Citadelle
- Автор: де Сент-Экзюпери Антуан
- Год: 2009
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:
�Ils sont l�, Seigneur, sollicitant de moi leur signification. Ils attendent leur v�rit� de moi, Seigneur, mais elle n'est point forg�e encore. �clairez-moi. Je malaxe la p�te � pain afin que se manifestent les racines. Mais rien ne se noue encore et je connais la mauvaise conscience des nuits blanches. Mais je connais aussi l'oisivet� du fruit. Car toute cr�ation trempe dans le temps d'abord, o� devenir.
�Ils m'apportent en vrac leurs souhaits, leurs d�sirs, leurs besoins. Ils les empilent sur mon chantier comme autant de mat�riaux dont je crois cr�er l'assemblage afin que les absorbe le temple ou le navire.
�Mais je ne sacrifierai point les besoins des uns aux besoins des autres, la grandeur des uns � celle des autres. La paix des uns � la paix des autres. Je les soumettrai tous les uns aux autres afin qu'ils deviennent temple ou navire.
�Car il m'est apparu que soumettre c'�tait recevoir et placer. Je soumets la pierre au temple et elle ne reste point en vrac sur le chantier. Et il n'est point de clou dont je ne serve le navire.
�Je n'�couterai pas le plus grand nombre, car ils ne voient point le navire, lequel est au-dessus d'eux. Si �taient en plus grand nombre les forgeurs de clous ils soumettraient les scieurs de planches � la v�rit� des forgeurs de clous et il ne na�trait point de navire.
�Je ne cr�erai point la paix de la termiti�re par un choix vide et des bourreaux et des prisons malgr� qu'ensuite viendrait la paix, car, cr�� par la termiti�re, l'homme le serait pour la termiti�re. Mais peu m'importe de perp�tuer l'esp�ce si elle ne transporte point ses bagages. Le vase certes est le plus urgent, mais c'est la liqueur qui fait son prix.
�Je ne concilierai point non plus. Car concilier c'est se satisfaire de l'ignominie d'un m�lange ti�de o� se sont concili�es des boissons glac�es et br�lantes. Et je veux sauver les hommes dans leur saveur. Car tout ce qu'ils cherchent est souhaitable, leurs v�rit�s sont toutes �videntes. C'est � moi de cr�er l'image qui les absorbe. Car la commune mesure de la v�rit� des scieurs de planches et de la v�rit� des forgeurs de clous, c'est le navire.
�Mais viendra l'heure, Seigneur, o� tu auras piti� de mon d�chirement dont je n'ai rien refus�. Car je brigue la s�r�nit� qui rayonne sur les litiges absorb�s et non la paix du partisan qui est faite moiti� d'amour moiti� de haine.
�Lorsque je m'indigne, Seigneur, c'est que je n'ai point encore compris. Quand j'emprisonne ou ex�cute c'est que je ne sais point couvrir. Car celui-l� qui se fait une v�rit� fragile, comme de pr�f�rer la libert� � la contrainte, ou la contrainte � la libert�, faute de dominer un langage vain dont les mots se tirent la langue, celui-l� se sent bouillir de col�re quand on le pr�tend contredire. Si tu cries fort, c'est que ton langage est insuffisant et que tu cherches � couvrir les voix des autres. Mais en quoi, Seigneur, m'indignerais-je si j'ai acc�d� � ta montagne et si j'ai vu se faire le I travail � travers les mots provisoires? Celui qui me viendra, je l'accueillerai. Celui qui s'agitera contre, moi, je le comprendrai dans son erreur et lui parlerai doucement afin qu'il revienne. Et rien de cette douleur ne sera concession, flagornerie ou appel du suffrage, mais de ce qu'� travers lui je lirai si clairement le path�tique de son d�sir. Le faisant mien puisque je l'ai lui aussi absorb�. La col�re ne rend pas aveugle: elle na�t d'�tre aveugle. Tu t'indignes contre celle-l� qui montre sa hargne. Mais elle t'ouvre sa robe, tu vois ce cancer, et tu pardonnes. Pourquoi t'irriterais-tu contre ce d�sespoir?
�La paix que je m�dite se gagne � travers la souffrance. J'accepte la cruaut� des nuits blanches car je suis en marche vers toi qui es �nonc�, effacement des questions, et silence. Je suis arbre lent mais je suis arbre. Et gr�ce � toi je drainerai les sucs de la terre.
�Ah! j'ai bien compris de l'esprit, Seigneur, qu'il domine l'intelligence. Car l'intelligence examine les mat�riaux mais l'esprit seul voit le navire. Et si j'ai fond� le navire, ils me pr�teront leurs intelligences pour habiller, sculpter, durcir, d�montrer le visage que j'aurai cr��.
�Pourquoi me refuseraient-ils? Je n'ai rien apport� qui les brime mais les ai d�livr�s chacun dans son amour.
