Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]
- Автор: Андерсон Пол Уильям
- Год: 2009
- Язык: французский
- Год: B
- ISBN: 978-2-84344-092-2
- Переводчик: Jean-Daniel Breque
- Жанр: Альтернативная история
Электронная книга - «Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]». Краткое содержание книги:
Tamberly mit pied à terre. L’homme lui tomba dans les bras. Elle le traîna vers le scooter. Une guêpe qui lui frôle la tempe. Elle cala l’homme sur la selle de devant, enfourcha celle de derrière, se pencha vers la console. Maintenant, on peut aller chercher de l’aide. Une troisième balle rebondit sur la carrosserie.
18 244 av. J.C.
Everard laissa son scooter au garage et se dirigea vers sa chambre. Quelques-uns des agents ayant participé à la mission Rignano émergeaient à leur tour. La plupart s’étaient rendus ailleurs, en un autre temps, car le nombre de places était limité dans tous les refuges. Tous avaient pour instruction d’attendre sans bouger jusqu’à confirmation du succès de l’opération. Ceux qui logeaient au pléistocène foncèrent vers la salle commune pour célébrer l’événement. Everard n’était pas d’humeur à les rejoindre. Tout ce qu’il désirait, c’était une bonne douche, un verre d’alcool bien tassé et une nuit de sommeil. Une nuit d’oubli. L’aube et son fardeau de souvenirs arriveraient bien assez tôt.
Les cris et les rires le suivirent dans le couloir. Il tourna et la vit.
Tous deux se figèrent. « J’ai cru entendre…» commença-t-elle. Puis elle se jeta sur lui. « Manse, oh ! Manse ! »
Elle faillit le faire tomber à la renverse, tellement il était épuisé. Ils s’étreignirent. Leurs lèvres se cherchèrent. Un long moment s’écoula avant qu’il ne reprenne son souffle.
« Je te croyais disparue », gémit-il en collant sa joue à la sienne. Ses cheveux avaient un parfum de soleil. « Je te croyais piégée dans ce monde altéré, je te croyais… comme si la nuit était tombée… sur mon âme.
— Je suis navrée, dit-elle d’une voix hésitante. Je n’aurais pas cru que tu te rongerais les sangs comme ça. J’ai… j’ai pensé que tu aurais besoin de temps pour comprendre la situation, organiser une contre-offensive, et que nous n’aurions fait que te gêner. Alors je… je suis revenue un mois après le moment de mon départ. Et ça fait deux jours que j’attends ton retour, si tu savais comme j’ai eu peur pour toi !
— Et moi pour toi. » Il comprit soudain ses propos. Sans lui lâcher la taille, il s’écarta pour la regarder droit dans les yeux. « Qu’entends-tu par « nous » ? demanda-t-il d’une voix traînante.
— Eh bien, Keith Denison et moi. Il m’a dit que vous étiez amis, tous les deux. Je l’ai secouru et je l’ai ramené… Manse, qu’y a-t-il ? »
Il la lâcha, se retrouvant les bras ballants. « Tu veux dire que tu as échoué dans un avenir visiblement altéré et que tu y es restée ?
— Qu’est-ce que j’étais censée faire ?
— Ce qu’on t’a appris à l’Académie ! glapit-il. Tu ne t’en souviens donc pas ? Ce que tous les autres chrononautes, les Patrouilleurs et les civils, ont eu le bon sens de faire quand ils en avaient la possibilité. Revenir sans tarder à leur point de départ, alerter la base de la Patrouille la plus proche et suivre les instructions qu’elle leur donnait. Espèce de tête de linotte ! Si tu étais restée coincée là-bas, personne ne serait venu à ton secours. Ce monde a cessé d’exister. Et tu aurais connu le même sort ! Je supposais que ta disparition était due à la malchance, pas à la stupidité ! »
Elle blêmit et serra les poings. « Je… je voulais te ramener un rapport. Des informations. Ça aurait pu t’aider, non ? Et je… j’ai sauvé Keith. Maintenant, va au diable ! »
Soudain, sa colère s’évapora. Elle frissonna, ravala ses larmes et bredouilla : « Non, je te demande pardon. Je me suis montrée indisciplinée, j’en conviens, mais ni ma formation ni mon expérience ne m’avaient préparée à…» Se raidissant : « Non. Je n’ai aucune excuse. J’ai commis une erreur. »
Il sentit sa propre colère se dissiper. « Oh ! bon Dieu, Wanda ! Tu as très bien agi, au contraire. Je n’aurais pas dû t’engueuler comme je l’ai fait. Mais je te croyais perdue et…» Il réussit à sourire. « Un officier digne de ce nom doit jeter le règlement aux orties quand un soldat s’est distingué en l’ignorant. Tu as sauvé mon vieux pote du néant ? Spécialiste Tamberly, je vais vous proposer pour une citation et une promotion.
