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Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem

Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem». Краткое содержание книги:

Ce roman met en scène les tentatives criminelles des Habits Noirs (que couvre Lecoq, alors devenu chef de la Sûreté) contre la famille de Champmas, et contre la richissime mais avare paysanne Mathurine Goret. L'appât, dans les deux cas, est le «faux Louis XVII», rôle rempli parmi les Habits noirs par plusieurs personnages successifs. Celui-ci, qu'on appelle aussi M. Nicolas, séduit d'abord Ysole de Champmas, fille bâtarde du général de Champmas, et se sert de sa complicité inconsciente pour tenter de tuer sa soeur légitime, Suavita…
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La patience n’était pas le fort de Pistolet. Il interrogeait déjà sa téméraire imagination pour savoir comment on pourrait bien se passer des gendarmes et de l’autorité de La Ferté-Macé qui, évidemment, étaient mal disposés, lorsqu’il eut l’idée de jeter ce dernier mot:

– On en fréquente de plus huppés que vous, brigadier, nourrissant des rapports avec l’administration centrale, d’où se répandent sur toute l’étendue de la patrie les avancements, faveurs et gratifications. On n’avait qu’un but, c’était de savoir pourquoi le nommé Louveau, dit Troubadour, a le bras gauche décoré de cette devise: À bas Chamoiseau!

Le brigadier avait écouté les premiers mots avec une superbe indifférence; mais au nom de Louveau, dit Troubadour, il tressaillit comme si sa selle d’ordonnance se fût hérissée d’aiguilles.

Tant il est vrai que les cœurs les plus hautement cuirassés contre l’émotion ont leur endroit sensible.

Pistolet voyait tout. Le mouvement du brave homme n’avait pu lui échapper. Il se hâta d’ajouter en faisant demi-tour à gauche:

– Conséquemment, puisque ma conversation a le don de vous déplaire, à l’avantage.

– Jeune homme, dit le brigadier d’un ton radouci, faites-moi l’amitié de rester. J’ai à vous interroger. J’ai connu ce Louveau dans les temps. Êtes-vous camarades ensemble?

La loyauté de la gendarmerie est proverbiale, mais il n’y a point de guerre possible sans stratagème. Le brigadier tendait ici un piège.

Pistolet répliqua ingénument:

– À peu près comme le loup est le camarade de l’agneau dans Les Fables de La Fontaine, qu’est une pièce de Bobino, représentée avec succès en 34.

– Où avez-vous vu le particulier, jeune homme?

– Ici, dans le pays, où j’ai passé l’inspection de ses bras, tatoués du haut en bas, pendant qu’il dormait, en patache.

– Y a-t-il longtemps?

– C’était hier… six ou huit heures avant la chose que la veuve Thérèse Soûlas ait été victimée à la Belle-Vue -du-Foux.

Certes, Pistolet avait mauvaise mine, mais son style élevé allait au cœur du brigadier. La gendarmerie est folle du beau langage.

– Jeune homme, dit Chamoiseau, qui ralentit le pas de son coursier, si le zéphir n’a pas de conduite, c’est la faute à sa jeunesse orageuse. On en cite des traits de bravoure dans tous les journaux. Vous m’inspirez de l’intérêt, malgré votre dégaine qui laisse trop à désirer.

– Ah! fit Pistolet, à qui le dites-vous? Ma carrure élégante a fait mon malheur. Je la dois à la fréquentation des jeunes artistes dramatiques à la mode dans Paris. Est-ce que vous ne seriez pas partisan de contre-pincer Louveau, dit Troubadour, brigadier?

Le ton de celui-ci devint tout à fait amical.

– Si vous m’en communiquez l’occasion, jeunesse, répliqua-t-il en baissant la voix, je vous ferai la politesse d’un déjeuner bourgeois à l’auberge.

– Tope! s’écria le gamin.

À dater de ce moment, Chamoiseau et lui furent une paire d’amis. Chamoiseau expliqua comme quoi le Troubadour lui avait déjà passé deux fois par les mains.

