Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]
- Автор: Андерсон Пол Уильям
- Год: 2009
- Язык: французский
- Год: B
- ISBN: 978-2-84344-092-2
- Переводчик: Jean-Daniel Breque
- Жанр: Альтернативная история
Электронная книга - «Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]». Краткое содержание книги:
Elle frissonna. Comment interpréter ce cercle et cette barre ? Eh bien, pour une personne originaire du XXe siècle, ils signifient une interdiction. Verboten. Danger. Défense de stationner. Défense de fumer. Défense d’entrer. Foutez le camp. Ne vous approchez pas.
Sauf que je ne peux pas faire ça, hein ? C’est l’emblème de la Patrouille, bon sang !
L’ombre coula sur le monde. Une girouette dorée luisit un instant sur le toit du palais puis s’assombrit. Même à l’altitude où elle planait, le soleil sombrait derrière l’horizon. Les premières étoiles apparurent, frémissantes. La température baissa encore. Le vent était tombé et le silence devenait oppressant.
Ô mon Dieu, comme je me sens seule ! Je ferais mieux de regagner l’âge de pierre pour y faire mon rapport. Manse organisera sûrement une expédition de secours.
Elle se raidit. « Niet ! » lança-t-elle aux étoiles. Pas avant qu’elle ait épuisé toutes ses options. Si le monde de la Patrouille avait été détruit, alors les Patrouilleurs survivants avaient plus urgent à faire que de récupérer un camarade naufragé. Ou deux. Ai-je le droit de faire irruption en pleurs parmi eux et de les détourner de leur devoir ? Ne serais-je pas mieux inspirée de faire tout mon possible pour sauver ce naufragé ?
Elle déglutit. Je… je suis susceptible d’être sacrifiée, moi aussi.
Et si elle revenait victorieuse auprès de Manse…
Son sang s’échauffa à nouveau, chassant la froidure nocturne. Elle s’installa sur sa selle et cogita.
C’était un chrononaute – pas nécessairement un Patrouilleur – qui avait agencé ou fait agencer ce jardin. Forcément pour envoyer un signal à un autre chrononaute débarquant dans les parages. Le ou la naufragé n’aurait pas pris cette peine s’il ou elle disposait d’un véhicule ; son communicateur aurait fait l’affaire.
Par conséquent, notre chrononaute… Disons X, par souci d’originalité, sans décider encore s’il s’agit d’un homme ou d’une femme… était bel et bien pris au piège. Comme une mouche dans une toile d’araignée… bon, on arrête les métaphores foireuses. Si X avait été libre de ses mouvements, il se serait contenté de tracer l’emblème de la Patrouille sans y ajouter de fioritures, ou alors, par exemple, une flèche désignant le lieu où il avait dissimulé un rapport écrit. Par conséquent, cette barre signifiait : « Danger. Ne pas atterrir. » Ce que confirmait la présence de gardes armés ; sans parler du château lui-même, isolé et facilement défendable. X était retenu prisonnier. Certes, il jouissait d’une certaine autonomie, voire d’une certaine influence sur ses geôliers, puisqu’il avait pu les convaincre d’agencer le jardin suivant ses désirs. Néanmoins, il était surveillé de près et tout visiteur serait aussitôt capturé, livré au bon vouloir du seigneur de ce château.
Ah bon ? C’est ce qu’on va voir.
Tamberly compta et recompta ses atouts pendant que les étoiles apparaissaient dans le ciel. Ils étaient en quantité pathétique. Elle avait le pouvoir de voler, et aussi de sauter instantanément d’un point à un autre, ce qui lui permettait de s’introduire dans une oubliette ou une forteresse – au risque toutefois de se faire cribler de balles –, mais elle ignorait tout de la topographie du château et n’aurait su localiser la cellule de X. Un coup d’étourdisseur, et elle éliminait tous les gardes à proximité, mais ça ne réglait pas le cas de l’armée de sentinelles qui, de toute évidence, était prête à lui tomber sur le râble. Peut-être que sa seule apparition suffirait à les faire fuir, mais elle en doutait, vu le dispositif de protection qui s’était mis en place autour de X, sans parler de tout ce que celui-ci avait pu apprendre au commandant en chef ; non, le jeu n’en valait pas la chandelle – autant espérer gagner le gros lot au loto de Californie. Et si elle remontait en aval pour s’introduire dans la place après avoir adopté un déguisement idoine ? Non, elle aurait dû abandonner son scooter, et il n’en était pas question.
