Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]
- Автор: Андерсон Пол Уильям
- Год: 2009
- Язык: французский
- Год: B
- ISBN: 978-2-84344-092-2
- Переводчик: Jean-Daniel Breque
- Жанр: Альтернативная история
Электронная книга - «Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]». Краткое содержание книги:
Novak prit la parole, un peu mal à l’aise. « Est-ce que cela n’en rend pas notre tâche plus difficile et plus dangereuse, monsieur ? » Everard eut un rictus. « En effet.
— Que pouvons-nous faire ? demanda Tamberly d’une petite voix.
— Eh bien, quand je parle de « hasard à l’état pur », je ne veux pas dire pour autant que le cours suivi par les choses ne résulte d’aucune cause. En termes humains, les gens ont fait ce qu’ils ont fait pour des raisons qui leur étaient propres. Il se trouve qu’ils n’ont pas fait la même chose que dans notre histoire. Nous devons localiser le point de divergence – le pivot – et voir si nous ne pouvons pas réorienter l’histoire dans le sens que nous souhaitons. Allez, on rentre au bercail. »
Tamberly l’interrompit avant qu’il ne puisse réciter les coordonnées de leur destination. « Mais concrètement, qu’allons-nous faire ?
— Je vais étudier les rapports des éclaireurs et jouer un peu au détective. Quant à toi… eh bien, le mieux serait que tu regagnes ton affectation en tant que naturaliste.
— Hein ?
— Oh ! tu t’es conduite avec courage, mais…»
Ce fut comme un volcan d’indignation. « Tu veux dire que maintenant je vais me tourner les pouces quand je ne serai pas occupée à me ronger les ongles ? Eh bien, mets donc ta suffisance de macho en veilleuse, Manson Everard, et écoute ce que j’ai à te dire. »
Il obtempéra. Novak était fort déconcerté, mais basta. Elle avait deux ou trois arguments à faire valoir, et ils étaient solides. Les connaissances dont elle aurait besoin pouvaient lui être électro-inculquées. Pour ce qui était du contact avec les autres et de la conscience du danger, ce serait plus difficile ; mais elle avait fait la preuve qu’elle savait se débrouiller de ce côté-là, et ses gènes parlaient pour elle. Et puis, les orphelins de la Patrouille avaient besoin de tous les volontaires de valeur.
1137 apr. J.C.
Geoffrey de Jovigny, le marchand de soie, recevait un couple de visiteurs dans son bureau privé. L’homme était un colosse, bien mis de sa personne, la femme une beauté aux cheveux d’or qui, bien que faisant montre d’une retenue de bon aloi, n’en avait pas moins un regard vif à la limite de l’insolence. Les apprentis découvrirent avec stupéfaction qu’elle allait dormir avec les enfants de la maisonnée.
Ces deux étrangers attirèrent moins l’attention que d’ordinaire, car Palerme bruissait de quantité de rumeurs. Chaque nouvel arrivant apportait la sienne. A la fin du mois d’octobre, Roger avait été vaincu à Rignano, ne parvenant à fuir le champ de bataille que par la grâce des saints. Mais il s’était tout de suite ressaisi, assiégeant Naples une nouvelle fois et reprenant Bénévent et le mont Cassin, ce qui obligea son ennemi, frère Wibald de Stavelot, à fuir l’Italie, laissant le monastère aux mains d’un allié du roi. Désormais, seule l’Apulie résistait à ce dernier, et il était apparemment promis au rôle d’arbitre entre les deux papes. La Sicile était en liesse.
Mais dans le bureau lambrissé, Everard, Tamberly et Volstrup avaient une mine aussi triste que ce jour de décembre. « Si nous sommes venus vous voir, annonça l’agent non-attaché, c’est parce que nos bases de données font de vous le meilleur candidat à la mission que nous sommes en train de mettre sur pied. »
Volstrup cilla derrière son gobelet de vin. « Moi ? Avec tout le respect que je vous dois, monsieur, il est malséant de plaisanter quand on se retrouve confronté à une crise encore plus grave que la précédente. » De tous les habitants de la ville, il était le seul à conserver le souvenir de la précédente visite d’Everard car, durant la préparation de l’opération Rignano, on l’avait convoqué deux fois en amont à des fins de consultation.
