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Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:

Citadelle est un livre particulier dans le sens où il n'a jamais été achevé ni retouché (ou très peu) par Saint-Exupéry. L'œuvre est restée à l'état de brouillon dactylographié imparfait avant d'être mis en forme, tant bien que mal, par l'éditeur. Saint-Exupéry aborde ici tous ses thèmes récurrents déjà visités dans ses précédents écrits: l'Amour, l'Apprentissage, la Création, Dieu, les Hommes, les Voyages, etc.
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Car une maison, ne suffit point, pour en �tre heureux, qu'elle soit luxueuse ou commode ou ornementale et que tu t'y puisses �taler, la croyant tienne. D'abord parce qu'il n'est rien qui soit tien puisque tu mourras et qu'il importe non qu'elle soit de toi � car c'est elle qui s'en trouve embellie ou diminu�e � mais que tu sois d'elle car alors elle te m�ne quelque part, comme il en est de la maison qui abritera ta dynastie. Tu ne te r�jouis point des objets mais des routes qu'ils t'ouvrent. Ensuite parce qu'il serait trop ais� que tel vagabond �go�ste et morne se puisse offrir une vie d'opulence et de faste rien qu'en cultivant l'illusion d'�tre prince en marchant de long en large devant le palais du roi: �Voici mon palais�, dirait-il. Et en effet, au seigneur v�ritable non plus, le palais, dans son opulence, ne lui sert de rien dans l'instant. Il n'occupe qu'une salle � la fois. Il lui arrive de fermer les yeux ou de lire ou de conserver et ainsi, de cette salle m�me, de ne rien voir. De m�me qu'il se peut que, se promenant dans le jardin, il tourne le dos � l'architecture. Et cependant il est le ma�tre du palais, et orgueilleux et peut-�tre ennobli de c�ur, et contenant en soi jusqu'au silence de la salle oubli�e du Conseil, et jusqu'aux mansardes et jusqu'aux caves. Donc il pourrait �tre du jeu du mendiant, puisque rien, hors l'id�e, ne le distingue du seigneur, de s'en imaginer le ma�tre et de se pavaner lentement de long en large comme rev�tu d'une �me � tra�ne. Et cependant peu efficace sera le jeu, et les sentiments invent�s participeront de la pourriture du r�ve. A peine jouera sur lui le faible mim�tisme qui te fait rentrer les �paules si je d�cris un carnage, ou te r�jouir du vague bonheur que te raconte telle chanson.

Ce qui est de ton corps tu te l'attribues et le changes en toi. Mais c'est faussement que tu pr�tends agir de m�me en ce qui concerne l'esprit et le c�ur. Car peu riches en v�rit�s sont tes joies tir�es de tes digestions.

Mais, bien plus, tu ne dig�res ni le palais, ni l'aigui�re d'argent, ni l'amiti� de ton ami. Le palais restera palais et l'aigui�re restera aigui�re. Et les amis continueront leur vie.

Or, moi, je suis l'op�rateur qui, d'un mendiant en apparence semblable au roi, puisqu'il contemple le palais, ou mieux que le palais, la mer, ou mieux que la mer, la Voie Lact�e, mais ne sait rien extraire pour soi de ce morne coup d'�il sur l'�tendue, tire un roi v�ritable malgr� que rien, dans les apparences, ne soit chang�. Et, en effet, il n'y aurait rien � changer dans les apparences, puisque sont les m�mes seigneur et mendiant, sont les m�mes celui-l� qui aime et celui-l� qui pleure l'amour perdu, s'ils sont assis au seuil de leur demeure, dans la paix du soir. Mais l'un des deux, et peut-�tre le mieux portant, et le plus riche, et le plus orn� d'esprit et de c�ur, s'ira, ce soir, si nul ne le retient, plonger dans la mer. Donc pour, de toi qui es l'un, tirer l'autre, point n'est besoin de rien te procurer qui soit visible et mat�riel, ou te modifier en quoi que ce soit. Suffit que je t'enseigne le langage qui te permette de lire en ce qui est autour de toi et en toi tel visage neuf et br�lant pour le c�ur, comme il en est, si te voil� morne, de quelques pi�ces de bois grossier, dispos�es au hasard sur une planche, mais qui, si je t'ai �lev� � la science du jeu d'�checs, te verseront le rayonnement de leur probl�me.

C'est pourquoi je les consid�re dans le silence de mon amour sans leur reprocher leur ennui qui n'est point d'eux-m�mes, mais de leur langage, sachant que, du roi victorieux qui respire le vent du d�sert et du mendiant qui s'abreuve � la m�me rivi�re ail�e, il n'est rien qu'un langage qui les distingue, mais qu'injuste je serais si je reprochais au mendiant, sans l'avoir d'abord tir� hors de soi, de ne point �prouver les sentiments d'un roi victorieux dans sa victoire.

Je donne les clefs de l'�tendue.

