, séduit d'abord Ysole de Champmas, fille bâtarde du général de Champmas, et se sert de sa complicité inconsciente pour tenter de tuer sa soeur légitime, Suavita…
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– Et ce fut sous le prétexte de vous sauver, monsieur, continua Ysole, que le faux Louis de Bourbon, votre complice, entra dans cette maison du quai des Orfèvres, d’où vos deux filles sortirent, l’une avec un bâillon sur la bouche, l’autre avec un poison dans le cœur.

Elle fit un pas vers le général.

– Monsieur, acheva-t-elle, j’ai dit. Accordez-moi votre pardon et donnez-moi le baiser d’adieu. Vous ne me reverrez jamais.

Le général hésita, puis ses deux bras s’ouvrirent. Il la tint un instant serrée contre sa poitrine. Ce fut elle qui se dégagea.

– Elle va s’éveiller, dit-elle en montrant Suavita. Pourquoi ne pas lui dire qu’elle a fait un rêve cruel? Adieu.

Elle se dirigea vers la porte d’un pas ferme et, comme Paul faisait un mouvement pour la rejoindre, elle lui dit:

– Je vous défends de me suivre.

Le général, en même temps, saisit le bras de Paul.

– Restez! ordonna-t-il.

Avant de passer le seuil, Ysole se retourna. Elle avait aux lèvres son éblouissant sourire. Paul fléchit les genoux.

– Un rêve! répéta Ysole. Mon père, vous n’avez qu’une fille qui va bientôt vous sourire; Suavita n’a jamais eu de sœur. Il n’y a qu’une Champmas, monsieur Paul Labre, qui vous doit la vie et à qui vous devez le bonheur.

La porte retomba sur elle. Suavita s’éveilla, disant:

– Paul! oh! comme je demandais à Dieu de pouvoir prononcer un jour votre nom.

Ysole de Champmas ne rentra même pas au château de son père. Sa destinée était accomplie: elle avait choisi la voie du désespoir.

Le lecteur a deviné le nom de l’homme qui avait complété sa perte.

Cet homme a joué dans notre drame actuel un rôle en apparence secondaire, quoiqu’il en tînt tous les fils dans sa main et qu’il en préparât dès longtemps en silence le dénouement inattendu.

C’était le bandit Toulonnais-l’Amitié, l’Ajax des Habits Noirs: M. Lecoq de La Perrière, ce terrible don Juan qui détestait les femmes et qui les prenait par le dédain.

Toute femme, entre ses mains, était un instrument ou une arme. Il avait juré la perte de son associé et complice le faux prince, fils de Louis XVII, parce que l’influence de celui-ci menaçait la sienne. Il s’empara d’Ysole, qui avait une injure à venger, tout exprès pour lancer Paul Labre contre l’ennemi commun.

Ce fut une liaison bizarre. Lecoq n’aimait pas Ysole qui le haïssait d’instinct. Il y eut une heure où elle l’admira dans sa perversité; elle se vendit pour acheter cette intelligence, organisée pour le mal, qui tuait sans rémission, comme un poignard empoisonné.

Suavita dormait, couchée sur le canapé du salon.

Les premières lueurs de l’aube se montrèrent aux fenêtres. Le général comte de Champmas et Paul Labre étaient assis auprès de la table, causant tout bas.

Ils avaient veillé toute la nuit ensemble.

– Monsieur le baron, dit le général, votre père était mon ami et mon compagnon d’armes; vous avez sauvé ma fille, je suis la cause innocente de la mort de votre frère, puisque le coup qui l’a frappé m’était destiné. Je connais la main qui vous attaque: on ne se bat pas contre de pareils adversaires. Vous ne vous battrez pas.

– Je ne me battrai pas, monsieur le comte, répliqua Paul, je punirai, et ensuite tout sera fini pour moi, car ma vie est brisée.

Le général lui tendit la main.

