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Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:

Citadelle est un livre particulier dans le sens où il n'a jamais été achevé ni retouché (ou très peu) par Saint-Exupéry. L'œuvre est restée à l'état de brouillon dactylographié imparfait avant d'être mis en forme, tant bien que mal, par l'éditeur. Saint-Exupéry aborde ici tous ses thèmes récurrents déjà visités dans ses précédents écrits: l'Amour, l'Apprentissage, la Création, Dieu, les Hommes, les Voyages, etc.
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Pour que la terre se fasse basilique il suffit d'une graine ail�e au gr� des vents.

CLXXXII

Je tracerai mon sillon, sans d'abord comprendre. Simplement j'irai� Je suis de l'empire et lui de moi, ne m'en sachant point distinguer. N'ayant rien � attendre de ce que je n'ai d'abord fond�, p�re de mes fils qui sont de moi. Ni g�n�reux, ni avare, ni me sacrifiant, ni ne sollicitant les sacrifices, car si je meurs sur les remparts je ne me sacrifie point pour la ville, mais pour moi qui suis de la ville. Et certes, ce dont je vis, je meurs. Mais tu recherches comme un objet � vendre les grandes joies vives qui t'ont d'abord �t� donn�es comme r�compenses. Ainsi la cit� au c�ur des sables te devenait fleur pourpre, riche de chair, et tu la palpais ne te lassant point de t'en r�jouir. D�ambulant au large de ses marches, tirant ton plaisir des grands �boulis des l�gumes de couleur, des pyramides de mandarines bien install�es � la fa�on de Capitales dans la province de leur odeur, et par-dessus tout des �pices qui ont pouvoir de diamant car une seule pinc�e de ce poivre doux, que t'ont ramen� des contr�es lointaines la procession des voiliers sous leur cornette, r�installe en toi et le sel de la mer et le goudron des ports et l'odeur des courroies de cuir qui, dans l'aridit� interminable, quand tu �tais en marche vers le miracle de la mer, ont embaum� tes caravanes. Et c'est pourquoi je dis que le path�tique du march� d'�pices tu l'as fond� par les cals, les �raflures, les tum�factions et les marinages de ta propre chair.

Mais qu'iras-tu chercher ici, s'il ne s'agit plus, comme l'on br�le des r�serves d'huile, de faire chanter encore des victoires?

Ah! d'avoir une fois go�t� l'eau du puits d'El Ksour! Me suffit certes du c�r�monial d'une f�te pour qu'une fontaine me soit cantique�

Ainsi j'irai. Je commencerai sans ferveur, mais, faisant du grenier l'escale des graines, je ne sais distinguer l'engrangement de la consommation du bl� engrang�. J'ai voulu m'asseoir et go�ter la paix. Et voici qu'il n'est point de paix. Et voici que je reconnais qu'ils se sont tromp�s ceux qui me voulaient installer sur mes victoires pass�es, s'imaginant que l'on peut enfermer et r�server une victoire, alors qu'il en est ici comme du vent lequel, si tu le r�serves, n'est plus.

Fou celui-l� qui enfermait l'eau dans son urne parce qu'il aimait le chant des fontaines.

Ah! Seigneur! je me fais chemin et v�hicule. Je vais et viens. Je fais mon labour d'�ne ou de cheval, avec ma patience t�tue. Je ne connais que la terre que je retourne, et, dans mon tablier nou�, le ruissellement sur mes doigts de la grenaille des semences. A Toi d'inventer le printemps et de d�rouler les moissons, selon Ta gloire.

Donc je vais contre le courant. Je m'inflige ces tristes pas de ronde qui sont de la sentinelle pench�e � dormir, quand � peine elle r�ve de la soupe, afin que le dieu des sentinelles se dise une fois l'an: �Qu'elle est belle cette demeure� qu'elle est fid�le� qu'elle est donc aust�re dans sa vigilance!� Je te r�compenserai de tes cent mille pas de ronde. Je m'en viendrai te visiter. Et ce seront mes bras qui porteront les armes. Mais comme pr�t�s et m�l�s aux tiens. Et tu te sentiras couvrant l'empire. Et ce seront mes yeux qui recenseront du haut des remparts la splendeur de la ville. Et toi et moi et ville ne feront qu'un. Alors l'amour te sera comme une br�lure. Et si l'�clat de l'incendie promet d'�tre assez beau pour payer le bois de ta vie que b�che � b�che tu as amoncel�, je te permettrai de mourir.

CLXXXIII

La graine se pourrait contempler et se dire: �Combien je suis belle et puissante et vigoureuse! Je suis c�dre. Mieux encore, je suis c�dre dans son essence.� Mais je dis, moi, qu'elle n'est rien encore. Elle est v�hicule, voie et passage. Elle est op�rateur. Qu'elle me fasse son op�ration! Qu'elle conduise lentement la terre vers l'arbre. Qu'elle installe le c�dre pour la gloire de Dieu. Alors je la jugerai sur ses branchages. Mais eux de m�me se consid�rent. �Je suis tel ou tel.� Ils se croient provision de merveilles. Il est une porte en eux sur des tr�sors bien compos�s. Suffit de la d�couvrir � t�tons. Et ils te montent au hasard leurs �ructations en po�mes. Mais tu les entends �ructer sans bien t'�mouvoir.

