Citadelle
- Автор: де Сент-Экзюпери Антуан
- Год: 2009
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:
Me pla�t le p�re, qui son fils ayant p�ch�, s'en attribue � soi le d�shonneur, s'installe dans le deuil et fait p�nitence. Car son fils est de lui. Mais comme le voil� nou� � son fils et r�gi par lui il le r�gira. Car je ne connais point de chemin qui n'ait qu'une direction. Si tu refuses d'�tre responsable des d�faites, tu ne le seras point des victoires.
Si tu l'aimes, celle de ta maison, qui est ta femme, et qu'elle p�che, tu n'iras point te m�ler � la foule pour la juger. Elle est de toi et tu te jugeras d'abord car tu es responsable d'elle. Ton pays a failli? J'exige que tu te juges: tu es de lui.
Car certes te viendront des t�moins �trangers devant lesquels tu auras � rougir. Et pour te purger de la honte tu te d�solidariseras de ses fautes. Mais il te faut bien quelque chose de quoi te faire solidaire. De ceux qui ont crach� sur ta maison? Ils avaient raison, diras-tu. Peut-�tre. Mais je te veux de ta maison. Tu t'�carteras de ceux qui crachaient. Tu n'as pas � cracher toi-m�me. Tu rentreras chez toi pour pr�cher: �Honte, diras-tu, pourquoi suis-je si laid en vous?� Car s'ils agissent sur toi et te couvrent de honte et que tu acceptes la honte, alors tu peux agir sur eux et les embellir. Et c'est toi que tu embellis.
Ton refus de cracher n'est point couverture des fautes. C'est partage de la faute pour la purger.
Ceux-l� qui se d�solidarisent et ameutent eux-m�mes les �trangers: �Voyez cette pourriture, elle n'est point de moi�� Mais il n'est rien dont ils soient solidaires. Ils te diront qu'ils sont solidaires des hommes, ou de la vertu ou de Dieu. Mais ce ne sont plus que mots creux, s'ils ne signifient n�uds de liens. Et Dieu descend jusqu'� la maison pour se faire maison. Et pour l'humble qui allume les cierges, Dieu est devoir de l'allumage des cierges. Et pour celui-l� qui est solidaire des hommes, l'homme n'est point simple mot de son vocabulaire, l'homme c'est ceux dont il est responsable. Trop facile de s'�vader et de pr�f�rer Dieu � l'allumage des cierges. Mais je ne connais point l'homme, mais des hommes. La libert�, mais des hommes libres. Le bonheur, mais des hommes heureux. La beaut�, mais des choses belles. Dieu, mais la ferveur des cierges. Et ceux-l� qui poursuivent l'essence autrement que comme naissance ne montrent que leur vanit� et le vide de leurs c�urs. Et ils ne vivront ni ne mourront, car on ne meurt ni ne vit par des mots.
Donc celui-l� qui juge et n'�tant plus solidaire de rien, juge pour soi, tu butes sur sa vanit� comme sur un mur. Car il s'agit de son image non de son amour. Il ne s'agit point de lui comme lien, mais de lui comme objet regard�. Et cela n'a point de sens.
Donc ceux de ta maison, de ton domaine, de ton empire, s'ils te font honte tu me pr�tendras faussement que tu te proclames pur pour les purifier, puisque tu es d'eux. Mais tu n'es plus d'eux devant les t�moins, tu ne r�habilites que toi. Car, te dira-t-on avec raison: �S'ils sont comme toi, pourquoi ne sont-ils pas ici avec toi � cracher?�� Tu les renfonces dans leur honte et tu te nourris de leur mis�re.
Certes, tel peut �tre indign� par la bassesse, les vices, la honte de sa maison, de son domaine, de son empire et s'en �vader pour chercher l'homme. Et il est signe, puisqu'il en est, de l'honneur des siens. Quelque chose de vivant dans l'honneur des siens le d�l�gue. Il est signe que d'autres tendent � remonter � la lumi�re.
Mais voil� bien un p�rilleux ouvrage, car il lui faut plus de vertu que devant la mort. Il trouvera des t�moins pr�ts qui lui diront: �Tu es toi, de cette pourriture!� Et s'il se consid�re, il r�pondra: �Oui, mais moi j'en suis sorti.� Et les juges diront: �Ceux qui sont propres voil� qu'ils sortent! Ceux qui restent sont pourriture.� Et l'on t'encensera, mais toi seul. Et non les tiens en toi. Tu feras ta gloire de la gloire des autres. Mais tu seras seul, comme le vaniteux ou comme le mort.