– À la troisième, on fera une croix, conclut-il, et j’aurai l’honneur qu’il ne s’écrira plus sur le corps d’autres invectives contre ma personne. Je l’ai déjà flanqué à Brest et à Toulon; reste Rochefort ou la guillotine. C’est des jeux de la destinée qui divertissent le gendarme, sans prouver qu’il a un mauvais cœur.

Quand les premières lueurs du jour se montrèrent, Pistolet et son brigadier chevauchaient à plus de cent pas en avant de la caravane.

Le brigadier était incapable de trahir les secrets de l’autorité, mais Clampin l’avait vidé comme une noix de coco.

Il savait que le faux prince avait pris les devants avec résolution et habileté, qu’on avait pour lui beaucoup de respect dans le petit monde officiel de La Ferté-Macé et qu’il était en outre protégé par des instructions venues de Paris.

Clampin savait, de plus, qu’au contraire, toutes les autorités normandes regardaient déjà la culpabilité de Paul Labre comme probable.

Au moment où on arrivait en vue de Mortefontaine, cinq heures sonnaient à la petite église.

Pistolet quitta son compagnon en disant:

– Brigadier, je suis de votre avis. C’est des contes à dormir debout qu’on fait sur les Habits Noirs, et M. Nicolas est un honnête propriétaire, mais Louveau, dit Troubadour, par exemple…

– Celui-là, c’est mon affaire, jeune homme!

– Brigadier, dans trois quarts d’heure, à la lisière du taillis qui est à droite de la Belle-Vue -du-Foux – ouvrez l’œil!

Pistolet rejoignit le gros de la caravane et toucha le bras de M. Badoît en murmurant:

– Vous, patron, c’est de ne rien faire. Vous entendez: rien, rien, rien!

La gaule qu’il tenait à la main souffleta les oreilles de son bidet, et il partit au grand galop.

Dix minutes après, il sonnait à la porte du Château-Neuf-Goret et exigeait impérieusement d’être introduit auprès de M. Lecoq de La Perrière.

En entrant dans la chambre de ce dernier il dit:

– Maître, je ne veux pas que vous m’interrogiez. Ce que je vais vous apprendre, je le sais par une femme: vous m’écraseriez avant de m’arracher son nom. Entre vous et le prince, c’est désormais à qui frappera le premier. Si vous ne tuez pas, il vous tuera, vous voilà averti; je ne demande rien pour ça. Serviteur de tout mon cœur.

Ayant ainsi parlé, Pistolet fit mine de sortir; mais M. Lecoq était déjà entre lui et la porte.

Le gamin se laissa barrer le passage. Quand M. Lecoq poussa le verrou, il dit seulement:

– Causons vite et bien, j’ai de l’ouvrage.

M. Lecoq et lui causèrent. En se quittant ils avaient l’air d’être une paire d’amis.

À la suite de cette entrevue, Pistolet remonta à cheval et s’en alla au rendez-vous de son brigadier, pensant à par lui:

– On n’a toujours pas épargné son bœuf à la mode! Mazette. Le tableau du duel va chauffer.

XXIII Il fait nuit

Six heures sonnant, deux voitures débouchèrent au carrefour du Foux, sous la Belle-Vue.

L’une, venant du Château-Neuf-Goret, contenait le fils de saint Louis, M. Lecoq de La Perrière et le vénérable colonel Bozzo, qui avait froid de si bon matin et se pelotonnait dans sa douillette; l’autre n’avait que deux hôtes, M. le baron d’Arcis et le général comte de Champmas.

Les routes aboutissant à l’étoile, le carrefour, la plate-forme, la forêt, tout semblait parfaitement désert, et certes, c’était là un lieu bien choisi pour un duel, car, de tous côtés, autour de la rencontre des chemins, en marchant deux ou trois cents pas, il était facile de trouver, sous bois, des terrains propices.

Dans chacune des voitures il y avait une boîte de combat.

Le général et Paul Labre descendirent les premiers.

La voiture des «gens de Paris» s’était arrêtée à une cinquantaine de pas de l’étoile, sur la route qui descendait des Nouettes.

Le prince et ses deux compagnons mirent pied à terre.

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