– J’aurais été votre témoin dans un duel, monsieur le baron, dit-il encore. Quoi que vous jugiez convenable de faire aujourd’hui, je vous accompagnerai et je vous servirai.

XXII À bas Chamoiseau!

La Ferté-Macé est une ville de cinq à six mille âmes, chef-lieu de canton, fabriquant des coutils, des cotonnades, du trois-six, des tabatières et des casse-noisettes en buis.

Tout le monde y est riche.

Pour ceux qui aiment à faire longue et plantureuse ripaille, ses auberges sont célèbres à vingt lieues à la ronde.

Les filles y sont jolies et les gars avisés, bien qu’ils se disent, entre sexes différents à l’heure du berger: «Je t’éaîme», en pur normand normandant.

M. Badoît, le digne homme, dont nous ne parlons pas souvent parce qu’il ne fait pas grand-chose, avait pris ses quartiers à l’hôtel du Cygne-de-la-Croix et faisait honneur à la table d’hôte: il jouissait du sincère appétit qui est le fruit d’une bonne conscience.

Sans vouloir en rien nuire aux personnes honorables qui pratiquent la détection privée après avoir pris leurs degrés à la grande vénerie de la préfecture de police, nous engageons tous ceux qui ont une aiguille à chercher dans une charretée de foin à mettre des lunettes sur leur propre nez pour faire eux-mêmes leur besogne.

Ce genre de chasse est métier d’artiste, après tout; il exige une somme considérable d’initiative, une grande spontanéité et quelque vocation à couper dans les sentiers téméraires: toutes choses que les habitudes administratives émoussent ou tuent.

Les boutiques mystérieuses où ces chercheurs non brevetés, plus nombreux à Paris qu’on ne pense, vendent leur sorcellerie, sont pour nous aussi fantastiques que la caverne capitonnée où Mme Oracle, assistée de son diplômé, distribue des consultations somnambuliques.

Du haut des cieux, en vérité, les charlatans du Moyen Age doivent rire en voyant les atroces plaisanteries qui remplacent leurs naïvetés, mises au rebut!

S’il vous faut absolument quelqu’un, prenez un chien libre, un animal sauvage, Clampin, dit Pistolet, par exemple, pourvu qu’il ne soit pas encore parvenu à se ranger.

M. Badoît était rangé, archirangé. Il cherchait avec mesure et méthode, selon la règle qui est de ne point trouver.

M. Badoît avait néanmoins sur ses collègues un grand avantage: il admirait Pistolet. C’était beaucoup. D’ordinaire, tous les savants qui n’ont pas inventé la vapeur la nient.

Quand Pistolet arriva à l’auberge du Cygne-de-la-Croix avec son protégé Vincent Goret, qui lui avait servi d’écuyer et de guide, il ne produisit pas un énorme effet sur les gros marchands de toile. On lui trouva méchante mine de voyou, et c’était justice. Il n’en dîna pas moins loyalement, prenant ses aises ici comme partout, et trouvant même occasion de faire quelques allusions à la haute vie qu’il avait menée dans l’intimité de Bobino, l’un des premiers théâtres de la capitale.

Aux questions de Badoît, il se bornait à répondre:

– J’ai retrouvé Mèche, toujours agréable et fidèle, au milieu des sociétés huppées dont elle est désormais l’ornement. Ça a été pour nous le signal du bonheur. On va causer dans le particulier après dîner. Tout est enlevé, et j’en apporte un échantillon dans la personne du petit bêta, ici présent, qu’est le plus joli de l’histoire!

M. Badoît, impatient, voulait quitter la table; mais Pistolet, approuvé en ceci par Vincent Goret, ne fit pas grâce d’un seul plat.

– Voilà! dit-il enfin en buvant la dernière goutte de son gloria. Montons chez vous, patron, pour y déposer le bancroche, qui vaut je ne sais plus combien de mille millions. Il est trop mal tenu pour le mener à la gendarmerie.

– À la gendarmerie! répéta Badoît étonné.

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