Everard se fendit d’un sourire en coin. « Ce n’est pas un bagarreur qu’il nous faut, du moins je l’espère. J’ai besoin pour voyager dans un environnement médiéval d’une personne douée de vivacité, de tact et d’une bonne expérience de ce milieu. Mais avant de m’expliquer davantage – peut-être que mon plan n’est pas réalisable, après tout –, je voulais m’entretenir avec vous, vous poser des tas de questions et écouter vos idées. Au fil des ans, vous avez bien travaillé pour la Patrouille, non seulement dans la gestion du quotidien mais aussi en prévision de l’expansion de cette antenne…» Lorsque la Sicile entrerait dans son âge d’or, elle attirerait quantité de chrononautes – à condition que leur futur d’origine retrouve l’existence. « Et vous vous êtes bien débrouillé durant la première crise.
— Merci. Euh… mademoiselle* Tamberly ?
— Je crois que je vais me contenter de vous écouter, dit la jeune femme. Je n’ai pas fini de digérer l’encyclopédie qu’on m’a fourrée dans la cervelle.
— Nous ne disposons que d’une poignée d’agents maîtrisant la période actuelle, reprit Everard. Ou, plus précisément, cette partie du monde méditerranéen actuel. Nos spécialistes affectés en Chine, en Perse ou même en Angleterre ne nous sont pas d’un grand secours et ils ont d’autres priorités, à savoir tenir leurs antennes jusqu’à la sortie de crise. Parmi le personnel qu’on pourrait considérer comme qualifié, on trouve quantité d’hommes qui seraient incapables de mener une enquête sur le terrain et de réagir à l’imprévu. Même le plus efficace des agents de la circulation n’est pas toujours à la hauteur de… d’un Sherlock Holmes. » À en juger par son petit sourire, Volstrup avait saisi l’allusion. « Nous avons dû prendre les hommes dont nous disposions, qu’ils soient ou non formés à ce genre de tâche. Mais, comme je vous l’ai dit, je souhaiterais commencer par un entretien.
— Je vous en prie », répondit Volstrup d’une voix à peine audible. Son visage au menton en galoche était pâle dans la pénombre.
Dehors, le vent soufflait et une violente averse tombait du ciel gris loup.
« Lorsque notre échec a été rendu public, vous avez pris l’initiative de contacter d’autres agents et de subir un rafraîchissement mnémonique, déclara Everard. Cela ne peut que nous encourager à faire appel à vous. Je suppose que vous comptiez obtenir un tableau détaillé des événements, dans l’espoir de parvenir à localiser le nouveau point chaud. »
Volstrup opina. « Oui, monsieur. Non que j’aie entretenu l’illusion de résoudre le problème en solo. Et je n’agissais pas dans un but purement altruiste, je le confesse. Je souhaitais ardemment… m’orienter. » Ils le virent frissonner sous sa robe. « Ce… ce déracinement de la réalité, ça nous laisse si seuls, si terrifiés.
— On peut le dire, murmura Tamberly.
— Eh bien, vous étiez médiéviste avant même d’être recruté par la Patrouille », reprit Everard. Il conservait un ton posé et méthodique, voire un rien scolaire. Leurs nerfs à tous n’étaient que trop tendus. « Vous devez connaître sur le bout des doigts l’histoire originelle.
— Plutôt, oui. Mais même si j’ai pu examiner quantité de faits, la plupart d’entre eux se sont enfuis de ma mémoire. Quelle raison aurais-je de ne pas oublier, par exemple, que la bataille de Rignano s’était déroulée le 30 octobre 1137 ou que le pape Innocent III était né Lotario de Conti de Segni ? Mais ce sont des informations de ce genre qui peuvent se révéler d’une utilité fondamentale, vu que les bases de données qui nous restent sont effroyablement limitées. J’ai demandé à ce qu’on m’envoie un psychotechnicien pour subir une remémoration totale. » Il grimaça ; ni la procédure ni ses résultats n’étaient particulièrement agréables. Il fallait au sujet un certain temps pour retrouver son état normal. « Et j’ai comparé mes notes avec certains collègues, en profitant pour échanger des idées et des informations. C’est tout. J’étais en train de préparer un rapport détaillé lorsque vous êtes arrivés.