Citadelle
- Автор: де Сент-Экзюпери Антуан
- Год: 2009
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:
Tu donnes naissance � ce que tu consid�res. Car tu fais na�tre l'�tre de l'avoir d�fini. Et il cherche � s'alimenter, � se perp�tuer et � grandir. Il travaille � faire devenir soi ce qui est autre. Tu admires la richesse de l'homme. Et voil� qu'il se consid�re en tant que riche et, alors que peut-�tre il n'y songeait pas, s'absorbera dans l'accroissement de ses richesses. Car elles lui deviennent signification de soi-m�me. Ne souhaite pas changer l'individu en autre chose que ce qu'il est pr�sentement. Car sans doute de puissantes raisons contre lesquelles tu ne peux rien l'obligent d'�tre ainsi et non autrement. Mais tu peux le changer dans ce qu'il est, car l'homme est lourd de substance, il est de tout. A toi de choisir de lui ce qui te pla�t. Et � en �crire le dessin afin qu'il paraisse �vident � tous et � lui-m�me. Et l'ayant vu il l'acceptera car il l'acceptait bien la veille, m�me sans passion pour l'y aider. Et une fois ceci devenu en lui d'avoir �t� consid�r�, et devenu lui, il vivra de la vie des �tres cherchant � se perp�tuer et � grandir.
Car celui-l� donne au ma�tre d'esclaves une part de travail et une part de refus du travail. Ainsi est la vie car il e�t pu, certes, travailler plus ou travailler moins. Si tu veux maintenant qu'une part d�vore l'autre, que le travail d�vore le refus du travail, tu diras � l'homme: �Toi qui acceptes ce travail malgr� l'amertume, parce que dans ce travail seul tu retrouves ta dignit� et l'exercice de ta cr�ation, tu as raison car tu dois cr�er o� l'on peut cr�er. Et ne sert de rien de regretter que le ma�tre ne soit point un autre. Il est, comme est l'�poque o� tu es n�. Ou la montagne de ton pays��
Et tu n'as point souhait� de lui qu'il travaill�t plus, ni n'as enfl� son propre litige avec lui-m�me. Mais tu lui as offert une v�rit� qui a concili� ses deux parts dans l'�tre qui t'int�ressait. Celui-l� marchera, s'accro�tra et l'homme ira vers le travail.
Ou bien tu souhaites de voir la part de refus du travail d�vorer la part de travail. Et tu lui diras:
�Tu es celui-l� qui, malgr� le fouet et le chantage du pain, n'accorde au travail souhait� que la part irr�ductible faute de laquelle tu mourrais. Que de courage dans ton comportement! Et combien tu as raison, car si tu veux que le ma�tre soit vuln�rable, tu n'as d'autre moyen que de te croire d'avance vainqueur. Ce que tu ne conc�des point dans ton c�ur est sauv�. Et la logique ne gouverne point les cr�ations.�
Et tu n'as pas souhait� de lui qu'il travaill�t moins, ni n'as enfl� son propre litige avec lui-m�me. Mais tu lui as offert une v�rit� qui a concili� ses deux points de vue dans l'�tre qui t'int�ressait. Celui-l� marchera, s'accro�tra, et l'homme ira vers la r�volte.
C'est pourquoi je n'ai point d'ennemis. Dans l'ennemi je consid�re l'ami. Et il le devient.
Je prends tous les morceaux. Je n'ai point � changer les morceaux. Mais je les noue par un autre langage. Et le m�me �tre ira diff�remment.
Tout ce que tu m'apporteras, de tes mat�riaux je le dirai vrai. Et je dirai regrettable l'image qu'ils composent. Et si mon image les absorbe mieux, et qu'elle aille selon mon d�sir, tu seras mien.
C'est pourquoi je dis que tu as raison de construire ton mur autour des sources. Mais voici d'autres sources qui n'y sont point comprises. Et il est de ton �tre de jeter bas ton mur pour le reb�tir. Mais tu le reb�tis sur moi et je deviens semence � l'int�rieur de tes remparts.
CLXX
Je condamne ta vanit�, mais non pas ton orgueil, car si tu danses mieux qu'une autre, pourquoi te d�nigrerais-tu en t'humiliant devant qui danse mal? Il est une forme d'orgueil qui est amour de la danse bien dans�e.
Mais l'amour de la danse n'est point amour de toi qui danses. Tu tires ton sens de ton �uvre, ce n'est point l'�uvre qui se pr�vaut de toi. Et tu ne t'ach�veras jamais, sinon dans la mort. Seule la vaniteuse se satisfait, interrompt sa marche pour se contempler, et s'absorbe dans son adoration d'elle-m�me. Elle n'a rien � recevoir de toi, sinon tes applaudissements. Or nous m�prisons de tels app�tits, nous, �ternels nomades de la marche vers Dieu, car rien de nous ne nous peut satisfaire.