— Je… je… Manse, il faut faire quelque chose ou je vais me mettre à pleurnicher. Tu veux aller voir Keith ? Il doit garder le lit. Une blessure légère en voie de guérison…
— Laisse-moi le temps de prendre une douche », dit-il, aussi désireux qu’elle de recouvrer une contenance. « Ensuite, tu me raconteras ce qui t’est arrivé.
— Et toi aussi, okay ? » Elle inclina la tête sur le côté. « Tu sais, on n’a pas besoin d’attendre. On peut discuter pendant que tu… Manse, mais tu rougis ! »
Il ne sentait plus la fatigue. La tentation, par contre… Non, décida-t-il. Mieux vaut ne pas précipiter les choses. Et Keith serait froissé si je le faisais attendre. « Si tu veux. »
Les agents restés au chalet avaient résumé la situation à Tamberly. Tout en se prélassant sous l’eau chaude, Everard lui cria par la porte entrouverte que l’opération Rignano avait apparemment réussi. « Pour les détails, on verra plus tard.
— J’y compte bien, lança-t-elle. Bon sang, on en a, des histoires à se raconter.
— A commencer par ta petite virée, gamine. » Pendant qu’il se frictionnait, il l’écouta relater son périple. Lorsqu’il pensa à ce qui aurait pu lui arriver, il en eut la chair de poule.
« Keith s’est fait tirer dessus avant que j’aie pu l’évacuer, conclut-elle. J’ai choisi une destination au hasard puis, une fois à l’abri, je suis revenue ici – il y a deux jours. Le toubib l’a tout de suite pris en charge. Une balle dans le poumon gauche. La Patrouille est au top question chirurgie et cicatrisation, hein ? Il en a encore pour une semaine de convalescence, mais il commence à s’agiter. Peut-être que tu arriveras à le calmer.
— J’aimerais bien recueillir ses impressions. Il a passé quatre ans dans ce monde, dis-tu ?
— Neuf à l’origine. Il a émergé en 1980 et moi en 89. Mais je l’ai extrait en 84, donc il n’a jamais vécu ces cinq ans et n’en conserve aucun souvenir. »
Il enfila les vêtements propres qu’il avait emportés dans la salle de bains. « Tsk-tsk. Une altération du temps. Tu as violé la Prime Directive.
— Bof ! Dans cet univers, qu’est-ce que ça peut faire ?
— C’est une bonne question. Pour parler franchement – et ne va pas le répéter –, il arrive que la Patrouille procède à de tels… euh… ajustements. Keith et moi avons eu à traiter un cas similaire. Peut-être qu’un jour je serai libre de t’en parler. » La souffrance de cet épisode s’est estompée. Avec elle à mes côtés, il n’y a plus place pour la souffrance.
En sortant de la salle de bains, Everard trouva Tamberly assise dans son fauteuil, un verre de scotch à la main. « Tu n’étais pas obligé de ménager ma pudeur », fit-elle remarquer.
Il sourit. « Impudente donzelle ! Sers-moi la même chose et, ensuite, on ira dire bonjour à Keith. »
Le Patrouilleur était allongé sur son lit, le dos calé sur ses oreillers, et plongé dans un livre. Il avait le visage blafard et les traits tirés. Ses yeux s’éclairèrent quand le couple entra. « Manse ! s’exclama-t-il d’une voix éraillée. Mon Dieu, que ça fait plaisir de te voir ! J’étais malade d’inquiétude.
— A propos de Cynthia, je suppose.
— Oui, mais aussi…