�Et pourquoi le scieur de planches scierait-il moins si la planche est planche pour navire?
�Voici que les indiff�rents eux-m�mes qui n'avaient point re�u de place se convertiront vers la mer. Car tout �tre cherche � convertir et � absorber en soi ce qui est autour.
�Et qui saurait pr�voir les hommes s'il ne sait assister au navire? Car les mat�riaux n'enseignent rien sur leur d�marche. Ils ne sont point n�s s'ils ne sont point n�s dans un �tre. Mais c'est une fois assembl�es que les pierres peuvent agir sur le c�ur de l'homme par la pleine mer du silence. Quand la terre est drain�e par la graine de c�dre, je sais pr�voir le comportement de la terre. Et si j'ai connu l'architecte, tels mat�riaux du chantier, je connais vers quoi il penche, et qu'ils aborderont des �les lointaines.�
CLXXV
Je te d�sire permanent et bien fond�. Je te d�sire fid�le. Car fid�le d'abord c'est de l'�tre � soi-m�me. Tu n'as rien � attendre de la trahison car les n�uds te sont longs � nouer qui te r�giront, t'animeront, te feront ton sens et ta lumi�re. Ainsi des pierres du temple. Je ne les r�pands pas en vrac chaque jour pour t�tonner vers des temples meilleurs. Si tu vends ton domaine pour un autre, meilleur peut-�tre en apparence, tu as perdu quelque chose de toi que tu ne retrouveras plus. Et pourquoi t'ennuies-tu dans ta maison neuve? Plus commode, favorisant mieux ce que tu souhaitais dans ta mis�re de l'autre. Ton puits te fatiguait le bras et tu r�vais d'une fontaine. Voil� ta fontaine. Mais te manquent d�sormais le chant de la poulie et l'eau tir�e du ventre de la terre qui te miroitait une fois au soleil.
Et ce n'est point que je ne d�sire que tu ne gravisses la montagne et ne t'�l�ves et ne te forme et souhaite marcher de l'avant � chaque heure. Mais autre chose est la fontaine dont tu embellis ta maison � et qui est victoire de tes mains � et ton installation dans le coquillage d'autrui. Car autre chose sont les gains successifs dans une m�me direction comme d'enrichir le temple, lesquels gains sont croissance d'arbre qui se d�veloppe selon son g�nie, et ton d�m�nagement sans amour.
Je me m�fie de toi lorsque tu tranches, car tu y risques ton bien le plus pr�cieux, lequel n'est point des choses mais du sens des choses.
J'ai toujours connu comme tristes les �migr�s.
Je te demande d'ouvrir ton esprit car tu risques d'�tre dupe des mots. Tel a fait son sens du voyage. Il va d'une escale � l'autre escale et je ne dis point qu'il s'appauvrisse. Sa continuit� c'est le voyage. Mais l'autre aime sa maison. Sa continuit� c'est la maison. Et s'il la change chaque jour il n'y sera jamais heureux. Si je parle du s�dentaire, je ne parle point de celui-l� qui aime d'abord sa maison. Je parle de celui qui ne l'aime plus ni ne la voit. Car ta maison aussi est perp�tuelle victoire comme le sait bien ta femme qui la refait neuve au lever du jour.
Je t'enseignerai donc sur la trahison. Car tu es n�ud de relations et rien d'autre. Et tu existes par tes liens. Tes liens existent par toi. Le temple existe par chacune des pierres. Tu enl�ves celle-ci: il s'�boule. Tu es d'un temple, d'un domaine, d'un empire. Et ils sont par toi. Et il n'est point de toi de juger, comme on juge venu du dehors, et non nou�, ce dont tu es. Quand tu juges c'est toi que tu juges. C'est ton fardeau, mais c'est ton exaltation.
Car je m�prise celui-l� qui, son fils ayant p�ch�, d�nigre son fils. Son fils est de lui. Il importe qu'il le semonce et le condamne � se punissant soi-m�me s'il l'aime � et lui ass�ne ses v�rit�s, mais non qu'il aille s'en plaindre de maison en maison. Car alors, s'il se d�solidarise de son fils, il n'est plus un p�re, et il y gagne ce repos qui n'est que d'�tre moins et ressemble au repos des morts. Pauvres je les ai toujours trouv�s ceux qui ne savaient plus de quoi ils �taient solidaires. Je les ai toujours observ�s qui se cherchaient une religion, un groupe, un sens, et qui faisaient la qu�te pour �tre accueillis. Mais ils ne rencontraient qu'un fant�me d'accueil. Il n'est d'accueil vrai que dans les racines. Car tu demandes � �tre bien plant�, bien lourd de droits et de devoirs, et responsable. Mais tu ne prends pas une charge d'homme dans la vie comme une charge de ma�on dans un chantier sur l'engagement d'un ma�tre d'esclaves. Te voil� vide si tu te fais transfuge.