La vaniteuse a fait halte en soi-m�me, croyant que l'on a pris visage avant l'heure de la mort. C'est pourquoi elle ne saurait plus ni rien recevoir ni rien donner, pr�cis�ment � la fa�on des morts.
L'humilit� du c�ur n'exige point que tu t'humilies mais que tu t'ouvres. C'est la clef des �changes. Alors seulement tu peux donner et recevoir. Et je ne sais point distinguer l'un de l'autre ces deux mots pour un m�me chemin. L'humilit� n'est point soumission aux hommes, mais � Dieu. Ainsi de la pierre soumise non aux pierres mais au temple. Quand tu sers c'est la cr�ation que tu sers. La m�re est humble vis-�-vis de l'enfant et le jardinier devant la rose.
Moi, le roi, je m'irai soumettre sans g�ne � l'enseignement du laboureur. Car il en sait plus long qu'un roi sur le labour. Et, lui sachant gr� de m'instruire, je l'en remercierai sans croire d�choir. Car il est naturel que la science du labour aille du laboureur vers le roi. Mais, d�daignant toute vanit�, je ne solliciterai point qu'il m'admire. Car le jugement va du roi vers le laboureur.
Tu as rencontr� au cours de ta vie celle qui s'est prise pour idole. Que recevrait-elle de l'amour? Tout, jusqu'� ta joie de la retrouver, lui devient hommage. Mais plus l'hommage est co�teux, plus il vaut: elle go�terait mieux ton d�sespoir.
Elle d�vore sans se nourrir. Elle s'empare de toi pour te br�ler en son honneur. Elle est semblable � un four cr�matoire. Elle s'enrichit, dans son avarice, de vaines captures, croyant que, sa joie, elle la trouvera dans cet empilage. Mais elle n'empile que des cendres. Car l'usage v�ritable de tes dons �tait chemin de l'un vers l'autre, et non capture.
Puisqu'elle y voit des gages elle se gardera de t'en accorder en retour. Faute d'�lans qui te combleraient, sa fausse r�serve te pr�tendra que la communion dispense des signes. C'est marque d'impuissance � aimer, non �l�vation de l'amour. Le sculpteur s'il m�prise la glaise, il p�trit le vent. Si ton amour m�prise les signes de l'amour, sous pr�texte d'atteindre l'essence, il n'est plus que vocabulaire. Je te veux des souhaits et des pr�sents et des t�moignages. Saurais-tu aimer le domaine, si tu en excluais tour � tour, comme superflus, parce que trop particuliers, le moulin, le troupeau, la maison? Comment construire l'amour qui est visage lu � travers la trame, s'il n'est point de trame sur quoi l'�crire?
Car il n'est point de cath�drale sans c�r�monial des pierres.
Et il n'est point d'amour sans c�r�monial en vue de l'amour. L'essence de l'arbre je ne l'atteins que s'il a lentement p�tri la terre selon le c�r�monial des racines, du tronc et des branches. Alors le voil� qui est un. Tel arbre et non un autre.
Mais celle-l� d�daigne les �changes dont elle na�trait. Elle cherche dans l'amour un objet capturable. Et cet amour n'a point de signification.
Elle croit que l'amour est cadeau qu'elle peut enfermer en soi. Si tu l'aimes c'est qu'elle t'a gagn�. Elle t'enferme en elle, croyant s'enrichir. Or, l'amour n'est point tr�sor � saisir, mais obligation de part et d'autre. Mais fruit d'un c�r�monial accept�. Mais visage des chemins de l'�change.
Celle-l� ne na�tra jamais. Car tu ne saurais na�tre que d'un r�seau de liens. Elle demeurera graine avort�e et d'un pouvoir inemploy�, s�che d'�me et de c�ur. Elle vieillira, fun�bre, dans la vanit� de ses captures.
Car tu ne peux rien t'attribuer. Tu n'es point un coffre. Tu es le n�ud de ta diversit�. Ainsi du temple, lequel est sens des pierres.
D�tourne-toi d'elle. Tu n'as d'espoir ni de l'embellir ni de l'enrichir. Ton diamant lui est devenu sceptre, couronne et marque de domination. Pour admirer, ne f�t-ce qu'un bijou, il faut l'humilit� de c�ur. Elle n'admirait point: elle enviait. L'admiration pr�pare l'amour, mais l'envie pr�pare le m�pris. Elle m�prisera, au nom de celui qu'elle d�tient enfin, tous les autres diamants de la terre. Et tu l'auras tranch�e un peu plus avant d'avec le monde.