Tu d�tiens, si tu pars, un p�rilleux message. Car tu es signe de leur bonheur puisque tu souffrais. Et voici que tu les distingues de toi.
Tu n'as d'espoir d'�tre fid�le que dans le sacrifice de la vanit� de ton image. Tu diras: �Je pense comme eux�, sans distinguer. Et l'on te m�prisera.
Mais peu t'importera ce m�pris, car tu es partie de ce corps. Et tu agiras sur ce corps. Et tu le chargeras de ta propre pente. Et ton honneur tu le recevras de leur honneur. Car il n'est rien d'autre � esp�rer.
Si tu as honte avec raison ne te montre pas. Ne parle pas. Ronge ta honte. Excellente cette indignation qui te forcera de te refaire en ta maison. Car elle d�pend de toi. Mais celui-l� a les membres malades: il se coupe donc les quatre membres. C'est un fou. Tu peux aller mourir pour faire en toi respecter les tiens, mais non les renier car c'est alors toi que tu renies.
Bon et mauvais ton arbre. Ne te plaisent pas tous les fruits. Mais il en est de beaux. Trop facile de te flatter des beaux et de renier les autres. Car ils sont aspects divers d'un m�me arbre. Trop facile de choisir les branches. Et de renier les autres branches. Sois orgueilleux de ce qui est beau. Et si le mauvais l'emporte, tais-toi. A toi de rentrer dans le tronc et de dire: �Que dois-je faire pour gu�rir ce tronc?�
Celui qui �migr� de c�ur, le peuple le renie et lui-m�me reniera son peuple. Il en est ainsi n�cessairement. Tu as accept� d'autres juges. Il est donc bon que tu deviennes des leurs. Mais ce n'est point la terre et tu en mourras.
C'est l'essence de toi qui fait le mal. Ton erreur est de distinguer. Il n'est rien que tu puisses refuser. Tu es mal ici. Mais c'est de toi-m�me.
Je renie celui qui renie sa femme, ou sa ville, ou son pays. Tu es m�content d'eux? Tu en fais partie. Tu es d'eux ce qui p�se vers le bien. Tu dois entra�ner le reste. Non les juger de l'ext�rieur.
Car il est deux jugements. Celui que tu fais de toi-m�me, de ta part, comme juge. Et sur toi.
Car il ne s'agit point de b�tir une termiti�re. Tu renies une maison, tu renies toutes les maisons. Si tu renies une femme, tu renies l'amour. Tu quitteras cette femme, mais tu ne trouveras point l'amour.
CLXXVI
�Cependant, me dis-tu, tu me cries contre les objets, mais il est des objets qui m'augmentent. Et contre le go�t des honneurs, et il est des honneurs qui me grandissent. Et o� est le secret puisqu'il est des honneurs qui diminuent.
C'est qu'il n'est point d'objets, ni d'honneurs ni de gages. Ils valent par l'�clairage de ta civilisation. Ils font partie d'abord d'une structure. Et ils l'enrichissent. Et s'il se trouve que tu serves la m�me tu es enrichi d'�tre plus. Ainsi de l'�quipe s'il est une �quipe v�ritable. L'un de ceux de l'�quipe a remport� un prix et chacun de l'�quipe se sent enrichi dans son c�ur. Et celui qui a remport� le prix est fier pour l'�quipe, et il se pr�sente rougissant avec son prix sous le bras, mais s'il n'est point d'�quipe mais une somme de membres, le prix ne signifiera quelque chose que pour celui qui le re�oit. Et il m�prisera les autres de ne point l'avoir obtenu. Et chacun des autres enviera et ha�ra celui qui a re�u le prix. Car chacun a �t� frustr�. Ainsi les m�mes prix sont objets d'ennoblissement pour les premiers, d'avilissement pour les seconds. Car te favorise cela seul qui fonde les chemins de tes �changes.
Ainsi de mes jeunes lieutenants qui r�vent de mourir pour l'empire, si j'en fais des capitaines. Tout glorieux les voil�, mais o� vois-tu rien l� qui les diminue? Je les ai rendus plus efficaces, plus sacrifi�s. Et, les ennoblissant, j'ennoblis plus grand qu'eux. Ainsi du commandant qui servira mieux le navire. Et le jour o� je l'ai nomm� il s'enivre et enivre ses capitaines. Ainsi de la femme heureuse d'�tre belle � cause de l'homme qu'elle illumine. Voil� qu'un diamant l'embellit. Et il embellit l'amour.