Citadelle
- Автор: де Сент-Экзюпери Антуан
- Год: 2009
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:
Alors qu'il ne te fallait point lutter contre mais pour. Car l'homme n'est point simple comme tu croyais. Et le roi lui-m�me est de ton avis.
CLXVIII
Tu dis: �Celui-l� qui est mon partisan, j'en puis user. Mais cet autre qui s'oppose � moi, je le range par commodit� dans l'autre camp et ne pr�tends point agir sur lui sauf par la guerre.�
Ce en quoi faisant, tu durcis et forges ton adversaire.
Et moi je dis qu'ami et ennemi sont mots de ta fabrication. Et qui certes sp�cifient quelque chose, comme de te d�finir ce qui se passera si vous vous rencontrez sur un champ de bataille, mais un homme n'est point r�gi par un seul mot et je connais des ennemis qui me sont plus proches que mes amis, d'autres qui me sont plus utiles, d'autres qui me respectent mieux. Et mes facult�s d'action sur l'homme ne sont point li�es � sa position verbale. Je dirai m�me que j'agis mieux sur mon ennemi que sur mon ami, car celui-l� qui marche dans la m�me direction que moi m'offre moins d'occasions de rencontre et d'�change que celui-l� qui va contre moi, et ne laisse �chapper ni un geste de moi, car il en d�pend, ni une parole.
Mais certes ce n'est point le m�me genre d'action que j'exercerai sur l'un ou sur l'autre, car mon pass� je l'ai re�u en h�ritage et n'ai point pouvoir d'y rien changer. Et si j'occupe cette contr�e orn�e d'un fleuve et d'une montagne, et que je sois amen� � y faire la guerre, absurde serait de d�plorer la position de la montagne ou la direction du fleuve. Et de nul conqu�rant sain d'esprit tu n'as recueilli ces lamentations. Mais j'userai du fleuve comme d'un fleuve et de la montagne comme d'une montagne. Et peut-�tre situ�e ici me servira-t-elle moins qu'elle ne m'e�t servi, situ�e ailleurs, de m�me que cet adversaire, s'il est puissant, te favorisera certes moins qu'un alli�. Mais autant regretter de n'�tre point n� � une autre �poque, ou comme chef d'un autre empire, ce qui est de la pourriture du r�ve. Mais �tant donn� ce qui est et dont je dois seul tenir compte, il reste que je dispose du m�me pouvoir d'action sur mon adversaire que sur mon ami. Cette action dans un sens �tant plus ou moins favorable, dans l'autre plus ou moins d�favorable. Mais s'il s'agit d'agir sur le levier d'une balance, c'est-�-dire de te manifester par une action, ou par une force, �quivalentes sont les op�rations qui consistent soit � enlever un poids du plateau de droite, soit � ajouter un poids au plateau de gauche.
Mais toi tu pars d'un point de vue moral qui n'a point affaire dans ton aventure et celui-l� qui t'a vex�, injuri� ou trahi, tu le condamnes et le rejettes et l'obliges � te vexer, injurier ou trahir plus gravement demain. Moi, celui-l� m�me qui m'a trahi, je m'en sers comme tra�tre, car il est pi�ce d'un �chiquier et d�termin�, et je puis m'appuyer sur lui pour concevoir et organiser ma victoire. Car ma connaissance de mon adversaire n'est-elle point d�j� une arme? Et ma victoire, j'en userai ensuite pour le pendre.
CLXIX
Si � ta femme tu adresses ce reproche:
�Tu n'�tais point l� quand je t'attendais.�
Elle te r�pond:
�Et comment aurais-je pu �tre l� alors que je me trouvais chez notre voisine?�
Et il est vrai qu'elle se trouvait chez ta voisine.
Si au m�decin tu dis:
�Pourquoi n'�tais-tu pas l�-bas o� l'on tentait de r�veiller l'enfant noy�?��
Il te r�pond:
�Comment aurais-je pu �tre l� puisque je soignais ailleurs ce vieillard?�
Et il est vrai qu'il soignait ce vieillard.
Si � quiconque de l'empire tu dis:
�Pourquoi ne servais-tu point ici l'empire?�
Il te r�pond:
�Comment aurais-je pu servir ici l'empire puisque j'agissais l�-bas?��
Et il est vrai qu'il agissait l�-bas.