CLXXXV

Et l'un et l'autre, je les voyais parmi les provisions du monde et le miel accompli. Mais semblables � celui-l� qui va parmi la ville morte � morte pour lui � mais miraculeuse derri�re les murs � ou celui-l� encore qui �coute r�citer le po�me dans un langage qui ne lui fut point enseign� � ou coudoie la femme pour qui tel autre accepterait volontiers de mourir, mais que lui-m�me oublie d'aimer�

Je vous enseignerai l'usage de l'amour. Qu'impor-tent les objets du culte. J'ai vu dans l'embuscade autour du puits celui-l� qui e�t pu survivre se laisser remplir les yeux de nuit � cause de tel renard des sables qui, ayant longtemps v�cu de sa tendresse, s'�tait �chapp� � l'heure de l'instinct. Ah! mes soldats dont le repos ressemble � un autre repos � et la mis�re � une autre mis�re � il suffirait pour vous exalter que cette nuit soit celle d'un retour, ce tertre le tertre d'une esp�rance, ce voisin l'ami attendu, ce mouton sur la braise le repas d'un anniversaire, ces mots, les mots d'un chant. Suffirait d'une architecture, d'une musique, d'une victoire qui vous donne un sens � vous-m�mes, suffirait que de vos cailloux je vous enseigne comme � l'enfant � tirer une flotte de guerre, suffirait d'un jeu, et le vent du plaisir passerait sur vous comme sur un arbre. Mais vous voil� d�faits et disparates et ne cherchant rien que vous-m�mes, et ainsi d�couvrant le vide car vous �tes un n�ud de relations et non rien d'autre, et s'il n'est point de relation vous ne trouverez en vous-m�mes qu'un carrefour mort. Et il n'est rien � esp�rer s'il n'est en toi amour que de toi-m�me. Car je te l'ai dit du temple. La pierre ne sert ni soi-m�me ni les autres pierres, mais l'�lan de pierre que toutes ensemble elles composent et qui les sert toutes en retour. Et peut-�tre pourras-tu vivre de l'�lan vers le roi � cause que vous serez soldats d'un roi, toi et tes camarades.

�Seigneur, disais-je, donnez-moi la force de l'amour! Il est b�ton noueux pour l'ascension de la montagne. Faites-moi berger pour les conduire.�

Je te parlerai donc sur le sens du tr�sor. Lequel est d'abord invisible n'�tant jamais de l'essence des mat�riaux. Tu as connu le visiteur du soir. Celui-l� simplement qui s'assoit dans l'auberge, pose son b�ton et sourit. On l'entoure: �D'o� viens-tu?� Tu connais le pouvoir du sourire.

Ne t'en va pas, cherchant des �les � musique, comme un cadeau tout fait, offert par la mer � et la mer brode autour sa dentelle blanche � car tu ne les trouveras point, si m�me je te d�pose sur le sable de leur couronne, si je ne t'ai d'abord soumis au c�r�monial de la mer. De t'y r�veiller sans effort, tu ne puiseras rien aux seins de ses filles que le pouvoir d'y oublier l'amour. Tu iras d'oubli en oubli, de mort en mort� et tu me diras, de l'�le � musique: �Qu'�tait-il l�-bas qui val�t de vivre?� quand la m�me bien enseign�e, te fait qu'un �quipage entier accepte, par amour pour elle, le risque de mort.

Te sauver n'est point t'enrichir ni rien te donner qui soit pour toi-m�me. Mais bien te soumettre, comme � une �pouse, au devoir d'un jeu.

Ah! ma solitude m'est sensible quand le d�sert n'a point de repas � m'offrir. Que ferai-je du sable s'il n'est point d'oasis inaccessible qui le parfume? Que ferai-je des limites de l'horizon s'il n'est point fronti�re de coutume barbare? Que ferai-je du vent s'il n'est point lourd de conciliabules lointains? Que ferai-je des mat�riaux qui ne servent point un visage? Mais nous nous assoirons sur le sable. Je te parlerai sur ton d�sert et je t'en montrerai tel visage non tel autre. Et tu seras chang� car tu d�pends du monde. Demeures-tu le m�me, quand te voil� assis dans la chambre de ta maison, si je t'annonce qu'elle br�le? Si te voil� qui entends le pas bien-aim�? Et cela m�me si elle ne marche point vers toi. Ne me dis pas que je pr�che l'illusion. Je ne te demande point de croire, mais de lire. Qu'est-ce que la partie sans le tout? Qu'est-ce que la pierre sans le temple? Qu'est-ce que l'oasis sans le d�sert? Et si tu habites le centre de l'�le et si tu veux t'y reconna�tre, faut bien que je sois l� pour te dire la mer! Et si tu habites ce sable, faut bien que je sois l� pour te raconter ce mariage lointain, cette aventure, cette captive d�livr�e, cette marche des ennemis. Et, de ce mariage sous les tentes lointaines, il est faux de me dire qu'il ne r�pand pas sur ton d�sert sa lumi�re de c�r�monie, car o� s'arr�te son pouvoir?

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