Ainsi du sorcier de la tribu n�gre. Il rassemble au hasard et d'un air entendu, tout un mat�riel d'herbes, d'ingr�dients et d'organes bizarres. Il te remue le tout dans sa grande soupi�re, par nuit sans lune. Il prononce des mots et des mots et des mots. Il attend que, de sa cuisine, un pouvoir invisible �mane qui culbutera ton arm�e, laquelle est en marche vers sa tani�re. Mais rien ne se montre. Et il recommence. Et il change les mots. Et il change les herbes. Et certes, il ne se trompait point dans l'ambition de son souhait. Car j'ai vu la p�te de bois m�lang�e de liqueur noir�tre renverser les empires. S'agissait de ma lettre qui d�cidait la guerre. J'ai connu la soupi�re d'o� sortait la victoire. On y malaxait la poudre � fusil. J'ai entendu le faible tremblement de l'air, sorti d'abord d'une simple poitrine, embraser mon peuple de proche en proche � la fa�on d'un incendie. Tel pr�chait pour la r�bellion. J'ai aussi connu des pierres convenablement dispos�es qui ouvraient un vaisseau de silence.

Mais je n'ai jamais rien vu sortir des mat�riaux de hasard s'ils ne trouvaient point en quelque esprit d'homme leur commune mesure. Et si le po�me me peut �mouvoir, par contre nul assemblage de caract�res issu du d�sordre de jeux d'enfants ne m'a jamais tir� de larmes. Car n'est rien la graine non exprim�e qui pr�tend faire admirer l'arbre � l'ascension duquel elle ne s'est point employ�e.

Certes tu tends vers Dieu. Mais de ce que tu puisses devenir ne d�duis point que tu sois. Tes �ructations ne transportent rien. Lorsque midi br�le, la graine, f�t-elle de c�dre, ne me verse point d'ombre.

Les temps cruels r�veillent l'archange endormi. Qu'il craque � travers nous ses langes et �clate sous les regards! Petits langages subtils, qu'il vous absorbe et vous renoue. Qu'il nous pousse un cri v�ritable. Cri vers l'absente. Cri de la haine contre la meute. Cri pour le pain. Qu'il remplisse de signification le moissonneur, ou la moisson, ou le vent � la main profonde sur les bl�s, ou l'amour, ou quoi que ce soit qui trempe d'abord dans la lenteur.

Mais tu t'en vas, pillard, au quartier r�serv� de la ville chercher, par des jeux compliqu�s, � faire sur toi retentir l'amour, alors qu'il est du r�le de l'amour de faire retentir sur toi la main simple de la simple �pouse sur ton �paule.

Certes, il n'est que magie et il est du r�le du c�r�monial de te conduire vers des captures qui ne sont point de l'essence des pi�ges, comme il en est de la br�lure de c�ur que ceux du Nord tirent une fois l'an d'un m�lange de r�sine, de bois verni et de cire chaude. Mais je dis fausse magie et paresse et incoh�rence ta trituration dans ta soupi�re d'ingr�dients de hasard, dans l'attente d'un miracle que tu n'aurais point pr�par�. Car, oubliant de devenir, tu pr�tends marcher � ta propre rencontre. Et d�s lors il n'est plus d'espoir. Se referment sur toi les portes de bronze.

CLXXXIV

M�lancolique, j'�tais, car je me tourmentais � propos des hommes. Chacun tourn� vers soi et ne sachant plus quoi souhaiter. Car quels biens souhaiterais-tu si tu d�sires te les soumettre et qu'ils t'augmentent? L'arbre, certes, cherche les sucs du sol pour s'en nourrir et les transformer en soi-m�me. La b�te l'herbe ou quelque autre b�te qu'elle transformera en soi-m�me. Et toi aussi tu te nourris. Mais hors ta nourriture que souhaiteras-tu dont tu puisses toi-m�me faire usage? De ce que l'encens pla�t � l'orgueil, tu loues des hommes pour t'acclamer. Et ils t'acclament. Et voici que les acclamations te sont vaines. De ce que les tapis de haute laine font douces les demeures, tu les fais acheter par la ville. Tu en encombres ta maison. Et voici qu'ils te sont st�riles. Tu jalouses ton voisin de ce que son domaine est royal. Tu l'en d�pouilles. Tu t'y installes. Et il n'a rien � te livrer qui t'int�resse. Il est tel poste que tu brigues. Et tu intrigues pour l'obtenir. Et tu l'obtiens. Et il n'est lui-m�me que maison vide.

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