Mais sache que si tu ne vois point monter l'arbre � travers les actes des hommes, c'est qu'il n'est point de graine, car elle e�t drain� dans cette direction n�cessaire la pr�sence de la femme, le geste du m�decin, le service du serviteur de l'empire. Et f�t n� � travers eux ce que tu pr�tendais faire na�tre. Car pour l'homme qui forge des clous par religion de la forge des clous, l'acte est le m�me qui forge tel clou ou tel autre. Mais il se peut qu'il s'agisse des clous du navire. Et pour toi qui te recules pour mieux voir il est naissance et non d�sordre.
Car l'�tre n'a ni habilet�, ni d�faillance, et il peut �tre inconnu de chacun qui en participe, faute de langage. Il appara�t en chacun selon son langage particulier.
L'�tre ne manque pas les occasions. Il s'alimente, se construit, convertit. Chacun peut l'ignorer puisqu'il ne conna�t que la logique de son �tage. (La femme: l'emploi du temps, non le d�sir de se trouver � la maison.)
Il n'y a point de d�faillance en soi. Car tout acte est justifiable. A la fois noble ou non selon le point de vue. Il y a d�faillance par rapport � l'�tre ou d�faillance de l'�tre. Chacun peut avoir des raisons nobles de ne pas agir dans une certaine direction. Nobles et logiques. Et c'est que l'�tre ne l'a pas drain� assez fortement. Ainsi de l'autre qui au lieu de forger des clous sculpte des pierres. Il trahit le voilier.
Je n'irai pas entendre de toi les raisons de ton comportement: tu n'as point de langage. Ou plus exactement, il y a un langage du prince, puis de ses architectes, puis de ses chefs d'�quipes, puis des cloutiers, puis des man�uvres.
Cet homme tu le paies pour son ouvrage. Tu le paies assez cher pour qu'il te soit reconnaissant non tant des services mat�riels que de l'hommage rendu � son m�rite, car il n'est point de prix de sa sculpture ou du risque de sa vie qu'il puisse juger exag�r�. La sculpture vaut ce qu'on l'ach�te.
Et voici qu'avec ton argent, non seulement tu as achet� la sculpture mais l'�me du sculpteur.
Il est sain que tu estimes louable ce qui te fait vivre. Car tel travail c'est le pain des enfants. Et il n'est point si bas puisqu'il se change en rires d'enfants. Ainsi celui-l� sert le tyran mais le tyran sert les enfants. Ainsi la confusion s'est introduite dans le comportement de l'homme et tu ne peux clairement le juger.
Tu peux juger celui-l� seul qui trahit l'�tre qui e�t pu drainer ses actes et lui faire choisir parmi des pas tous semblables le pas qui �tait dirig�.
Ainsi l'homme scelle une pierre � l'autre sous le soleil. Et son acte est tel. Pay� tel prix. Co�tant telle fatigue. Et il ne voit l� que sacrifice consenti au scellage des pierres. Tu n'as rien � lui reprocher si elle n'est point pierre d'un temple.
Tu as fond� l'amour du temple pour que soit drain� vers le temple l'amour des scellages des pierres.
Car l'�tre tend � s'alimenter et � grandir.
Il te faut voir beaucoup d'hommes pour le conna�tre. Et divers. Ainsi du navire � travers les clous, les toiles et les planches.
L'�tre n'est point accessible � la raison. Son sens c'est d'�tre et de tendre. Il devient raison � l'�tage des actes. Mais non d'embl�e. Sinon nul enfant ne subsisterait car il est si faible vis-�-vis du monde. Ni le c�dre contre le d�sert. Le c�dre na�t contre le d�sert car il l'absorbe.
Ton comportement tu ne l'appuies point d'abord sur la raison. Tu mets ta raison � son service. N'exige pas de ton adversaire qu'il fasse plus que toi preuve de raison. N'est logique que ton �uvre faite, une fois �tal�e dans l'espace et dans le temps. Mais pourquoi cet �talement est-il celui-ci et non un autre? Pourquoi ce guide-ci a-t-il guid� et non un autre? Il n'y a jamais eu qu'action du hasard. Mais comment les hasards, au lieu de disperser l'arbre en poussi�re, 1'�tablissent-ils contre la pesanteur?