Par ailleurs, elle ignorait tout des us et coutumes de ce pays. Et si elle parlait couramment l’espagnol, elle ne conservait du français que des souvenirs de lycée, sans compter que, dans ce monde, les langues elles aussi avaient dû diverger – le français, l’espagnol et même l’anglais.
Pas étonnant que X ait laissé une mise en garde. Peut-être qu’il souhaitait dire à tous les Patrouilleurs : « Cassez-vous. Oubliez-moi. Sauvez votre peau. »
Tamberly pinça les lèvres. C’est ce qu’on va voir, j’ai dit.
Et, comme si l’aube venait de se lever : Oui, on va voir et bien voir.
Et le soleil réapparut : midi, un an plus tôt. Les jardiniers s’affairaient autour du sablier – ça ratissait, ça élaguait, ça balayait.
Dix ans plus tôt, des hommes et des femmes en habit pimpant se promenaient le long de massifs de fleurs au dessin banalement géométrique.
Tamberly éclata de rire. « Okay, on commence à y voir plus clair. »
Et en avant pour une série de sauts, de çà, de là, par tous les temps, par toutes les saisons, à lui en donner le vertige. Mieux vaudrait ralentir. Non, elle était trop excitée. Pas besoin de vérifier tous les mois de toutes les années. Voici l’emblème. Tiens, il n’est plus là. Le revoici. D’accord : ils avaient démoli l’ancien massif en mars 1984 et le nouveau était bien entamé en juin…
Sur la fin, elle décida de vérifier jour par jour, sachant qu’elle aurait dû le faire heure par heure, minute par minute. La fatigue lui voûtait les épaules et lui fermait les paupières. Elle s’en fut, localisa une colline herbue en Dordogne, sans personne dans les parages, attaqua ses provisions de bouche, prit un bain de soleil et s’endormit.
Allez ! on retourne au turbin. Elle était d’un calme olympien, concentrée comme une championne.
25 mars 1984, 13 h 37. Un ciel gris, des nuages bas, une bise sifflante sur les champs et les arbres à peine feuillus, de brèves ondées. (Le temps était-il le même ce jour-là dans le monde détruit ? Probablement pas. Là-bas, les hommes avaient ravagé les forêts de l’Amérique, dompté ses plaines, pollué son ciel et ses rivières avec leurs produits chimiques. Mais ils avaient inventé la liberté, éradiqué la variole et envoyé des navires sur la Lune.) Deux hommes marchaient dans le jardin fraîchement retourné. Le premier était vêtu d’une robe pourpre et or, et coiffé d’une mitre aux allures de couronne. Le second portait une tunique et un pantalon bouffant que Tamberly connaissait déjà. Il était grand, mince et grisonnant. À quelque distance les suivaient six sentinelles en livrée, le fusil à la main.
Tamberly les observa durant plusieurs minutes et finit par conclure : Oui, ils sont en train de discuter des nouveaux aménagements.
C’est parti. A la grâce de Dieu.
Elle avait déjà affronté le danger. Parfois de son propre chef. La même chose lui arrivait à présent. Le temps sembla se ralentir et le monde devint une mosaïque de détails mouvants, mais elle sélectionna ceux qui lui étaient nécessaires, toute peur disparut de son esprit, et elle visa et fonça.
Cycle et cavalière apparurent à moins de deux mètres de la cible. « Patrouille du temps ! s’écria Tamberly, peut-être inutilement. À moi, vite ! » Elle activa l’étourdisseur. L’homme en robe s’effondra. Ce qui lui permit de viser les sentinelles.
L’homme grisonnant semblait paralysé. « Vite ! » répéta-t-elle. Il fonça. L’une des sentinelles épaula, visa, tira. Le coup de feu résonna dans l’air immobile. Le prisonnier chancela.